Bon, c’est un peu vache, car Adam est le gérant d’un chenil abritant une quinzaine de toutous. Il faut les promener, d’accord, mais aussi les nourrir – avec la juste dose de croquettes diététiques – et nettoyer leurs cages. Pour l’aider, il peut compter (ou plutôt, ne peut pas compter) sur sa jeune employée, Romy (Elizabeth Mageren), qui passe son temps à l’aguicher pour échapper aux corvées ou ne pas être sanctionnée pour ses retards. Elle aime à l’émoustiller sexuellement avant de couper court, la garce, à toute possibilité de relation. “Tu es bien trop vieux !”. Mais au moins l’insolente met-elle un peu de piment dans sa vie, désespérément vide.
Le quadragénaire n’a plus été en couple depuis des années et n’a que peu de relations sociales, hormis son vieux copain Frank (Éric K. Boulianne), tout aussi seul et fauché, mais encore moins dégourdi que lui (son seul titre de gloire est d’avoir eu l’idée de mettre des saucisses dans le mac’n’cheese et on ne remet pas de prix Nobel pour ça…). Adam possède au moins sa propre entreprise, même s’il refuse toute idée d’expansion, d’investissement supplémentaire, surtout dans un monde au bord de l’apocalypse. Ah oui, car Adam est aussi et surtout éco-anxieux. A chaque feu de forêt, chaque orage violent, il pense assister à la fin du monde. Et le reste du temps, il est angoissé par cette idée.
Pas étonnant que sa psychanalyste écrive sur son carnet l’acrostiche :
A pour angoissé
D pour déprimé dépressif
A pour atypique
M pour mal dans sa peau
Bref, le garçon ne va pas bien, en a conscience et essaie de se sortir de ce marasme. Il écoute des podcasts de relaxation, où il s’imagine marchant dans la neige et étudie différents sujets relatifs au bien-être. C’est peut-être une lampe de luminothérapie acheté sur internet qui va l’aider à aller mieux. L’objet en lui-même n’a rien d’exceptionnel. Une lampe pyramidale qui se contente de diffuser une lumière blanche semblable à la lumière solaire. Mais dans la boîte, un message ambigu, invitant les clients à appeler en cas de problème. Adam pense qu’il s’agit d’un service d’écoute pour personnes qui se sentent seules, intégré à un programme global de bien-être. Raté, c’est juste un SAV classique. Mais la personne qui lui répond, Tina (Piper Perabo) semble vraiment bienveillante et préoccupée par la situation de ce client atypique. Adam en tombe immédiatement amoureux et cherche tous les prétextes pour garder le contact avec celle qui pourrait porter l’acrostiche TINA : There Is No Alternative (Il n’y a aucune autre alternative…). Mais lors d’un appel, la communication est brutalement coupée. Adam décide alors d’aller jusqu’en Ontario, où se situe le service client de la société vendant les lampes, pour aller sauver sa belle. Cela tombe bien, la ville a subi un tremblement de terre et le personnel est invité à quitter la zone tant que les turbulences sismiques continuent. Tina demande à Adam de l’héberger quelques jours, histoire de faire connaissance et de passer quelques jours ailleurs. Une relation complice se noue entre eux, au gré de péripéties improbables impliquant un dealer complotiste, platiste et reptilien, un propriétaire de SUV, Eugène, Frank et Romy. Mais un petit détail pourrait bien perturber cette idylle naissante : Tina ne vit pas seule…
Dans Amour Apocalypse, Anne Emond s’amuse avec les codes de la comédie romantique pour composer une jolie histoire d’amour, d’amitié et de retour à la sérénité. Elle signe aussi un curieux récit initiatique car Adam, malgré ses quarante-cinq ans, traverse un véritable rite de passage. Il doit sortir de sa coquille pour conquérir le coeur de Tina. Il doit braver les catastrophes, prendre des risques, des coups (au moral ou au physique) pour s’offrir une seconde chance. Ou du moins pour apprendre à accepter l’idée d’une catastrophe imminente et vivre avec, en profitant de chaque petit moment de bonheur. Ils existent, ces moments de grâce, et se situent parfois dans des petits riens : la voix douce d’une inconnue à l’autre bout du pays, les petites routines rassurantes, un gratin de pâtes ou des petites victoires sur soi. Et ils existent aussi, ces problèmes écologiques qui menacent la planète à plus ou moins brève échéance, n’en déplaise aux sceptiques. Il est rare de voir une comédie aborder le thème du réchauffement climatique, des catastrophes naturelles. Ici, on cause rapport du GIEC, on assiste aux conséquences d’un tremblement de terre, à des orages violents, à l’irruption d’une lune rouge sang. Et le constat est, effectivement, anxiogène. A cela, la cinéaste oppose l’humour, la tendresse et la force des liens humains, tout ce qui permet de trouver de la beauté et de l’apaisement dans le chaos.
Le film fonctionne parfaitement car le rythme est vif, les situations amusantes et les personnages sont tous sympathiques. Patrick Hivon est impeccable dans la peau de cet homme anxieux, qui entrevoit pour la première fois un avenir moins sombre. Piper Perabo est également remarquable dans le rôle de Tina, cette inconnue à la voix douce, capable de faire fondre des banquises… Ah non, ce n’est pas bon pour la planète. On est ravis de la revoir sur grand écran, après plusieurs années de petits rôles dans des séries télévisées.
Il est juste dommage que l’intrigue ne s’aventure pas plus loin dans la folie douce. Au début de la virée d’Adam et Tina, on s’attend à ce que les péripéties burlesques aillent crescendo et qu’Adam voit sa vie rangée complètement bousculée par sa relation avec cette quadragénaire séduisante, comme le personnage joué par Bruce Willis dans le Boire et déboires de Blake Edwards. Cela va être un peu le cas, bien sûr, mais en restant sur des rails un peu plus sages, sur un registre plus doux-amer. Dommage car il y avait là matière à créer une oeuvre comique absolument irrésistible, “capotée ben raide”. Il faudra se contenter d’une petite comédie très sympathique, qui a le mérite de réchauffer non pas la planète, mais les coeurs des spectateurs.
Malgré un circuit de distribution assez réduit, nous vous conseillons de donner sa chance à ce film canadien plein de charme, bien accueilli lors de la Quinzaine des Cinéastes 2025, qui parvient à séduire autant les cinéphiles que le public populaire. C’est en tout cas d’un niveau très supérieur à la plupart de ces comédies made in France, aux scénarii paresseux et aux gags idiots, tabarnak !
Amour Apocalypse
Peak everything
Réalisatrice : Anne Emond
Avec : Patrick Hivon, Piper Perabo, Elizabeth Mageren, Connor Jessup, Gilles Renaud, Gord Rand, Éric K. Boulianne, Patrick Garrow
Genre : Comédie romantique
Origine : Canada
Durée : 1h40
Date de sortie France : 21/01/2026
Contrepoints critiques :
”D’un début d’intrigue aux accents truffaldiens émerge une histoire malheureusement décevante, reprenant les codes de la comédie romantique qu’elle prétendait éviter.”
(Carl Arnaud – Les Inrockuptibles)
”L’énergie est renouvelable chez les amoureux, même écoanxieux. C’est la trame de cette comédie québécoise aussi mélancolique que truculente.”
(Guillemette Odicino – Télérama)
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