Après ses premiers films "The Moon is... The Sun's Dream" (1992) et "Saminjo" (1997) le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook obtient les coudées franches après l'énorme succès de son troisième long "Joint Security Area" (2000) qui est devenu le second plus gros succès de l'histoire du cinéma coréen. Avec son projet le cinéaste veut offrir au public une vision réaliste et acérée de la réalité d'un kidnapping qui ne peut qu'être violence et drame. Le réalisateur-scénariste co-écrit son scénario avec trois autres auteurs, Lee Jong-Yong qui était acteur sur "JSA - Joint Security Area" (2000), retrouvant aussi Lee Mu-Yeong dont il était déjà le co-scénariste avant de passer lui-même à la réalisation avec "The Humanist" (2001) et "Like Father, Like Son" (2008), puis Lee Jae-Sun qui a signé auparavant le film "Vanishing Twin" (2000) de Yun Tae-Yeong. Le mot anglais du titre signifie "compassion". Le film est un succès multi-primé dont deux prix pour la photographie et le montage aux Korean Film Awards, la plupart des critiques plus mitigées ou déçues reposent essentiellement sur la violence jugées trop frontales ou trop graphiques. Le film est le premier opus de ce qui va devenir la "trilogie de la vengeance", vont donc suivre "Old Boy" (2003) et "Lady Vengeance" (2005). Film interdit au moins de 16 ans à sa sortie en salles... Sourd-muet, Ryu fait tout pour que sa soeur, gravement malade, puisse avoir droit à une greffe de rein. Mais son patron le renvoie et il se retrouve sans emploi, Ryu décide alors de joindre des trafiquants d'organes mais cela va mal finir. Avec sa petite amie Young-Mi, une militante d'extrême-gauche, ils décident alors de kidnapper la fille de son patron contre rançon afin de financer la greffe, mais le risque d'un rapprochement entre son licenciement et le rapt étant trop grand, ils décident d'enlever plutôt une copine de la fillette, fille d'un ami du patron. Si tout semble se passer au mieux jusqu'à la rançon, les malchances, les mauvais choix vont amener à la vengeance des uns et des autres...
La soeur malade est interprétée par Im Ji-Eun vue dans "Vanishing Twin" (2000), puis plus tard "Monster Boy" (2013) de Jong Joon-Hwan et va devenir surtout une star du petit écran, son frère Ryu sourd-muet est incarné par Shin Ha-Kyunqui était dans "Joint Security Area" (2000), et vu plus tard dans "The Villainess" (2017) de Jeong Byeong-Gil ou "Extreme Job" (2019) de Lee Byeong-Heon, tandis que sa petite amie est jouée par Bae Doona remarquée dans "Ring Virus" (1999) de Kim Dong-Bin et "Barking Dogs Never Bite" (2000) de Bong Joon-Ho mais elle va rapidement devenir une star internationale et notamment, elle va retrouver dans "The Host" (2006) de Bong Joon-Ho, "The Drug King" (2018) de Woo Min-Ho et "Les Bonnes Etoiles" (2022) de Hirokazu Kore-Eda son partenaire Song Kang-Ho qui va devenir l'un des 2-3 acteurs sud-coréens les plus renommés à l'international en tournant avec les plus grands cinéastes sud-coréens comme Kim Jee-Woon, Bong Joon-Ho et évidemment Park Chan-Wook qu'il retrouvera pour "Lady Vengeance" (2005) et "Thirst, Ceci est mon Sang" (2009), et qui était déjà dans "Joint Security Area" (2000) également retrouvant ainsi Im Ji-Eun et son autre camarade Lee Dae-Yeon vu plus tard dans "2 Soeurs" (2004) de Kim Jee-Woon, le film collectif "3 Extrêmes" (2004) avant de retrouver son réalisateur pour le second opus "Old Boy" (2003), Han Bo-Bae vuplus tard au cinéma dans "L'Organisation" (2012) des frères Sang-Yoon mais qui sera surtout connu à la télévision à l'instar de Lee Keum-Hee vu dans "Bisang" (2009) de Park Jeong-Hun ou "The Chase" (2017) de Kim Hong-Hun et retrouve après "Public Enemy" (2002) de Kang Woo-Suk son partenaire Gi Ju-Bong qui retrouve entre autre Song Kang-Ho après "The Quiet Family" (1998) de Kim Jee-Woon et "Joint Security Area" (2000) avec d'autres de l'équipe, à l'instar de Ryoo Seung-Wan qui retrouvera une partie de l'équipe pour le n°3 "Lady Vengeance" (2005) et qui passera derrière la caméra avec ses films "No Blood No Tears" (2002), "The City of Violence" (2006) et "Crazy Lee, Agent Secret Coréen" (2008), Jeong Jae-Young vu dans "La Famille Tranquille" (1998) de Kim Jee-Woon ou "Un Jour Avec, Un Jour Sans" (2015) de Hong Sang-Soo, Kim Se-Dong vu dans "Gajok" (2004) de Lee Jeong-Cheol, "April Snow" (2005) de Hur Jon-Ho ou "Pandora" (2016) de Park Jeong-Woo, Ryoo Seung-Beom vu dans "Entre Deux Rives" (2016) de Kim Ki-Duk ou "Good News" (2025) de Byun Sung-Hyun, Ji Dae-Han vu dans "Foul King" (2000) de Kim Jee-Woon ou "Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps" (2003) de Kim Ki-Duk... Les personnages sont déjà bien entrés dans leur histoire, si on peut être légèrement déstabilisé au départ on apprécie finalement un scénario jamais surexplicatif, avec une intrigue qui avance vite car ne s'arrête qu'à l'essentiel. Aucune scène surpeflue, pas de passage plus ou moins contemplatif et/ou intimiste trop long ou trop lent, le réalisateur s'applique à ne montrer que ce qui permet de comprendre les tenants et aboutissants, que des scènes qui reposent sur le concept action-réaction. Rarement on aura vu un scénario et un montage aussi efficace et direct.
Par là même, on apprécie que les personnages soient si humains, dans le sens où ils ne sont pas des pros du kidnapping, ne sont pas des criminels endurcis, et réagissent donc comme n'importe quel amateur comme le précise d'ailleurs Park Chan-Wook : "Ils ont peur, ils sont maladroits, ils ne réfléchissent pas toujours." Le réalisateur pose les bases de la vengeance avec délectation. Un film qui se démarque rapidement comme étant un film unique, original et d'une maitrise ultime notamment dans le traitement des genres. Le seul défaut reste de personnage handicapé, presque trop caricatural ou surjoué mai surtout complètement inutile. Outre les acteurs, tous très bons, la force du film est d'abord ce talent inouïe de Park Chan-Wook a valsé avec des chemins de traverses. En effet du réalisme cru à la violence froide en passant même par l'ironie, la poésie voir l'absurde le réalisateur zigzague avec virtuosité entre les différentes strates du scénario ; là où pas mal d'autres chutent lourdement. D'un drame à l'autre on suit des anti-héros, des gens "normaux" dans une tragédie que plus personne ne peut contrôler. La violence est terrible et effroyable, une violence pas toujours volontaire d'ailleurs, les accidents montrent aussi que le choix du mal a des conséquences sur le destin. Un grand film, une petite claque qui annonce la suite monumentale...
Note :