Old Boy (2004) de Park Chan-Wook

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Devenu un des chefs de file d'une nouvelle vague sud-coréenne avec entre autre "Joint Security Area" (2000), le réalisateur Park Chan-Wook a confirmé son statut avec "Sympathy for Mister Vengeance" (2002) qui s'avère être le premier opus d'un trilogie thématique sur la vengeance. Le cinéaste revient donc naturellement avec un second opus sur le même thème, en adaptant, sur conseils avisés de son confrère Bong Joon-Hoo réalisateur auréolé de "Memories of Murder" (2003), le manga éponyme (1997) de Nobuaki Minegeshi et Garon Tsuchiya, qui est lui-même inspiré d'un certain "Le Comte de Monte Cristo" (1844) de Alexandre Dumas. Le producteur Kim Dong-Joo pour la société Show Eats obtient les droits pour seulement 11000 euros. Le réalisateur-scénariste co-signe son scénario avec Lim Joon-Hyung qui écrira plus tard "Destruction Finale" (2019) de Kim Byung-Seol et Lee Hae-Jun, puis Hwang Jo-Yun qui signera les scénarios "La Mémoire Assassine" (2017) de Won Shin-Yeon ou "Rampant" (2018) de Kim Sung-Hoon. Le film est un nouveau énorme succès pour Park Chan-Wook, il devient le plus gros succès de l'année en Corée du Sud devant "Matrix Revolutions" (2003) des Wachowski et "Kill Bill" (2003) de Quentin Tarantino, et surtout il reçoit sa première grande reconnaissance internationale en obtenant le Grand Prix au Festival de Cannes 2004, loupant la Palme d'Or "à deux voix près" selon le président du jury, un certain Quentin Tarantino ! En se remettant dans le contexte géo-politique de l'époque ce sera finalement "Fahrenheit 9/11" (2003) de Michael Moore qui reportera la Palme D'or. Le film devient un phénomène et la postérité va en faire un film culte, sans aucun doute un des tous meilleurs films des années 2000-2020. Le film aura un premier remake avec "OldBoy" (2013) de Spike Lee... A la fin des années 80, Oh Dae-Soo, père de famille sort du commissariat après une forte ébriété. Quelques instants après il disparaît. A son réveil, il est enfermé dans une sorte de studio qui na s'avérer en fait une cellule où il va être séquestré 15 ans. Son seul lien avec l'extérieur est la télévision. Après le désespoir, la colère, la rage lui permet de survivre et de tenir. 15 ans passent et il est enfin libéré mais sans aucune réponse ni explication jusqu'à ce qu'il reçoit un appel téléphonique qui lui propose un jeu de piste pour savoir qui l'a enlevé et pourquoi. Le cauchemar va se mêler à la vengeance...

La grande partie du casting va se retrouver pour le dernier film de la trilogie, le futur "Lady Vengeance" (2005), à l'exception notable de Ji Dae-Han qui était dans le premier "Sympathy for Mister Vengeance" (2002) et vu dans "Foul king" (2000) de Kim Jee-Woon et "Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps" (2003) de Kim Ki-Duk, puis Kim Byeong-Ok qui retrouvera Park Chan-Wook pour "Je suis un Cyborg" (2007). Tous les autres acteurs seront présents dans "Lady Vengeance" (2005), dont le prisonnier vengeur incarné par la star Choi Min-Sik remarquable encore plus tard dans "J'ai rencontré le Diable" (2010) de Kim Jee-Woon, tandis que sa partenaire féminine est interprétée par Kang Hye-Jeong vue dans "Nabi" (2001) de Moon Seung-Wook ou plus tard dans "Triangle" (2009) de Ji Young-Soo ou "3 Extrêmes" (2003) de Park Chan-Wook, elle retrouvera dans "Antartic Journal" (2005) de Yim Pil-Sung l'acteur Yu Ji-Tae vu entre autre dans "Attack the Gas Station" (1999) de Kim Sang-Jin, "One Fine Spring Day" (2001) ou plus tard "La Femme est l'Avenir de l'Homme" (2004) de Hong Sang-Soo. Citons ensuite Lee Seung-Shin qui retrouve Ji Dae-Han cité plus haut après "Jungdok" (2002) de Park Young-Hoon et qui retrouve après Shiri" (1999) de Kang Je-Kyu la star Choi Min-Sik qui était également dans "Ivre de Femmes et de Peinture" (2002) de Im Kwon-Taek retrouvant ainsi Yun Jin-Seo vu dans "L'Abri" (2002) de Lee Mi-Yeon, Oh Kwang-Rok qui retrouvera dans "A Bittersweet Life" (2005) de Kim Jee-Woon l'acteur Oh Dal-Soo qui retrouvera certains camarades et Park Chan-Wook pour "Je sus un Cyborg" (2007) et "Thirst, Ceci est mon Sang" (2009)... Le début du film oscille entre le grotesque et le pathétique d'un homme ivre, cible facile finalement pour celui qui va être séquestré durant pas moins de quinze ans ! Cette vengeance est d'emblée particulièrement terrible, du jamais vu, non pas par la durée mais par le jusqu'au-boutisme du concept, allant jusqu'à ne jamais lui adressé la parole, il ne quitte réellement et littéralement jamais ses quatre murs dans une solitude parfaite et terrifiante à en devenir fou. Quinze ans qui passe en un quart d'heure où un homme passe par l'incompréhension, la colère, la pitié, la léthargie, la menace, la haine puis la rage de s'en sortir. La performance de l'acteur Choi Min-Sik est dantesque et le place parmi les plus grandes claques du Septième Art. La vraie bonne idée du scénario est de ne pas laisser Oh Dae-Soo/Min-Sik choisir de mener l'enquête et de se venger seul, non la vraie bonne idée est que c'est son tortionnaire qui le joint et lui propose de poser des galets sur le sillon qui le mènera inévitablement à une rencontre et à un face à face. On se dit alors que sans la volonté d'en finir du commanditaire jamais Oh Dae-Soo/Min-Sik n'apprendrait le fin mot de l'histoire.

Complètement paumé, aussi énervé que haineux, le survivant va donc commencer à chercher. Contre toute attente il va aussi faire une rencontre, une jeune femme qui va lui offrir les seuls instants de calme et de sérénité malgré une rencontre étonnante et finalement peu ragoutante... ATTENTION SPOILERS !... Déjà on se demande comment cela peut être possible un coup de foudre aussi soudain aussi pur aussi simple entre une jeune femme et un homme qui pourrait être son père voir son grand-père, mais heureusement tout s'expliquera. Mais surtout lors de cette rencontre il y a la séquence où Oh Dae-Soo/Min-Sik mange goulument un poulpe cru ! Une scène d'autant plus écoeurante pour l'acteur qui est végétarien... FIN SPOILERS !... Outre cette séquence marquante il y a aussi celle du couloir et du marteau, une scène cultissime depuis maintes fois copiée. Des passages violents certes, mais les plus violentes restent hors champs, sinon elles sont tournés judicieusement en plan large et de façon graphique qui pousse le curseur vers la bande-dessinée (pour adulte). Le scénario est implacable, au fur et à mesure les réponses au questions légitimes se dévoilent jusqu'au twist ultime, une claque qui fait et fera date. Emmené par l'acteur Choï Min-Sik dans un rôle tout en démesure l'histoire du tragédie est toute aussi démesurée. L'idée de base est en elle-même audacieuse et culottée mais jamais le réalisateur ne recule et assume à fond son scénario, sans concession et terriblement violent. Un chef d'oeuvre unique fait de rage, de désespoir et de fureur. Un uppercut rare qu'il faut voir au moins une fois.

Note :  

20/20