Après avoir signé sa trilogie "fasciste" avec "Le Navire Blanc" (1941), "Un Pilote revient" (1942) et "L'Homme à la Croix" (1943), le cinéaste Roberto Rosselini a pu se libérer des contraintes liées à la période Mussolini et a aussitôt lancé sa trilogie "de la guerre" et crée le néo-réalisme italien avec "Rome, Ville Ouverte" (1945) qui est un succès et fait partie des dix Grands Prix du Festival de Cannes 1944 aux côtés entre autre de "Le Poison" (1944) de Billy Wilder ou "Brève Rencontre" (1944) de David Lean. Le réalisateur-scénariste invite plusieurs auteurs pour son scénario, ou plutôt ses scénarios puisque cette fois le film est scindé en six segments. Il retrouve surtout après "Rome, Ville Ouverte" (1945) son ami Federico Fellini futur grand réalisateur également avec les futurs "La Strada" (1954) ou "La Dolce Vita" (1960), puis Sergio Amidei qui signera 90 scénarios entre 1938 et 1982 dont une dizaine pour Roberto Rosselini jusqu'à "Viva l'Italia" (1961). Pour soigner le réalisme, il fait encore appel à Marcello Pagliero qui va ensuite remplacer Rosselini à la réalisation de "La Proie du Désir" (1946), Vasco Pratolini qui écrira plus tard pour"Rocco et ses Frères" (1960) de Luchino Visconti ou "La Viaccia" (1961) de Mauro Bolognini, puis également Klaus Mann, romancier allemand dont ce sera la seule expérience au cinéma outre ses romans adaptés comme "Mephisto" (1980) de Istvan Szabo ou "Le Volcan" (1999) de Ottokar Runze, puis l'américain Alfred Hayes qui signera notamment les scénarios de "Le Démon s'éveille la Nuit" (1952) et "Désirs Humains" (1954) tous deux de Fritz Lang. Après Rome occupé par les allemands, ce film raconte des pans de vie durant la libération de la botte italienne par les alliés, en attendant une plongée dans le Berlin en ruine dans le prochain "Allemagne Année Zéro" (1948)... 1943-1944, six segments alors que les Alliés libèrent la botte italienne. Le premier segment se déroule en Sicile, une jeune italienne accepte de montrer le chemin à un petit groupe de soldats américains pour rejoindre leur force. Ils se retrouvent dans les ruines d'un château. Le second segment se situe à Naples en ruine, un jeune garçon se débrouille pour survivre, il trouve un GI noir américain complètement ivre facile à voler. Le troisième segment se situe à Rome enfin libérée, un jeune GI tombe amoureux de Francesca. Le quatrième segment se déroule vers Florence, les combats font rage, Hariet jeune infirmière américaine tente de retrouver son amant, un peintre devenu chef des partisans. Le cinquième segment se déroule en Romagne, des aumôniers de l'armée américaine, un catholique, un protestant et un juif sont invités dans un monastère. Le sixième segment se situe dans le delta du Pô, des partisans aidés par quelques soldats américains sont encerclés par les allemands...
La plupart des acteurs du films sont des amateurs ou des non-professionnels, seuls deux acteurs ont déjà une petite expérience puisqu'ils sont apparus justement dans "Rome, Ville Ouverte" (1945), Maria Michi (Francesca Segment 3) qui continuera sa carrière avec notamment "La Chartreuse de Parme" (1948) de Christian-Jaque, "Le Dernier Tango à Paris" (1972) de Bernardo Bertolucci ou "Salon Kitty" (1976) de Tinto Brass, puis Gar Moore (Fred le GI américain S.3) vu ensuite dans "Vivre en Paix" (1947) de Luigi Zampa, "Johnny le Mouchard" (1949) de William Castle ou "Corruption" (1950) de Cy Enfield. Les deux autres acteurs les plus connus sont William Tubbs (prêtre S.5) aperçu plus tard dans "Quo Vadis" (1951) de Mervyn LeRoy, "Le Carosse d'Or" (1952) de Jean Renoir ou "Le Salaire de la Peur" (1953) de Henri-Georges Clouzot, et retrouvera Rosselini pour "La Machine à Tuer les Méchants" (1952) et "Europe 51" (1952) dans lequel jouera aussi l'actrice Giuletta Masina (S.4) future épouse et muse de Fellini dans sept films entre "Les Feux du Music-Hall" (1950) et "Ginger et Fred" (1985). Citons ensuite Carmela Sazio (Carmela S.1) aperçue qu'une seconde fois dans "La Gran Obsesion" (1955) de Guillermo Ribon Alba, Harriet Medin (Hariet S.4) qui fera une carrière surtout télévisuelle jusque dans les années 90 aperçue entre autre dans "L"Effroyable Docteur Hichcock" (1962) de Riccardo Freda, "Les Trois Visages de la Peur" (1963) et "Six Femmes pour l'Assassin" (1964) tous deux de Mario Bava et même "Terminator" (1984) de James Cameron, Renzo Avanzo (Massimo S.4) vu ensuite dans "Vulcano" (1950) de William Dieterle ou "Le Carosse d'Or" (1952) où il rerouvera William Tubbs, puis citons encore Alfonsino Pasca (l'enfant S.2), Robert Van Loon (Joe GI S.1), Dale Edmonds (Dale S.6) et Cigolani (propre rôle S.6)... Si la forme du film est un film à sketchs, soit séparé en six segments indépendants les uns des autres il existe bien un fil conducteur, à savoir la libération de l'Italie par les alliés et donc les différentes parties suivent chronologiquement et géographiquement l'avancée des troupes alliés dans la botte italienne, par son arrivée en Sicile, puis en arrivant à Naples, puis à Rome, et en continuant vers le nord avec Florence, la Romagne et enfin le delta du Pô. Chaque partie est séparé par une coupe en "noir" et chaque partie a une introduction en voix Off pas forcément nécessaire mais qui donne une dimension documentaire à un film qui a déjà un style très naturaliste.
Segment 1 - Des GI's et une jeune italienne, des ruines, une tension car on a forcément peur pour elle, d'autant plus quand elle se retrouve seule avec eux, puis seule avec un GI, puis seule avec un autre groupe. La conclusion est un petit twist qui rappelle que le destin rend rarement justice. Une partie qui oscille entre angoisse, sourire, espoir puis fatalité.
Segment 2 - Un gamin qui survit dans les ruines tel Gavroche dans le Paris révolutionnaire, il rencontre un GI afro-américain qui va comprendre que la guerre a des conséquences, surtout pour un enfant. Une partie où on aurait pu aller un peu plus loin dans la relation GI-enfant notamment dans l'émotion, mais la réalité de la guerre les rattrape aussi de façon très naturel.
Segment 3 - La libération de Rome amène à une rencontre entre un GI et une jeune romaine, ils espèrent se revoir. Les mois passent, elle est devenue prostituée pour survivre, elle croise un GI qui s'avère être son beau GI, il est ivre et ne le reconnaît pas, elle va alors tenter un coup du destin, une ultime chance. Cette partie aurait pu être plus touchante, la faute à un coup de foudre pas assez probant ou palpable.
Segment 4 - La bataille fait rage à Florence, une infirmière ne veut pas partir sans revoir son amant, un artiste devenu chef des partisans. Elle traverse les combats pour le revoir ou au moins savoir si il a survécu. C'est la partie la plus foisonnante, la plus incertaine à tous les niveaux.
Segment 5 - Trois aumôniers américains de confessions différentes sont reçus par des moines catholiques en Romagne. Malgré une réflexion sur la confrontation des religions ça reste juste effleuré, et on sent une sorte de prosélytisme pas agréable. De loin la partie la plus oubliable.
Segment 6 - Des partisans, aidés par quelques militaires alliés, sont encerclés par les allemands. L'issue est très incertaine. La partie qui rappelle que gagner une guerre ne veut pas dire gagner toutes les batailles. En prime la beauté sauvage du delta du Pô.
Le film subit l'écueil du genre, à savoir que les parties de durée équivalente sont d'un intérêt et/ou d'une qualité différente et inégale. Mais les segments abordent des sujets nécessaires dans le contexte géo-politique et social inhérent à la guerre. On aurait aimé un peu plus de tension et/ou de prise de risque mais ça reste une immersion dans l'Italie de 43-44comme un témoignage pregnant et lucide.
Note :