Les copains d'Eddie Coyle

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Rimini Éditions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Les copains d’Eddie Coyle » de Peter Yates.

« Je te promets de dire un mot à Saint-Pierre si jamais t’allais au ciel ! »

Petit malfrat au bout du rouleau, Eddie Coyle vit de combines minables, de contrebande et de trafic d’armes. Sur le point d’être condamné, il est prêt à tout pour échapper à la prison, quitte à devenir indicateur pour l’inspecteur Foley.

« T’es pressé de partir et j’ai pas beaucoup de temps devant moi. J’ai pas le temps de t’expliquer la vie conjugale. Et si je le faisais je suis persuadé que tu ne me croirais pas ! »

Dans la foulée de ce qui se passe en Amérique, où une jeune génération de cinéastes formés à la télévision (qui formera ce que l’on appellera le « Nouvel Hollywood) va progressivement imposer un nouveau style et de nouvelles méthodes, l’Angleterre voit également apparaitre de nouveaux talents prêts à s’affranchir des codes académiques qui prévalaient jusqu’alors. Débutant sa carrière au début des années 60, notamment comme assistant réalisateur de J. L. Thompson sur « Les canons de Navarone » (1961), Peter Yates va ainsi connaitre une ascension fulgurante qui passera par la réalisation en propre de quelques épisodes de séries télévisées puis notamment du film de casse « Trois milliards d’un coup » (1967), dont le style brut et réaliste lui vaudra d’être repéré par la superstar Steve McQueen, qui fera appel à lui pour le diriger dans « Bullitt » (1968), qui restera sans doute son film le plus emblématique. Et de loin son plus grand succès commercial. La quinzaine de films qu’il réalisera par la suite étant, sauf exceptions (« La guerre de Murphy », « L’œil du témoin », « Les quatre malfrats », « Les grands fonds ») tombés un peu dans l’oubli. Parmi eux, « Les copains d’Eddie Coyle », adaptation du roman éponyme de George V. Higgins confiée à Peter Yates par le producteur Paul Monash (« Butch Cassidy et le kid », « Carrie au bal du diable »), resté longtemps inédit chez nous et que Rimini Editions a eu la bonne idée d’éditer.

« Supposons que je vous donne un tuyau en or sur le cambriolage des banques. Qu’est-ce que vous me donneriez pour ça ? »

Genre en vogue à Hollywood des années 30 aux années 50, le film de gangsters connait un retour en grâce à la fin des années 60, sous l’effet des réalisateurs du Nouvel Hollywood qui mythifient la figure romantique du bandit (« Bonnie & Clyde », « Le parrain ») par opposition à un pouvoir officiel jugé réactionnaire et écrasant. Ce qui, par ricochet, a donné lieu également à des films volontiers plus réalistes sur le milieu du banditisme. A l’image de l’excellent « French connection » de William Friedkin. « Les copains d’Eddie Coyle » relève clairement de cette seconde catégorie. Mais, de par son goût pour les anti-héros et les personnages évoluant en marge de la société et du rêve américain, Peter Yates va plus loin en s’intéressant à l’univers des tricards de la criminalité. « Les copains d’Eddie Coyle » est en cela captivant en ce qu’il montre l’univers des sans-grades, des criminels à la petite semaine qui vivent de combines plus ou moins violentes et, surtout, plus ou moins foireuses. Un monde sans pitié où règne le « chacun pour soi », dans lequel les notions d’empathie, de loyauté et de solidarité n’existent pas. Un monde enfin profondément désenchanté, qui ne semble offrir aucune échappatoire à ses protagonistes, pris au piège de leurs petites compromissions. Notamment avec la police, qui use finalement des mêmes méthodes de chantage et de trahisons que les bandits qu’ils combattent. En cela, Eddie Coyle (formidablement interprété par Mitchum bedonnant et tout en retenu) est un personnage de tragédie, précaire et usé par une vie de combines, qui cherche juste – et en vain au final – à survivre dans un monde féroce de prédation des faibles par les puissants. Filmé dans les bas-fonds de Boston, entre quartiers populaires et bars glauques, Peter Yates signe là un polar âpre, jamais spectaculaire, et doublé d’une réelle dimension sociale, véritable portrait de l’Amérique désenchantée des années 70 et de ses laissés-pour-compte. Un modèle de construction épurée et un véritable contre-pied aux films de cette époque.

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Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master HD restauré et proposé en version en version originale américaine (1.0) ainsi qu’en version française (1.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de « Eddie Coyle ou les prolétaires du crime » : Conversation entre Jean-Baptiste Thoret, réalisateur et historien du cinéma, et Samuel Blumenfeld, critique cinéma (49 min.), ainsi que d’une Interview de Peter Yates par Derek Malcolm, critique et historien du cinéma, enregistré au National Film Theatre (1996, 37 min.). L’édition est complétée par le livret « Les copains d’abord » (44 pages) de Christophe Chavdia.

Édité par Rimini Éditions, « Les copains d’Eddie Coyle » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 22 octobre 2025. 

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