Furcy, né Libre (2026) de Abd Al Malik

Second long métrage en tant que réalisateur après "Qu'Allah bénisse la France" (2014) pour le rappeur Abd Al Malik. Pour ce projet, le rappeur cinéaste est parti du constat qu'l n'existe pas de film français sur l'esclavage comparé au cinéma américain. En vérité il y en a, et donc rappelons "Tamango" (1958) de John Berry, "Les Caprices d'un Fleuve" (1996) de et avec Bernard Giraudeau, "Sucre Amer" (1998) de Christian Lara, "Passage du Milieu" (2000) de Guy Deslauriers, "Case Départ" (2011) de et avec Fabrice Eboué, Thomas Ngijol et Lionel Steketee et surtout le récent et excellent  "Ni Chaînes NI Maîtres" (2024) de Simon Moutaïrou. Mais il est vrai que les films sur le sujet reste peu nombreux, c'est ainsi que le cinéaste a choisi le destin de Furcy Madeleine (Tout savoir ICI !), en adaptant le livre "L'Affaire de l'esclave Furcy" (2010) de Mohammed Aïssaoui Prix Renaudot de l'essai 2010. Un destin qui justement n'est pas sans rappeler celui qui nous est raconté dans le film américain "12 Years a Slave" (2014) de Steve McQueen. Le scénario est signé de Etienne Comar, producteur-scénariste de "Des Hommes et des Dieux" (2010) de Xavier Beauvois ou "Mon Roi" (2015) de Maïwenn mais aussi de ses propres films "Django" (2017) et "A l'Ombre des Filles" (2022)... Île de la Réunion, 1817, à la mort de sa mère, l'esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l'aide d'un procureur abolitionniste, il se lance alors dans une très longue bataille judiciaire... 

Le rôle titre est incarné par Makita Samba vu dans "Les Olympiades" (2021) de Jacques Audiard, "Prosper" (2025) de Yohann Gloaguen ou "Kika" (2025) de Alexe Poukine. Le procureur abolitionniste est joué par Romain Duris vu récemment dans "Rembrandt" (2025) de Pierre Schoeller ou "Chien 51" (2025) de Cédric Jimenez. Citons ensuite Ana Girardot vue dans "Madame de Sévigné" (2024) de Isabelle Brocard ou "Le salaire de la Peur" (2024) de Julien Leclercq, PhilippeTorreton vu dans "Gueules Noires" (2023) de Mathieu Turi ou "Le Choix du Pianistes" (2024) de Jacques Otmezguine et retrouve des années après "L627" (1992) de Bertrand Tavernier son partenaire Frédéric Pierrot vu récemment dans "Les Musiciens" (2025) de Grégory Magnie et "Dalloway" (2025) de Yann Gozlan, Liya Kebede vue notamment dans "Fleur du Désert" (2009) de Sherry Hormann, "Samba" (2014) du duo Toledano et Nakache, André Marcon vu dans "Les ämes Soeurs" (2023) de André Téchiné ou "Bonnard, Pierre et Marthe" (2023) de Martin Provost et retrouve après "La Femme la plus Riche du Monde" (2025) de Thierry Klifa son partenaire Micha Lescot vu récemment dans "Je le Jure" (2025) de Samuel Theis ou "L"Inconnu de la Grande Arche" (2025) de Stephane Demoustier, puis enfin Moussa Mansaly vu entre autre dans "Le Marchand de Sable" (2022) de Steve Achiepo, "Pétaouchnok" (2022) de Edouard Deluc et "Borgo" (2023) de Stephane Demoustier. Un destin d'esclave comme le cinéma nous en raconte régulièrement, sauf que la plupart du temps il s'agit du cinéma américain, cela donne un intérêt certain à ce destin "français" passionnant à bien des niveaux. Les toutes premières minutes du film offrent une immersion moderne plutôt efficace et judicieux même si on apprécie que moyennement un rap pas forcément de haut niveau. Mais ensuite on a bien du mal à comprendre où le récit veut nous emmener. La faute à un scénario très confus, un montage très décousu au point où on ne sait pas vraiment où nous sommes, quand nous sommes, puis en fait on se retrouve avec des parties résumées vite fait mal fait, et en fait Furcy/Samba est déjà avec un avocat, déjà en procédure quand le récit débute vraiment. Quid du parcours d'un esclave pour trouver un avocat et du parcours judiciaire ?! Sans compter la rencontre avec la préceptrice blanche... etc... 

Mais le vrai soucis est que le film est une opération militante digne d'une propagande, maladroite de surcroît d'abord parce qu'en fait quand on entend les plaidoiries on se dit qu'effectivement Furcy est un esclave nullement né libre et qu'en fait il est "sauvé" uniquement par un seul point de droit, le droit du sol - attention, ici on ne parle pas de moral mais de droit ! - Par là même on sent que les dialogues sont écrit pour le film, nullement historique, le dernier discours du président du tribunal est un exemple flagrant, une démonstration poussive pour bien marteler un message politique ; c'est surtout très peu subtil et invraisemblable dans le contexte historique. Le pire est que le film omet volontairement deux faits pourtant essentiels : Furcy était livre comme confiseur et est devenu indépendant et fortuné, surtout il n'était pas anti-esclavagiste et lui-même achètera des esclaves dès 1832-1834 ! Comme de par hasard, ça n'aide pas le propos du cinéaste-rappeur et donc plus facile d'occulter la face sombre de son "héros". Dommage, car pourtant sur le fond le film reste passionnant d'un point de vue du Code Noir et du droit français. Les acteurs sont parfaits, le trio Macaigne-Duris-Samba forment une triangulaire amour-haine qui vaut le détour. Néanmoins, le film est une propagande hagiographique et perd donc toute substance d'honnêteté et d'objectivité. Note obtenue de justesse

Note :                 

Furcy, Libre (2026) MalikFurcy, Libre (2026) Malik

10/20