“28 ans plus tard : Le Temple des Morts” de Nia DaCosta

Par Boustoune

Petit rappel des épisodes précédents :
En 2002, Danny Boyle (à la mise en scène) et Alex Garland (au scénario) dépoussièrent le film de zombies en signant l’angoissant 28 jours plus tard. Le film suit un personnage, joué par Cillian Murphy, qui se réveille à l’hôpital après 28 jours de coma et réalise que l’Angleterre a été frappée par un virus transformant les infectés en créatures enragées.
En 2007, Juan Carlos Fresnadillo lui donne une suite, 28 semaines plus tard montrant la progression inexorable de l’épidémie et jouant à peu près sur les mêmes ressorts dramatiques, efficaces à défaut d’être très originaux.
Après avoir zappé “28 mois plus tard”, Danny Boyle et Alex Garland ont choisi de débuter une nouvelle trilogie baptisée 28 ans plus tard. Le premier opus, sorti en juin dernier, s’intéresse à l’épopée d’un adolescent, Spike (Alfie Williams), en quête d’un médecin capable de soigner sa maman (Jodie Comer). Cette dernière semble de plus en plus mal chaque jour, et se montre de  de plus en plus désorientée. Contrairement à son père (Aaron Taylor-Johnson), qui a déjà trouvé une autre femme pour remplacer la malheureuse, Spike veut croire en sa guérison et part à la recherche du Docteur Kelson (Ralph Fiennes). Démarche complètement déraisonnable, car rien ne dit que celui-ci exerce toujours, après des années de pandémie et de destruction des différentes localités, ni qu’il a encore toute sa tête. Surtout, cela implique de quitter le refuge familial, une île difficilement accessible au nord-est de l’Angleterre, et de traverser une zone peuplée d’animaux sauvages et de zombies féroces. Bon, après quelques péripéties mollassonnes, il trouve le Docteur, perd sa mère et gagne un nouveau-né – l’enfant d’une infectée. Et au lieu de rentrer sagement au village, il y dépose l’enfant et repart seul en vadrouille. Pourquoi ?  Allez savoir… Là, il croise la route d’une bande de bikers affublés de perruques blondes filasses, celle de Ser Jimmy Crystal (Jack O’Connell). Fin de l’épisode.

Battant le fer tant qu’il est chaud, la production sort ce nouvel opus, 28 ans plus tard : le temple des morts, juste six mois après, avec cette fois-ci Nia DaCosta aux manettes.
On retrouve Spike en mauvaise position, car la bande de Ser Jimmy est tout sauf amicale. Lui a viré sataniste depuis un trauma d’enfance – sa famille bouffée par des infectés – et un rapport heurté au père, au fils et au Saint Esprit. Il s’est autoproclamé fils de Satan et s’est forgé sa propre bande d’apôtres, qu’il appelle ses “doigts”, sept bons petits soldats, qui le suivent dans tous ses délires infernaux. Pourquoi sept ? Parce qu’ensemble, ils forment “le poing”. Euh… OK, le gamin a raté quelques années d’école, fermée pour cause de zombies, mais quand même… Sept doigts, ça fait beaucoup de phalanges pour une seule main, ou pas assez pour faire deux poings, à moins de considérer que le Jimmy Crystal a autant de doigts qu’un lépreux de Jakarta. Bref, il veut être entouré de sept apôtres, pas un de plus. Alors pour Spike, le choix est simple : se laisser taillader par l’un des sept mabouls de Crystal ou le tuer pour prendre sa place. Le gamin réussit par miracle à s’en sortir en sectionnant l’artère de la jambe d’un doigt. Oui c’est compliqué, faut suivre…
Bref, pour ce bain de sang, le gamin gagne une moumoute blonde et un nouveau blaze : “Jimmy”. Car oui, ces doigts s’appellent tous Jimmy, comme Jimmy Savile, un animateur britannique populaire de son vivant, mais qui dissimulait un prédateur sexuel auteur de centaines d’agressions. Un peu plus tard, une nouvelle scène montre le gang s’inviter chez des fermiers. Là, les cinglés continuent sur leur lancée en invoquant les Télétubbies. Une des Jimmy, Jimmima (Emma Laird) se met à faire la chorégraphie de LaLa devant les yeux écarquillés de leurs hôtes. Horrible ? Un peu… Mais ce n’est rien par rapport à la suite. Jimmy Crystal ordonne à ses troupes d’accorder “la charité” à leurs hôtes, c’est à dire leur offrir une bonne séquence de torture, avec dépeçage du torse. Des doigts d’horreur ! De la violence purement gratuite, sans doute évitable, mais qui a le mérite de réveiller un peu un récit jusqu’alors assez atone, pour ne pas dire complètement fleur bleue.

Car en parallèle de cette virée en enfer, on découvre la suite des aventures de ce bon vieux Docteur Kelson, qui, après le départ de Spike, s’est mis dans la tête de faire ami-ami avec un des infectés, un alpha (comprenez moins idiot que ses semblables) a qui il a attribué le nom de Samson, pas comme Véronique mais comme le héros biblique, probablement en raison de sa tignasse imposante – mais brune, celle-ci – et de sa carrure de champion de MMA.
Kelson injecte de la morphine à Samson qui reste ainsi hébété, oubliant un temps l’idée d’arracher la tête des non-infectés pour regarder la lune (c’est un alpha, donc il ne regarde pas le doigt…) aux côtés du toubib. Ah, il faut les voir, se laisser aller complètement, en pleine bromance, nus comme des vers, juste recouvert de sang et de boue pour l’un, et de bétadine pour l’autre. On est loin, très loin de l’univers terrifiant du premier opus. C’est même un peu gênant, ce virage vers la morale idiote, opposant la cruauté des pires spécimens humains à la “douceur” (relative, hein) du plus malin des zombies. On a même le droit de trouver cela absolument grotesque.

Evidemment, une des télé-teubés va finir par tomber sur le spectacle du docteur dansant un slow joue contre joue avec le mort-vivant, à côté de son ossuaire, son “temple des morts” et va illico penser que Kelson est Satan en personne.
Ceci va pousser son pseudo-rejeton à aller lui rendre visite, pour un face-à-face qui s’annonce assez inflammable. Au final, on a bien droit à un show pyrotechnique, où Ralph Fiennes, en roue libre, s’amuse à personnifier Satan, yeux charbonneux, veste ignifugée et grimaces de métalleux sous acide, Iron Maiden à fond les ballons. On est à deux doigts d’y croire, mais aussi à deux doigts de s’agacer, car le récit retombe in fine dans l’allégorie religieuse balourde.

Le pire, c’est qu’on ne sait pas vraiment où veut aller Alex Garland. Qui est le personnage central de cette nouvelle trilogie? Spike? Il est assez insignifiant… Kelson? On doute de le revoir dans le troisième opus? Jimmy Crystal? Samson? Les personnages du début de 28 ans plus tard ont disparu de l’équation, notamment Aaron Taylor-Johnson. La brave fermière qui, dans cette suite, met à mal les apôtres de Jimmy se perd aussi dans la forêt. En revanche, on voit redébarquer Cillian Murphy, qui pourrait jouer un rôle plus important dans le futur épisode. Ou pas. Allez savoir…
On n’est pas certain de vouloir découvrir les réponses à ces questions, tant le niveau de la franchise a décliné. Les amateurs d’horreur devront se contenter de quelques séquences de violence gratuite, perdues au milieu de scènes d’une nunucherie affligeante. Les amateurs de fantastique sérieux se désoleront de cette intrigue médiocre, plombée par les incohérences et les outrances.
Allez, avec nos propres doigts – cinq par main – on balaye ce film de notre mémoire. Un poing c’est tout!


28 ans plus tard : Le Temple des Morts
28 years later – The Bone Temple

Réalisatrice : Nia DaCosta
Avec : Ralph Fiennes, Jimmy O’Connell, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Parry, Emma Laird, Sam Locke
Genre : doigt d’horreur au genre fantastique
Origine : Royaume-Uni, Etats-Unis
Durée : 1h49
Date de sortie France : 14/01/2026

Contrepoints critiques :

”Certes, le trait n’est pas léger mais l’énergie qui se dégage de ce Temple des morts fait le job au point de donner envie de voir la suite.”
(Caroline Vié – 20 minutes)

”En tant que tel, le film est mal rythmé, décousu, entre lyrisme kitsch, nihilisme pop, dialogues didactiques et violence gore digne d’un bis italien.”
(Nicolas Schaller – L’Obs)

Crédits photos : Copyright Sony Pictures Entertainment