
Femme au bord de la crise de nerfs
Quand Maria flashe sur Sigmund lors d’une soirée, elle a déjà deux enfants ; célibataire, elle est sûre qu’elle tient l’homme de sa vie. Début d’histoire d’amour, ellipse et nous voilà 7 ans plus tard. Plus rien ne va : 2 enfants de plus, Sigmund captivé par son emploi qui l’emmène loin de la maison des semaines entières, Maria n’en peut plus de cette vie. Elle a mis son emploi entre parenthèses, son mari lui a promis de lâcher du lest sur le sien mais il n’en est rien. Elle explose, son amour est toujours fort pour lui, ce qui est certainement réciproque (le film n’est que peu affirmatif sur ce point), elle aimerait que sa vie, leur vie prennent un autre tour et a du mal à le formuler calmement et sans être dans le reproche.
Au-delà de cette charge mentale manifeste et exprimée par l’intéressée, sa place dans le couple où l’un travaille et dispose de moments à lui, à l’extérieur du foyer, c’est avant tout l’acclamation de frustration et de colère qui s’en dégage que va traiter sans manichéisme ni facilité, le scénario de Lilja Ingolfsdottir. Il aurait été tellement simpliste de coller une relation extra conjugale dans cette histoire, elle évite intelligemment ce type de piège. Donc le film interroge sur ce qui fait la fin d’une relation : A qui la faute ? A l’indifférence masculine face à la charge mentale encore et toujours imposée aux mères et épouses ? A la difficulté de certaines femmes à laisser libre cours à leur ressentiment, comme la colère ? Au temps qui passe ? Aux anciennes cicatrices mal refermées. Un peu de tout cela, c’est bien ce que dit le film. De fait, plutôt que de chercher des causes extérieures à nos tourments, n’est-il pas préférable d’entamer un dialogue avec soit même ? Et oui, le film est un portrait psychologique d’une femme de 40 ans qui doit chercher sa part d’ombre, regarder sa peine en face et se transformer pour vivre en paix. Cela permet d’éviter l’écueil féministe qui consisterait à opposer la gentille femme au mâle égoïste et indépendant et carriériste. Donc cet homme tente d’apporter maladroitement sa contribution domestique. Même si et c’est un gros mais…le récit ne place bien trop souvent à mon goût la responsabilité de l’échec à celle qui souffre et tient l’unité familiale. Amie , mère, conjoint, fille et psy ; trop souvent est mis l’accent sur ce qu’elle rate ; j’ai souffert pour elle qui semble porter seule le poids de l’échec en bénéficiant de si peu de soutien. C’est trop injuste, et ce n’est pas Caliméro qui parle.
Pour un premier long métrage, le travail sur la quête d’identité est bien mené tout comme la relation à ses parents qui conditionnent en grande partie ses relations sentimentales futures. En çà le film prend à un moment des accents freudiens lors d’un échange finement écrit. A la mode Bergman, elle livre un portrait très naturaliste de ce couple qui rend la souffrance des personnages si palpables ; et sa formidable actrice le lui rend bien. Helga Guren, récompensée comme le film dans de nombreux festivals, impressionne ; on est amené à la revoir au cinéma. La narration à la première personne ainsi que le montage puzzle et l’image au plus près des acteurs permet une symbiose et identification forte avec ces personnages que l’on soit homme ou femme. Le film est dynamique même s’il fait les frais parfois de son exigence d’efficacité qui rendent certaines scènes purement utilitaires et mécaniques pour se concentrer sur des scènes plus profondes. Les 15 premières minutes par exemple ne sont pas l’image de ce que sera le film ; et bien heureusement.
A regarder en couple, mais attention aux discussions qui peuvent prolonger la soirée jusqu’au bout de la nuit.
Sorti en 2025
Ma note: 13/20