Cinéma | FURCY, NÉ LIBRE – 13/20

Cinéma FURCY, LIBRE 13/20

De Abd Al Malik
Avec Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot

Chronique : Pour son deuxième film en tant que réalisateur, l’artiste multi-casquettes Abd al Malik livre une œuvre puissante dans son propos et précieuse par sa valeur testimoniale. Malheureusement, Furcy, né libre souffre aussi d’une mise en scène inégale, qui peine à trouver un équilibre et une réelle identité. Son montage parfois abrupt, fait de scènes courtes et appuyé par une voix off un peu monocorde, dessert la dramatisation de l’histoire de Furcy. Peut-être était-ce aussi la volonté (louable) d’Abd al Malik d’éviter tout pathos qui introduit cette distanciation, mais c’est au détriment des émotions.
S’appuyant sur la beauté écrasante des paysages de La Réunion et de l’île Maurice, le film délivre des plans extérieurs d’un lyrisme douloureux lorsqu’ils se font le décor de scènes montrant crûment les sévices infligés aux esclaves, d’une violence insupportable.
Ces passages contrastent avec l’artificialité des scènes de procès, moins bien maîtrisées, au contenu certes édifiant mais trop théâtrales — pour ne pas dire scolaires — pour vraiment convaincre. Les dialogues ne sont pas à la hauteur et, si Vincent Macaigne parvient à s’en sortir en campant brillamment un infâme maître esclavagiste, c’est beaucoup plus compliqué pour Romain Duris, jamais très à l’aise dans les films en costume, et encore moins quand les répliques manquent à ce point de naturel.
En revanche, l’intensité et l’investissement de Makita Samba ne souffrent d’aucune contestation : il compose un Furcy magnifique, tout en intériorité et en détermination. En incarnant cette figure de résistance sur une période de trente ans, il fait honneur à son combat contre l’arbitraire, pour le droit et la dignité humaine, dans cette fresque ample et pédagogique.
Car si la barbarie du commerce triangulaire — déjà abondamment traitée au cinéma pour montrer comment certaines villes se sont enrichies grâce à l’esclavage — est évoquée, on sera beaucoup à apprendre l’existence abjecte du Code Noir, document qui réglementait l’esclavage dans les colonies depuis 1685 et définissait les esclaves comme des meubles.
En cela, Furcy, né libre répond à un nécessaire devoir de mémoire. Et si son final est un peu laborieux, il se conclut sur un plaidoyer vibrant rappelant les principes d’une France terre d’accueil et de libertés. Un rappel salutaire, qui résonne d’autant plus fort dans le monde actuel.

Synopsis : Île de la Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l’esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l’aide d’un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits.
Inspiré d’une histoire vraie. Adaptée du livre « L’Affaire de l’esclave Furcy » de Mohammed Aïssaoui.