Palestine 36 (2026) de Annemarie Jacir

Nouveau film de la palestinienne Annemarie Jacir à qui on doit des films comme "Le Sel de la Mer" (2008), "Wajib, l'Invitation au Mariage" (2017) ou "La Théorie de l'Oubli" (2023). Réalisatrice-scénariste elle signe avec ce projet sans doute son film le plus ambitieux, en témoigne d'ailleurs le fait qu'elle a jusqu'ici signé essentiellement des productions palestiniennes alors que cette fois il s'agit d'une co-production franco-britannico-qataro-saoudo-palestinienne. Pour ce film la cinéaste aborde le sujet de la révolte arabe des années 1936-1939 dans la Palestine Mandataire (1922-1948 - Tout savoir ICI !), un sujet rarement voir jamais traité au cinéma. Un sujet d'autant plus brûlant que la guerre Israël-Palestine est une nouvelle fois omniprésente, à tel point que le tournage qui devait avoir lieu en Palestine a dû être déplacé en Jordanie, outre quelques plans en fin de tournage où l'équipe a pu revenir en Palestine fin 2024. L'un des deux personnages féminins principaux, Khuloud a été inspirée par plusieurs figures féminines de l'époque comme Katy Antonious, Amina Al Said et surtout Asma Tubi et May Ziadeh... Palestine, 1936, Alors que les villages palestiniens se soulèvent contre l'occupant britannique Yusuf oscille entre son village natal et l'effervescence de Jerusalem. L'arrivée des juifs européens qui fuient l'antisémitisme nazi accélère l'insurrection pour la fin de la domination britannique et l'espoir d'une indépendance palestinienne arabe... 

Parmi les arabes palestiniens citons Yasmine Al Massri remarquée surtout dans "Caramel" (2007) de et avec Nadine Labaki ou "Miral" (2010) de Julian Schnabel après lequel elle retrouve la star Hiam Abbass vue notamment dans "Les Citronniers" (2008) de Eran Riklis, "Rock the Casbah" (2013) de Laïla Marrakchi ou "Blade Runner 2049" (2017) de Denis Villeneuve et retrouve aussi après "La Source des Femmes" (2011) de Radu Mihaileanu l'acteur Saleh Bakri qui retrouve sa réalisatrice après "Le Sel de la Mer" (2008), "Quand je t'ai Vu" (2012) et "Wajib" (2017) et vu plus récemment dans "Le Bleu du Caftan" (2022) de Maryam Touzani. Citons ensuite Kamel El Basha vu dans "L'Insulte" (2017) de Ziad Doueiri ou "Le Traducteur" (2021) de Rana Kazkaz et Anas Khalaf, Jalal Altawil apparu dans "La Conspiration du Caire" (2022) de Tarik Saleh ou "Green Border" (2024) de Agnieszka Holland, puis Dhafer L'Abidine aperçu dans "Les Fils de l'Homme" (2006) de Alfonso Cuaron, "Les Secrets" (2009) de Raja Amari ou "Fausse Note" (2012) de Majdi Smiri, puis retrouve après "Centurion" (2010) de Neil Marshall le britannique Liam Cunningham vu entre autre dans "L'Irlandais" (2011) de John Michael McDonagh, "Cheval de Guerre" (2011) de Steven Spielberg ou "Le Dernier Voyage du Demeter" (2023) de André Ovredal, et parmi les autres britannique citons la star Jeremy Irons vu dernièrement dans "House of Gucci" (2021) de Ridley Scott, "L'Etau de Munich" (2022) de Christian Schowchow ou "The Beekeeper" (2024) de David Ayer, Robert Aramayo vu dans "Nocturnal Animals" (2016) de Tom Ford, "Antebellum" (2020) de Gerard Bush ou "The Empty Man" (2020) de David Prior, Billy Howle vu dans "Dunkerque" (2017) de Christopher Nolan ou "Outlaw King" (2018) de David Mackenzie, puis Christopher Villiers remarqué surtout dans "Bloody Sunday" (2002) de Paul Greengrass et "Fisherman's Friends" (2019) de Chris Foggin... Le film débute avec une Palestine cosmopolite, calme mais nullement sereine où on perçoit d'ores et déjà les tensions sous-jacente. Le scénario est très bien écrit dès le départ, permettant d'avoir assez rapidement les tenants et aboutissants à venir, et d'avoir une présentation des protagonistes principaux. On apprécie le judicieux travail sur le visuel avec les séquences "documentaires" intégrées au récit ce qui donne une authenticité façon cartes postales filmées d'époque avec un léger sépia colorisé. Le film a un premier défaut, c'est qu'il donne la part belle aux arabes dans le sens où aucun juif n'a d'importance dans le récit, aucun juif n'a de rôle important, ils ne sont représentés que de loin où par les infos radiophoniques ou par les décisions britanniques. C'est symptomatique d'un film qui reste pro-palestinien, qui frôle le film de propagande au propos dirigé en témoigne surtout deux "omissions" volontaires dans le film : le fait que dès 1933 les arabes étaient en contact avec l'Allemagne nazie intéressés par la politique anti-juive du Reich, et surtout le film occulte la lutte intestine entre clans arabes qui ont fait plus d'un millier de morts soit au moins 20% des victimes totales.

Ces deux éléments manquants au sein du récit prouvent la direction politique et unilatérale imposée par la réalisatrice. Dommage, car sinon le film est passionnant et néanmoins pertinent. Rappelons tout de même que oui les arabes ont été spolié sans la moindre considération, que les préparatifs géo-politiques en amont ont été des échecs constants, et que les états européens ont clairement une responsabilité énorme et tragique dont on subit (surtout les palestiniens et les israéliens) encore aujourd'hui le désastre. Les personnages font un panel des différents courants intéressants même si les différents intra-arabes demeurent trop survolés. Le canevas de l'histoire reprend un canevas certe connu mais universel d'un peuple opprimé et qui se révolte que tous les pays ont connu à un moment ou autre de leur Histoire. Les protagonistes arabes restent un panel naturel et représentatif, rappelant aussi que chez eux aussi il y avait des notables plus ou moins collaborationnistes, par là même les britanniques étaient plus ou moins investis ; d'ailleurs sur ce point il est dommage que le personnage du haut-commissaire joué par Jeremy Irons ne soit pas plus décrit, notamment jusqu'à son limogeage pour incompétence. Mais le film reste un drame historique prenant, déchirant, qui pêche par ses omissions malheureuses mais qui ne ment pas sur le fond, tandis que sur la forme un peu plus de souffle et de chair aurait donné plus de puissance émotionnelle. Avec plus d'honnêteté, ou plutôt d'objectivité, on aurait frôlé le grand film... 

Note :                 

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15/20