La Grazia (2026) de Paolo Sorrentino

Tout juste après le sublime mais superficiel "Parthenope" (2025), le réalisateur-scénariste italien Paolo Sorrentino revient avec un nouveau film sur fond de politique comme "Il Divo" (2008) et "Silvio et les Autres" (2018) mais cette fois en créant une fiction de toute pièce, à savoir que son Président de la République italienne n'a jamais existé, créé spécialement pour le film. Le personnage principal est inspiré par plusieurs présidents italiens mais essentiellement par le président actuel, Sergio Matarella dont est repris plusieurs éléments de sa vie : veuf, travaillant avec une fille omniprésente, populaire auprès d'une large partie des citoyens, et a grâcié autrefois un homme qui avait tué sa femme. Le film a été présenté à la Mostra de Venise 2025, où l'acteur principal à obtenu le Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine... Mariano De Santis, Président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin il doit faire face encore à trois dossiers épineux et cruciaux : deux grâces présidentielles et un projet de loi sur l'euthanasie...

Le Président De Santis est incarné pat Toni Servillo, acteur fétiche du cinéaste pour la 6ème fois depuis "L'Homme en Plus" (2001) mais aussi vu dans "Gomorra" (2008) de Matteo Garrone, "La Belle Endormie" (2012) de Marco Bellocchio ou "Lettres Siciliennes" (2024) de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, tandis que son épouse est jouée par Anna Ferzetti vue dans "All my Loving" (2019) de Edward Berger, "My Soul Summer" 2022) de Fabio Mollo ou "Diamanti" (2026) de Ferzan Özpetek. Toni Servillo retrouve après "L'Homme du Labyrinthe" (2019) de Donato Carrisi son partenaire Orlando Cinque vu dans "Tatanka" (2011) de Giuseppe Gagliardi ou "Sur ma Peau" (2018) de Alessio Cremonin retrouvant après ce dernier l'actrice Milvia Marigliano qui était avec Toni Servillo dans "Silvio et les Autres" (2018) de Sorrentino. Citons encore Massimo Venturiello vu notamment dans "La Famille" (1987) de Ettore Scola, "Barocco" (1991) de Claudio Sestieri ou "Sinapsi" (2024) de Mario Parruccini, Giuseppe Gaiani vu dans "L'Incroyable Histoire de l'Île de la Rose" (2020) de Sydney Sibilia ou "Le Train des Enfants" (2024) de Cristina Comencini et retrouve après "Made in Italy" (2018) de Luciano Lugabie sa partenaire Alessia Giuliani vue dans "Encore un Baiser" (2010) de Gabriele Muccino ou "Tre Piani" (2021) de Nanni Moretti, Giovanna Guida apparue dans "Amanda" (2022) de Carolina Cavalli,  Roberto Zibetti vu récemment dans "La Nouvelle Femme" (2025) de Lea Todorov ou "Il Maestro" (2025) de Andrea Di Stefano, Francesco Martino vu dans "Le Temps des Luttes" (2020) de Andrea Adriatico ou "Lovely planet" (2024) de Susannah Grant, Alexandra Gottschlich qui retrouve après "Rouge comme le Ciel" (2010) de Cristiano Bortone l'actrice Simone Colombari vue dans "Seconde Jeunesse" (2023) de Gianni Di Gregorio... D'emblée on savoure encore le style du réalisateur, esthétiquement magnifique, des plans soignés et un travail toujours créatif autour de la musique, une dimension contemplative qui pousse à la réflexion plus qu'à l'admiration, mais qui a aussi ses limites, ou plutôt qui pousse le curseur vers une certaine absurdité pas toujours volontaire ou judicieuse ; par exemple comment croire que personne ne viendrait en aide à un président étranger en visite officielle dans une situation malaisante ?! 

Le scénario est passionnant parce qu'il met en parallèle trois affaires (loi sur l'euthanasie, deux demandes de grâce présidentielle) qui arrivent dans les derniers mois de son mandat, avec une solitude devenue pesante et un mystère qui le ronge depuis quarante ans sur l'identité de l'amant de sa défunte épouse tant aimée. Les trois affaires font évidemment écho à sa quête vaine de savoir qui est cet amant, mas il fait aussi écho à notre époque et à l'actualité sur des questions sociétales fortes et polémiques. Finalement on est surtout gêné par un homme d'état qui est sans doute trop calme, trop sûr de lui, trop vertueux, trop lisse,dont l'aspérité repose sur une liaison qui ne le concerne pas (vraiment !). Le film est une longue réflexion sur le doute, autant dans ses principes, que dans ses rapports avec la loi, les institutions, ses propres contradictions, et pour exprimer ces doutes et des réflexions la mise en scène de Sorretino s'avère idéale, lancinante sans être monotone, avec quelques instants de grâce (!) non sans émotion (surtout par et avec sa fille). Et mine de rien, le suspense est bel et bien présent : va-t-il voter pour la loi ?! Va-t-il accéder aux deux demandes de grâces présidentielles ?! Un très bon film, où la beauté vaporeuse s'invite sur le fond comme sur la forme. 

Note :                 

Grazia (2026) Paolo SorrentinoGrazia (2026) Paolo SorrentinoGrazia (2026) Paolo Sorrentino

14/20