Ours d’argent à
Berlin
Huo Meng, pour son deuxième long métrage, livre un film auto biographique aux forts accents sociologiques quant aux conséquences de la réforme agraire sur la vie rurale dans les campagnes de son enfance. Au travers de 4 saisons et le regard de 4 générations dont l’épicentre est le jeune garçon, c’est bien la transformation des modes de vie ancestraux et des relations humaines qui nous est montré, sans nostalgie mais sans angélisme non plus. Sans nostalgie, car la vie est dure et le sort des femmes n’est pas enviable ; sans angélisme, car le modernisme est tout autant déstructurant. Avec les réformes agraires, c’est l’abandon du collectivisme, la modernisation de la production. La communauté doit s’adapter, abandonner son mode de vie avec en arrière-plan le contrôle des naissances et le départ des forces vives pour la ville. Mais la vie d’ouvrier est-elle plus enviable que l’âpreté de la vie paysanne dans des micro sociétés solidaires ? Cette question est posée tout au long du film et fait écho au monde dans lequel nous vivons et qui est devenu le modèle mondial. Ce film condamne aussi le pouvoir autoritaire chinois, raison pour laquelle il a été accueilli froidement par le régime. Les paysans soumis aux conditions climatiques, aux coutumes d’un autre temps alors que nous sommes dans les 90’s, aux injonctions d’un pouvoir autoritaire, doivent intégrer les changements opérés par la force comme les campagnes de prospection pétrolières que les autorités opèrent sans égard pour les paysages et surtout les hommes qui y vivent depuis des siècles. Le petit garçon regarde tout cela avec beaucoup de sérénité, apaisé par la force des liens familiaux ; les liens l’unissant à sa jeune tante sont décrit avec beaucoup de douceur pour livrer un joli récit d’attachement et de complicité. Malgré toutes ces qualités auxquelles il convient d’ajouter celles lui ayant permis d’obtenir l’Our d’Argent, une photographie superbe et une mise en scène de talent ; ce film est contemplatif et long et peut être bien abscond pour nos yeux d’occidentaux. Dans cette chronique de plus de deux heures (oui c’est très long parfois !!!), le réalisateur peine parfois à nous intéresser aux enjeux locaux et passés ; il faut vraiment s’impliquer lors de la projection pour y trouver de l’intérêt. Dans la même forme naturaliste mais tellement plus incarné du monde rural, « Vermiglio » sorti en début d’année était bien plus captivant.
Pour les initiés à cette forme cinématographique et pour les passionnés de sociologie.
Un film qui comptera en revanche pour les chinois car c’est un beau témoignage.
Sorti en 2025
Ma note: 11/20