A feu doux

Par Dukefleed
Pépite sensible du ciné indé' US

Comment filmer le grand âge sans pathos, sans mièvrerie et avec beaucoup de tendresse et de douceur ? Florian Zeller avec « The father » et Haneke avec « Amour » avaient déjà donné le ton, le bon ton. Difficile de passer après ces deux-là, surtout quand on est une jeune réalisatrice et que l’on met en boite son premier long. Sarah Friedland s’en sort avec les honneurs : Prix Orizzonti de la mise scène et d’interprétation amplement mérités lors du Festival de Venise. En effet, la réalisation sans fioriture et effet joue magnifiquement des cadres durant les 90’ du film ; la première séquence du repas dans la maison de cette charmante octogénaire est une leçon de cinéma ; il en sera ainsi tout le long de cette heure trente. Il faut dire, pour revenir sur le second prix, que ce film doit une conséquente partie de son âme à son actrice principale ; une magnifique vieille dame, Kathleen Chalfant. Ce film fait partie de cette production indé’ US codifiée mais conduit par un souci esthétique et narratif ; du cinéma américain comme j’aime. Sarah Friedland s’attarde sur le grand âge sur la perte de mémoire ; là où Zeller nous mettait dans la tête d’une vieille personne perdant la mémoire et ses repères ; elle, choisit de nous la montrer en mode quasi documentaire mais sans voyeurisme malsain, avec beaucoup de tendresse et de finesse ; et quelques touches de drôlerie, sans moquerie, juste quelques scènes attendrissantes. Voilà un film qui redonne ses lettres de noblesse au grand âge dans un monde où il convient d’être productif pour être utile. Plaçant sa caméra dans un EHPAD, là, où les personnes âgées dépendantes sont loin du regard et de la considération de la population, on assiste à de jolis moments de vie et de désarroi aussi dès l’annonce qu’il s’agit de la dernière demeure de la personne. Avec beaucoup de tact, la réalisatrice ne filme pas un naufrage mais une douce dérive, humaine, traversée de soins et d’attention ; avec des soignants à l’écoute touchant avec précaution et respect ces personnes. C’est bien là qu’est ma seule réticence dans ce film ; quand on sait comment sont pris en charge nos anciens dans ce type d’établissement. Cet établissement devient donc pour moi la cible de ce que devrait être l’accueil et le soin apporté à nos aïeuls : un modèle. Un lieu pas uniquement réservé aux personnes nantis, ce qui est montré dans le film.

Loin de la dureté de Haneke et moins immersif que le Zeller ; un film indispensable sur ce sujet : à voir.

Sorti en 2025

Ma note: 16/20