Hamnet (2026) de Chloé Zhao

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Ce projet est avant tout celui de l'autrice, adapté de son roman éponyme (2020) Maggie O'Farrell souhaitait raconter depuis longtemps cette histoire après avoir découvert que le grand dramaturge Shakespeare (Tout savoir ICI !) avait perdu un fils de 11 ans : "J'ai toujours trouvé injuste pour cet enfant que personne ne fasse le lien entre ce petit garçon, qui s'appelait Hamnet, et la pièce écrite quatre ou cinq ans plus tard, intitulée Hamlet". Mais la romancière s'est éloignée du pur libre historique pour signer un roman de fiction, et bien avant de recevoir une multitude de prix littéraire une épreuve du roman a été envoyé à Liza Marshall productrice via sa société Hera Pictures notamment derrière "Boy A" (2007) de John Crowley ou "Avant d'Aller Dormir" (2014) de Rowan Joffe. La productrice obtient les droits mais doit chercher une association pour pouvoir mener à bien le financement ce qui va devenir chose aisée quand deux grands réalisateurs-producteurs vont accepter d'accompagner le projet, Sam Mendes avec Neal Street Productions et un certain Steven Spielberg via Amblin Entertainment, les deux cinéastes avaient déjà collaboré ensemble notamment sur le film "1917" (2019) de Mendes. Le scénario est assumé par l'autrice elle-même, mais en collaboration avec la réalisatrice, Chloé Zhao qui a accepté le poste à condition de co-écrire le scénario. Rappelons que la réalisatrice chinoise remarquée pour "The Rider" (2017) et surtout oscarisée pour "Nomadland" (2020) revient ainsi à un film auteuriste après l'échec de son blockbuster siglé Marvel "Les Eternels" (2021). Le film reçoit début 2026 les Golden Globes du meilleur film dramatique et de la meilleure actrice dans un film dramatique... Angleterre, début des années 1580, Will professeur de latin fauché tombe amoureux de Agnès, jeune femme à l'esprit libre un peu plus âgée. Leur liaison est pleine de fougue, ils doivent bientôt se marier et auront encore des jumeaux. Tandis que Will tenter de percer à Londres comme dramaturge le couple doit faire face à la mort de l'un jumeau, Hamnet a seulement 11 ans. Mais de cette épreuve douloureuse naîtra un chef d'oeuvre universel... 

William Shakespeare est incarné par Paul Mescal remarqué dans "Aftersun" (2022) de Charlotte Wells ou "Carmen" (2023) de Benjamin Millepied et surtout révélé au niveau mondial avec "Gladiator II" (2024) de Ridley Scott, tandis que son épouse Agnès Shakespeare est jouée par Jessie Buckley vue entre autre dans "Wild Rose" (2018) de Tom Harper, "Women Talking" (2022) de Sarah Polley ou "Scandaleusement Votre" (2024) de Thea Sharrock. Leur fils Hamnet est incarné par le jeune Jacobi Jupe aperçu dans "Peter Pan & Wendy" (2022) de David Lowery, tandis que son alter ego Hamlet, ou plutôt le comédien qui le joue est interprété par le grand frère Noah Jupe vu dans le dyptique "Sans un Bruit" (2018-2021) de John Krasinski ou "Le Mans 66" (2020) de James Mangold. Citons ensuite Emily Watson magnifique actrice de "Breaking the Waves" (1996) de Lars Von Trier et "The Boxer" (1997) de Jim Sheridan vue plus récemment dans "Tu ne mentiras Point" (2024) et "Steve" (2025) tous deux de Tim Mielants et avec Cillian Murphy, Joe Alwyn vu dans "Un Jour dans la Vie de Billy Lynn" (2016) de Ang Lee, "La Favorite" (2018) et "Kinds of Kindness" tous deux de Yorgos Lanthimos ou "The Brutalist" (2025) de Brady Corbet, David Wilmot vu entre autre dans "L'Irlandais" (2011), "Calvary" (2014) et "War on Everyone" (2017) tous trois de John Michael McDonagh... Notons que la musique est signée de Max Richter dont on peut se souvenir des B.O. des films "Syngué Sabour, Pierre de Patience" (2012) de Atiq Rahimi, "Hostiles" (2017) de Scott Cooper ou "Ad Astra" (2019) de James Gray, puis notons la belle photographie du polonais Lukasz Zal, directeut Photo de "Ida" (2013) et "Cold War" (2018) tous deux de Pawel Pawlikowski ou plus récemment de "The Zone of Interest" (2023) de Jonathan Glazer... Insistons sur le fait que le film est à l'image du roman, une fiction, et que si il repose sur des faits véridiques la grande majorité de ce qui est raconté tient de l'hagiographie et du fantasme à l'instar de ses prédécesseurs comme "Shakespeare in Love" (1998) de John Madden et "Anonymous" (2011) de Roland Emmerich. Ainsi, pour être plus clair, la passion au sein du couple Shakespeare n'est pas évident (le testament de l'auteur laisse son épouse sans rien), le dramaturge est déjà connu à la mort de son fils ayant déjà écrit entre autre "Titus Andronicus" (1591-1593) ou "Roméo et Juliette" (1594-95), et les causes de la mort du fils restent inconnues. Par contre on apprécie que la différence d'âge soit assumée avec les deux acteurs principaux, et que l'autrice use d'un subterfuge pour rester bel et bien dans la fiction puisque l'épouse se nomme en réalité Anne Hathaway mais elle est nommé Agnès dans le film, tandis que William Shakespeare est en vérité jamais nommé dans le roman ni dans le film(exception de la toute fin), il est désigné par des termes génériques comme "le mari de...", "le fils de..." ... etc... Ainsi le film se place dans l'équivalent du roman historique, on invente, on réécrit l'Histoire, on imagine parfois autre chose que les faits... etc... d'un point de vue éthique c'est toujours un peu gênant surtout que ce n'est nullement pour servir une thématique plus moderne (comme Sofia Coppola et son "Marie-Antoinette" en 2006) et, si on reste sur Shakespeare, ni pour lancer une réflexion sur des doutes ou hypothèses comme   "Anonymous" (2011). Rappelons que l'Histoire, les faits réels se suffisent toujours à eux-mêmes, souvent aussi tragiques et violents que ce qu'on pourrait imaginer.

Mais le film nous promet un rapport à la création qui peut être passionnant en jouant habilement sur le fils Hamnet et la pièce "Hamlet" dont la similarité du nom interroge forcément. Néanmoins, des années séparent la mort du fils et la sortie de la pièce, et outre son nom en quoi la pièce aurait-elle réellement un rapport avec le fils ?! Trop flou, trop aléatoire, trop sujet à hypothèse pour que ce soit convaincant. Mais le plus gênant dans le film c'est son scénario, qui est en fait une tragédie familiale super classique dont la seule "originalité" est de faire croire à un biopic sur Shakespeare, malgré qu'on croirait plus à un biopic sur madame Agnès Shakespeare. Le récit reprend un canevas universel sur la perte d'un enfant, un couple tombe amoureux, c'est la passion, puis arrivent les enfants, les années de bonheur continuent jusqu'au drame intime, foudroyant de la perte d'un enfant. Près d'une heure trente jusqu'au drame, la partie deuil, création de la fameuse pièce dure donc environ 30mn. La partie artistique est donc quasi inexistante, à peine exploitée pour un drame familial tout ce qu'il y a de banal, ce qui pourrait être déjà très bien si on n'avait pas l'impression d'avoir été berné sur la réelle thématique du film. Heureusement, on apprécie la reconstitution, la jolie photographie, les personnages et surtout le couple Shakespeare merveilleusement incarné par Paul Mescal et Jessie Buckley au diapason. Un très beau film donc sur la perte d'un enfant et son deuil, mais en rappelant que historiquement et artistiquement ça reste très superficiel. Note indulgente

Note :                 

14/20