De Chloé Zhao
Avec Paul Mescal, Jessie Buckley, Emily Watson
Adapté du roman de Maggie O’Farrell, Hamnet fantasme dans un grand élan romanesque comment Hamlet est venue à William Shakespeare.
Chloé Zhao met l’étrange beauté de son cinéma sensoriel et naturaliste au service de cette fresque poignante, y faisant cohabiter mysticisme, maternité et littérature. Une histoire universelle et intemporelle, aussi triste que lumineuse.
Agnes et Will se rencontrent, s’aiment malgré les reproches de leurs familles, ont un premier enfant, se marient et fondent une famille dont le bonheur simple va se trouver fracassé par la perte d’un enfant et le douloureux, presque impossible, travail de deuil.
L’élégance des plans, la délicatesse de la mise en scène et la poésie qui innerve sans cesse son récit nourrissent cette histoire d’amour passionnelle percutée par le drame. Et si sa finalité est la création de l’un des plus grands chefs-d’œuvre du théâtre anglais, ce n’est pas son auteur qui en est le cœur, mais cette femme extraordinaire liée par on ne sait quel pacte à la nature, un peu sorcière, une fille, une épouse mais surtout une mère.
Agnes est un rôle en or pour Jessie Buckley, qui livre une performance inoubliable, si forte lorsqu’elle est connectée à sa forêt et si fragile lorsqu’on l’en arrache. Le regard de la comédienne, habité, bouleversant, marque durablement les esprits. À ses côtés, Paul Mescal, toujours très à l’aise en costume, campe un Shakespeare sexy et nuancé. Les enfants sont eux aussi remarquables et participent à donner du corps à cette histoire commune et au malheur qui les frappe.
La narration, fluide bien que parfois coupable de quelques longueurs, est sublimée par la mise en scène de Chloé Zhao, qui baigne dans l’onirisme tout en s’appuyant sur une parfaite reconstitution de la province anglaise du XVIᵉ siècle, dans des décors et des costumes d’une grande acuité.
La réalisatrice livre ainsi un grand mélodrame sur l’amour et le deuil. Sa dernière scène, d’un lyrisme suggestif terrassant, vous retournera le cœur et vous fera peut-être même monter les larmes aux yeux.