“Jusqu’à l’aube” de Sho Miyake

Jusqu'à l'aubeLe cinéma du “Pays du Soleil Levant” a ceci de singulier qu’il est capable de nous offrir les oeuvres les plus violentes ou, au contraire, les films les plus zen, qui réchauffent l’âme.
Jusqu’à l’aube est assurément de ceux-ci. Il s’agit d’une oeuvre toute simple, pleine de délicatesse et de bienveillance, qui prend le temps de nous attacher à ses personnages pour livrer une jolie chronique sur la différence et le vivre-ensemble.
On y rencontre  Misa Fujisawa (Mone Kamishiraishi), une jeune femme sérieuse, volontaire, bien sous tous rapports, mais qui souffre d’un SPM (Syndrome Pré-Menstruel) lui gâchant la vie. Quand il survient, elle peut alternativement être atteinte de vertiges, de migraines, de pertes d’énergie ou de sautes d’humeurs qui tranchent avec son habituelle gentillesse. Evidemment, ce n’est pas très compatible avec un travail de bureau, et elle en fait l’amère expérience avec son premier emploi, qu’elle est contrainte à abandonner après plusieurs incidents.
Pour Takatoshi Yamazoe (Hokuto Matsumura), un jeune homme de son âge, les choses sont tout autant compliquées. Il peut être en proie à des crises d’angoisse qui perturbent son quotidien et peuvent nuire à son travail. Lui aussi a été contraint de quitter son emploi pour essayer de trouver une entreprise plus accueillante.
Ces deux jeunes gens se rencontrent dans leur nouvelle entreprise, Kurita Optics, qui fabrique des microscopes miniatures, des planétariums et autres jouets scientifiques éducatifs à destination des enfants. La première mise en contact est explosive. Takatoshi ne manifeste aucune sympathie envers Misa et fait tout pour la maintenir à distance. Il semble se moquer de tout et notamment du travail de ses collègues alentours. Son indolence ne tarde pas à faire sortir la jeune femme de ses gonds. Ou plutôt, dans le cas présent, à la faire exploser comme une bouteille d’eau gazeuse un peu trop secouée.
Passés ces débuts compliqués, ils sont amenés à collaborer ensemble pour rédiger le texte qui accompagnera, comme chaque année, la présentation d’un planétarium mobile dans une cour d’école. Leurs rapports évoluent  alors peu à peu, à mesure qu’ils apprennent à s’apprivoiser et à découvrir leurs problèmes mutuels. Misa et Takatoshi nouent une relation complice qui n’a rien de sentimentale, ni même amicale, mais qui dépasse le cadre de la simple collaboration professionnelle. Comme ils souffrent de troubles de même nature, qui perturbent leur quotidien, chacun a conscience des tourments de l’autre quand interviennent les crises. Alors, ils s’entraident discrètement, trouvent des astuces pour canaliser leurs accès de panique ou de nervosité. A force de bienveillance, de petites attentions, de gestes d’affection pudiques, ils apprennent à vivre avec leur handicap et à enfin envisager un futur professionnel plus serein. Cela ne durera probablement pas, puisque tous deux réfléchissent déjà à l’avenir. Takatoshi a gardé le contact avec un ancien collègue qui fait tout pour le faire réembaucher dans son entreprise précédente. Misa, elle, pense à se rapprocher de sa mère malade. Mais tant qu’ils sont côte à côte, ils profitent de leur belle complicité.

Ils peuvent aussi bénéficier de l’ambiance chaleureuse de l’entreprise qui les emploie. Leurs collègues forment une bande très sympathique, qui les accepte tels qu’ils sont. Leur patron, Kazuo (Ken Mitsuishi) est un homme compréhensif, qui tolère leurs retards ou leurs absence et cherche toujours à mettre ses collaborateurs à l’aise. Pas de pression, pas de stress lié à l’organisation du travail… On comprend que Kazuo a été marqué par la disparition de son frère, quelques années auparavant. C’est ce dernier, un doux rêveur passionné de sciences, qui créait les appareils et les concepts éducatifs de l’entreprise. Si la raison de son décès n’est jamais évoqué, on peut raisonnablement imaginé qu’il souffrait de troubles assez similaires à ceux de Misa et Takatoshi, et que Kazuo s’en veut de ne pas avoir su mieux le protéger, ce qui explique sa bienveillance à l’égard de ses employés.
Il se rachète en faisant de Kurita Optics une entreprise où il fait bon vivre, où le bien-être au travail n’est pas un vain mot. Un endroit zen où on aimerait évoluer.

Tiré d’un roman de Seo Maiko inédit en France, Jusqu’à l’aube est un joli film qui ne prend pas les habituels sentiers de la comédie sentimentale hollywoodienne. Ici, il n’y a pas de romance, pas d’enjeux dramatiques intenses, pas de péripéties spectaculaires. Juste des personnages attachants, une atmosphère réconfortante, des scènes emplies de poésie et de douceur, et une mise en scène délicate, comme une estampe. “Arigatou gozaimasu”, Sho Miyake pour ces deux heures de cocooning!


Jusqu’à l’aube
Yoake no subete

Réalisateur : Shō Miyake

Avec : Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ken Mitsuishi, Ryō, Kiyohiko Shibukawa, Haruka Imou, Sawako Fujima
Genre : Zen
Origine : Japon
Durée : 1h59
Date de sortie France : 14/01/2026

Contrepoints critiques :

”Si la santé mentale a connu un regain d’intérêt dans la production mondiale de ces dernières années, elle est rarement décryptée avec autant de délicatesse que celle déployée par Sho Miyake.”
(Chloé Delos-Eray – Première)

“Sho Miyake signe l’un des plus beaux films de ce début d’année en racontant l’histoire de deux jeunes gens fragiles et égarés. Un modèle de délicatesse.”
(Olivier De Bruyn – Les Echos)

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