Juste après "Le Monde Perdu" (1997) Steven Spielberg enchaîne donc avec un autre projet plus sérieux. Comme à son habitude, il aime alterner entre divertissements et films aux sujets plus graves, par exemple après "E.T." (1982) il y a eu "La Couleur Pourpre" (1985), après "Jurassic Park" (1993) il a signé son chef d'oeuvre "La Liste de Schindler" (1993). Pour ce nouveau projet le cinéaste s'intéresse à un fiat historique méconnu mais fondateur, à savoir l'affaire de La Amistad (Tout savoir ICI !). Le scénario est écrit par David Franzoni qui signera ensuite les films historiques "Gladiator" (2000) de Ridley Scott ou "Le Roi Arthur" (2004) de Antoine Fuqua. Le scénariste s'est particulièrement basé sur les livres "Mutiny on the Amistad : the Saga of a Slave Revolt and Its Impact on American Abolition, Law, and Diplomacy" (1987) de Howard Jones, "Black Mutiny : the Revolt on the Schooner Amistad" (1997) de William A. Owens ainsi que sur les entretiens avec Clifton Johnson fondateur du centre de recherche Amistad de l'Université Tulane. Spielberg retrouve la plupart de ses collaborateurs habituels ou qui vont le devenir comme le compositeur John Williams depuis "Sugarland Express" (1974), le Chef Décorateur Rick Carter depuis "Jurassic Park" (1993) ou Janusz Kaminski depuis "La Liste de Schindler" (1993). Cette production Dreamworks à 40 millions de dollars de budget va malheureusement être un échec commercial avec "seulement"au box-office Monde dont "seulement" 630000 entrées France. Sans compter ses deux premiers longs métrages, ce film est un des trois plus gros échecs de Steven Spielberg tout juste devancer par "Empire du Soleil" (1987) et plus tard par "The Fabelmans" (2022). Le film est classé R aux Etats-Unis soit interdit au moins de 17 ans non accompagnés, mais il est Tous publics en France... 1839, La Amistad un navire marchand espagnol est pris dans une tempête, les esclaves enchaînés en profitent pour se libérer et se mutiner. Ils se débarrassent de l'équipage et prennent possession du bateau espérant repartir vers l'Afrique. Malheureusement, ils sont en fait entrain de longer les côtes des Etats-Unis et se retrouvent emprisonnés accusés entre autre des meurtres des membres d'équipages. Le procès débutent alors qu'ils sont défendus par des avocats abolitionnistes qui espèrent que cette affaire va réveiller les consciences alors que l'esclavages est également une institution surtout dans le sud du pays...
Pour le rôle principal, leader des esclaves nommé Cinqué l'acteur Cuna Gooding Jr. et même la star Denzel Washington ont été approché, mais finalement c'est un inconnu, béninois ayant vécu en France devenu mannequin, Djimon Hounsou aperçu auparavant dans "Obsession Fatale" (1992) de Jonathan Kaplan et "Stargate : la Porte des Etoiles" (1994) de Roland Emmerich. Les alliés abolitionnistes sont joués par Matthew McConaughey alors en pleine ascension également avec "Le Droit de Tuer ?" (1996) de Joel Schumacher ou "Contact" (1997) de Robert Zemeckis, Stellen Skarsgard alors tout auréolé du succès de "Breaking the Waves" (1996) de Lars Von Trier, Chiwetel Ejiofor qui connaîtra la gloire pour un prochain rôle d'esclave dans "Twelve Years a Slave" (2013) de Steve McQueen, Morgan Freeman en pleine apogée après "Impitoyable" (1992) de et avec Clint Eastwood, "Les Evadés" (1994) de Frank Darabont et "Seven" (1996) de David Fincher, puis Anthony Hopkins également au sommet après "Le Silence des Agneaux" (1991) de Jonathan Demme, "Les Vestiges du Jour" (1993) de James Ivory ou "Légendes d'Automne" (1994) de Edward Zwick. Citons ensuite Nigel Hawthorne qui retrouve Hopkins après "Les Griffes du Lion" (1972) de Richard Attenborough, réalisateur qu'il retrouvera aussi pour "Ghandi" (1982), David Paymer apparu dans "Sens Unique" (1987) de Roger Donaldson, qui retrouve Hopkins après "Nixon" (1995) de Oliver Stone, puis après "Quiz Show" (1994) de Robert Redford les acteurs Allan Rich aperçu dans "Serpico" (1973) de Sidney Lumet puis Paul Guilfoyle apparu dans "Little Odessa" (1994) de James Gray ou "L.A. Confidential" (1997) de Curtis Hanson, Pete Postlewaite remarqué dans "Le Dernier des Mohicans" (1992) de Michael Mann, "Au Nom du Père" (1993) de Jim Sheridan et "Usual Suspects" (1995) de Bryan Singer, et retrouve Spielberg après "Le Monde Perdu" (1997) à l'instar de Arliss Howard vu dans "Full Metal Jacket" (1987) de Stanley Kubrick ou "Tueurs Nés" (1994) de Oliver Stone, Peter Firth aperçu dans "Tess" (1979) de Roman Polanski ou "A la Poursuite d'octobre Rouge" (1990) de John McTiernan où jouait également Stellan Skarsgaard, Xander Berkeley vu dans "Heat" (1995) de Michael Mann et "Bienvenue à Gattaca" (1997) de Andrew Niccol, Jeremy Northam remarqué à ses débuts dans "Les Hauts de Hurlevent" (1992) de Peter Kosminski ou "Emma l'Entremetteuse" (1996) de Douglas McGrath, Pedro Armendariz Jr. vu dans "Old Gringo" (1989) de Luis Puenzo ou "Tombstone" (1993) de George Pan Cosmatos, Tomas Milian star italienne depuis "Les Garçons" (1959) de Mauro Bolognini et vu dans "Colorado" (1966) de Sergio Sollima, "Brigade Spéciale" (1976) de Umberto Lenzi ou "JFK" (1991) de Oliver Stone, John Ortiz remarqué dans "L'Impasse" (1993) de Brian De Palma, puis enfin Anna Paquin alias la reine d'Espagne révélation du chef d'oeuvre "La Leçon de Piano" (1993) de Jane Campion... Spielberg, outre ses films de pur divertssement, apprécie particulièrement les histoires vraies et ses films historiques sont même souvent bien supérieur à ses autres films. Pourtant avec ce film il s'empêtre un peu dans un drame trop démonstratif, s'engonce dans une symbolique jusqu'à en perdre toute émotion. Si sur la ligne directrice le scénario reprend les faits historiques c'est très résumé sur l'essentiel et, malgré tout, ajoute des éléments sur le fond complètement superflus ou artificiels mais sur la forme qui permet d'ajouter de la dramaturgie et/ou deu démago. En effet, par exemple l'avocat Baldwin/McConaughey n'était nullement un "petit" avocaillon mais un avocat déjà expérimenté et même élu sénateur, le chef d'entreprise ex-esclave Theodore Joadson est fictif, tandis que la présence de la Bible qui serait le "salut" des esclaves africains est particulièrement pernicieux.
Et pourtant on est aussi perplexe sur d'autres points, Cinqué/Hounsou est montré comme particulièrement intelligent, d'autant plus marquant que les autres semblent "limités" ou du moins "effacés", tandis qu'on fait la part belle aux "blancs" et surtout les britanniques qui sont les sauveurs des africains en détruisant avec entrain et sens du devoir le comptoir négrier de Lomboko... sauf que c'est dix ans plus tard et qu'on peut légitimement douter de cet entrain à la vertu morale qui nous ferait tirer une larme. Mais Spielberg est un conteur de talent, peu savent comme lui instiller les bons sentiments dans un récit judiciaire ludique qui permet de comprendre et montrer les spécificités d'une autre époque. Les courants politiques, l'évolution des moeurs, les fondations d'une nation encore balbutiante, tout un pan de civilisation qui se confronte à leur propre morale entre foi et pragmatisme sont des paramètres passionnants jusqu'aux passages qui annoncent la tragédie de la Guerre de Sécession comme la ségrégation. Les acteurs font le job même si là encore l'écriture abuse de facilités, comme le fait de faire de l'ex-président John Quincy Adams/Hopkins un vieillard proche de la fin dans son dernier baroud d'honneur ou que la Reine d'Espagne n'avait alors aucun pouvoir étant sous régence. Ainsi, sur les grandes largeurs le film reste intéressant, bien joués, joliment tourné mais demeure une fable hagiographique plaisante mais qui a le mérite de ne pas atténuer les horreurs de la traite négrière. Un Spielberg mineur donc, parasiter par des facilités et raccourcis qui imposent les bons et beaux sentiments par forcément francs et authentiques.
Note :
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