Second long métrage après "Truth : le Prix de la Vérité" (2015) de l'américain James Vanderbilt qui était jusqu'ici surtout connu comme scénariste et/ou producteur, d'abord sur des films comme "Basic" (2003) de John McTiernan, "Zodiac" (2007) de David Fincher ou le dyptique "The Amazing Spider-Man" (2012-2014) de Marc Webb ou plus récemment sur les "Scream" (2022-...) de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin. Le réalisateur-scénariste s'intéresse avec ce film au célèbre Procès de Nuremberg (Tout savoir ICI !) ; rappelons-le, aussi étonnant que cela puisse paraître il n'y a encore jamais eu de film digne de ce nom sur ce qui est pourtant le plus célèbre procès de l'Histoire. On peut citer "Jugement à Nuremberg" (1961) de Stanley Kramer mais il ne s'agit pas du procès principal mais celui dit "procès des Juges" qui est en marge, ou "Nuremberg" (2023) de Nikolaï Lebedev film russe qui ne traite pas fondamentalement du sujet. James Vanderbilt adapte en fait l'essai 'Le Nazi et la Psychiatre" (2013) de Jack El-Hai, lui-même inspiré des archives personnelles et des livres du psychiatre Douglas Kelley qui était chargé de l'évaluation de la santé mentale des 22 accusés nazis. Le cinéaste a donc choisi de se focaliser sur les entretiens avec Hermann Göring. En plus des documents du psychiatre, le réalisateur-scénariste a fait appel comme conseiller technique à l'historien Michael Berenbaum qui était notamment conseiller sur le tournage du film "La LIste de Schindler" (1993) de Steven Spielberg... 1945, après la fin de la guerre, les Alliés organisent le procès du régime Nazi. Pendant l'instruction, il est fait appel à plusieurs intervenants dont le psychiatre américain Douglas Kelley qui doit statuer sur la santé mentale des 22 dignitaires nazis accusés. Le sujet le plus problématique devient vite le plus haut gradé encore en vie, Hermann Göring avec qui il se retrouve vite dans un rapport de force...
Le nazi Hermann Göring est incarné par la star Russell Crowe dont la carrière connaît un frein certain depuis quelques temps avec récemment des films comme "L'Exorciste du Vatican" (2023) de Julius Avery ou "Kraven the Hunter" (2024) de J.C. Chandor, son épouse est interprétée par Lotte Verbeek aperçue dans "Nos Etoiles Contraires" (2014) de Josh Boone ou "Le Dernier Chasseur de Sorcières" (2015) de Breck Eisner mais surtout remarquée à la télévision notamment les séries TV "The Borgias" (2011-2013) et "Outlander" (2014-2017). Parmi les autres nazis citons Rudolf Hess joué par Andreas Pietschmann vu dans "Sonnenallee" (1999) de Leander Haubmann, "Belle et Sébastien" (2013) de Nicolas Vanier ou "Survivre" (2024) de Frédéric Jardin. Puis citons ensuite les juristes et membres alliés, le psychiatre Douglas Kelley incarné par Rami Malek remarqué récemment dans "Oppenheimer" (2023) de Christopher Nolan et "The Amateur" (2025) de James Hawes, et retrouve après "Amsterdam" (2022) de David O. Russell son partenaire Michael Shannon vu entre autre dans "The Quarry" (2020) de Scott Teems ou "The Bikeriders" (2023) de Jeff Nichols, et retrouve de son côté après "Elvis and Nixon" (2016) de Liza Johnson l'acteur Colin Hanks vu dans "Parkland" (2013) de Peter Landesman ou "Nobody 2" (2025) de Timo Tjahjanto. Citons encore Leo Woodall aperçu dans "Cherry" (2021) des frères Russo ou "Bridget Jones : Folle de Lui" (2025) de Michael Morris, John Slattery remarqué dans "Spotlight" (2015) de Tom McCarty et "Churchill" (2017) de Jonathan Teplitzky, Mark O'Brien apparu dans "Marriage Story" (2019) de Noah Baumbach ou "Blue Bayou" (2021) de Justin Chon, Richard E. Grant vu dans "Queen and Country" (2014) de John Boorman ou "Saltburn" (2023) de Emerald Fennell, puis enfin Wrenn Schmidt surtout aperçu à la télévision outre un petit rôle dans "Nope" (2022) de Jordan Peele... Précisons que les psychiatres Douglas Kelley et Gustave Gilbert étaient ni chefs de leur service ni leader ou autre ni seuls dans leur unité mais plusieurs autres psychiatres effectuaient le même travail et, en cela, nous conseillons vivement le livre aux Editions Flammarion "Les Entretiens de Nuremberg" (2009) d'après les notes du psychiatre Leon Goldensohn... Cette précision est une nécessité car le film sous-entend voir affirme des choses fausses ou erronées. Rappelons ainsi quelques faits véridiques : Göring n'a pas été capturé, il s'est livré de lui-même, Göring était obèse et dépendant lourd à des opiacés puissants, il a connu un sevrage durant le procès qui lui a fait perdre près de 40kg notamment dû à un régime drastique mis en place par le chef de la prison Burton C. Andrus joué par l'acteur John Slattery, et par un sevrage narcotique proposé semble-t-il par le psy Kelley. Plusieurs détails donc qu'il faut se remettre en tête. Néanmoins, malgré ces détails on salue le travail sur la reconstitution historique dans son ensemble, notamment le tribunal et la ville en ruine.
Le scénario est précis mais jamais surexplicatif, notamment dans les coulisses qui explique les soucis géo-politico-judiciaire sur la mise en place d'un tel procès, ou non d'ailleurs. Ensuite sur la partie procès, le film est assez classique, pas de choses surprenantes outre mesure et n'est marqué que par deux séquences, les 6 minutes du documentaire "Nazi Concentration Camps" (Pour le voir ICI en intégralité) tourné à la libération des camps par Ray Kellog adjoint d'un certain John Ford. Ici seul un extrait de 6mn est montré, ce qui est déjà une gageure tant la vidéo est une preuve primordiale et nécessaire au vu du sujet. Notons que les 6mn ont été montré sans avertir les acteurs du film, leur réaction est donc naturelle, puis le face à face entre Göring/Crowe et le procureur Robert Jackson/Shannon qui démontre une intelligence perverse mais supérieure du Reichmarshall sur le procureur. Le film est passionnant surtout à cause de la personnalité de Göring bien montré dans le film, et bien mis en exergue par le psychiatre Kelley, mais aussi par la vision différente qu'on les deux psychiatres Kelley et Gilbert sur leur conclusion. La fin du film est en cela aussi tragique que symbolique, faisant écho à un avertissement de Göring à Kelley lors de leur entretien. On a un doute sur l'importance du traducteur Howie Triest, surtout à cause d'une séquence pathos un peu longuette, mais après recherche ce sergent est bel et bien un protagoniste réel. Le film est clairement très bien documenté, et historiquement valable malgré 2-3 détails notamment pour l'exécution du condamné Julius Streicher ici montré avec trop de complaisance. En conclusion, un film historique de très haute qualité (90% du récit est véridique ou fortement possible), les détails n'interfère que peu dans l'importance du propos, puis saluons la performance de Russell Crowe en un Göring roublard, psychopathe volontaire à l'ego surdimensionné mais terriblement intelligent et au charisme certain (terme qui me parait plus nuancé et subtil que "charme"). On aurait aimé plus de Göring et moins de Kelley néanmoins. Un film à voir et à conseiller.
Note :
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