L'Affaire Bojarski (2026) de Jean-Paul Salomé

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Nouveau film de Jean-Paul Salomé après "La Syndicaliste" (2023), et cette fois le cinéaste revient à un sujet récurrent dans sa filmographie avec un nouveau voleur/arnaqueur d'un autre genre après "Les Braqueuses" (1994), "Arsène Lupin" (2004) et pourquoi pas "La Daronne" (2019). Ainsi le cinéaste s'intéresse à l'histoire vraie du faux monnayeur Ceslaw "Jan" Bojarski (Tout savoir ICI !). Le réalisateur-scénariste co-écrit son scénario avec Bastien Daret qui a écrit auparavant "Les Affamés" (2018) de Léa Frédeval mais il est aussi producteur notamment de "Avant que les Flammes ne s'éteignent" (2023) de Mehdi Fikri et "Partir un Jour" (2025) de Amélie Bonnin... Jeune ingénieur polonais, Jan Bojarski se réfugie en France pendant la guerre. Il utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers sous l'Occupation allemande. Après la guerre son absence d'état civil l'empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et est limité aux petits boulots mal rémunérés. Mais un jour un gangster lui propose de fabriquer des faux billets. Il démarre alors une double vie à l'insu de son épouse, mais très vite il se retrouve dans le viseur de l'inspecteur Mattei considéré comme le meilleur flic de France... 

Bojarski est incarné par Reda Kateb vu dernièrement dans "Omar la Fraise" (2023) de Elias Belkeddar, "L'Ultime Braquage" (2025) de Frederik Louis Hviid et "Le Grand Déplacement" (2025) de et avec Jean-Pascal Zadi, il retrouve après son propre film "Sur un Fil" (2024) sa partenaire et épouse Sara Giraudeau vue récemment dans "French Lover" (2025) de Nina Rives et "La Venue de l'Avenir" (2025) de Cédric Klapisch. Le commissaire Mattei est interprété par Bastien Bouillon vu dans "Connemara" (2025) de Alex Lutz, "Partir un Jour" (2025) et "Aux Jours qui Viennent" (2025) de Nathalie Najem, tandis que son épouse est jouée par Lolita Chammah vue dans "Le Consentement" (2023) de Vanessa Filho ou "Le Voyage en Pyjama" (2023) de Pascal Thomas. Citons ensuite Pierre Lottin vu dans "God save the Tuche" (2025) de Jean-Paul Rouve, "On Ira" (2025) de Enya Baroux ou "L'Etranger" (2025) de François Ozon, Camille Japy vue récemment dans "Le Secret de Khéops" (2025) de Barbara Schultz et retrouve après "Les Fantasmes" (2021) des frères Foenkinos son partenaire Francis Leplay vu dernièrement dans "Pas de Vagues" (2024) de Teddy Lussi-Modeste et "Fils de" (2025) de Carlos Abascal Peiro, Olivier Loustau vu dans "Flo" (2023) de Géraldine Danon et qui retrouve son réalisateur après  "La Syndicaliste" (2023) à l'instar de François Pérache vu dans "Bâtiment 5" (2023) de Ladj Ly et "C'était mieux Demain" (2025) de Vinciane Millereau, Quentin Dolmaire vu dans "Niki" (2024) de Céline Sallette et "Une Pointe d'Amour" (2025) de Maël Piriou, Arthur Teboul vu dans "A Cause des Filles ?" (2019) de Pascal Thomas ou "La Grande Magie" (2023) de Noémie Lvovsky, puis Alain Bouzigues surtout connu pour la série TV "Caméra Café" (2001-2004) et ses suites ciné "Espace Détente" (2005) de et avec Yvan Le Bolloch et Bruno Solo qu'il retrouvera sur "Le Séminaire" (2009) de Charles Némès... Le premier point reste la dimension historique car Jean-Paul Salomé a fait plusieurs déclaration où rappelle le osin apporté à la reconstitution d'époque mais aussi du point de vue technique vis à vis de l'activité de Bojarski, et notamment il précise avoir eu accès à la documentation de Jacques Briod journaliste suissi spécialiste de Bojarski : "Grâce à lui, on a eu accès à des images, celles qu'on voit à la fin notamment. Il avait aussi des copies de tous les brevets de Bojarski. Ce qui nous a permis de montrer ses inventions qui sont toutes vraies, sauf la brosse à dent électrique. Surtout, Bojarski a créé toutes le machines - presse, plaques, mélangeur - qui lui servaient à fabriquer ses faux billets. Elles ont été ensevelies dans sa maison par la police, mais il reste les photos et les plans qui m'ont permis de recréer l'atelier dans lequel il travaillait. Il faisait vraiment tout, notamment le papier avec du papier cigarette OCB et du calque, et l'encre à laquelle il ajoutait de l'aspirine - ce qu'on voit dans le film." Le film est clairement bien documenté, mais c'est justement là que le film pêche puisque cela veut dire que le réalisateur choisit délibérément d'embellir les choses avec une complaisance inouïe pour ce qui reste un délinquant. Bojarski devient donc faux-monnayeurs à l'insu de son plein gré, ben voyons.... ATTENTION SPOILERS !... le film insiste et martèle sur le fait que le pauvre Bojarski devient criminel à cause du racisme des français, rappelons tout de même que la grande majorité des immigrés travaillent honnêtement et n'ont nullement besoin d'aller jusqu'au crime de sang. L'excuse est facile et démago. D'ailleurs, le film finit comme un conte, il sort de prison, retrouve son épouse et vécurent heureux, c'est oublier bien vite qu'il replongera et sera à nouveau condamné. Par là même, s'il est sans doute un génie dans la fausse monnaie il n'est pas si malin, la B.A.BA de l'inventeur est de déposer le brevet de son invention et il semble que la plupart du temps Bojarsky n'enregistrait pratiquement aucune de ses trouvailles... FIN SPOILERS !...

Pourtant, si le film est beaucoup trop hagiographique il reste très bien écrit avec un très bon face à face entre Mattei/Bouillon et Bojarski/Kateb, mais surtout on apprécie la reconstitution historique, ou plutôt la reconstitution technique ce qui permet de comprendre voir de savourer le travail du faux-monnayeur. Le film montre bien, malgré l'infraction grave, ce qui reste un travail d'orfèvre inouï, montre bien que Bojarski a dû travailler comme un forçat pour arriver à ce résultat. Dans le même temps on se dit que c'est bien malheureux, voir même très stupide de travailler autant, s'il avait été aussi bosseur et consciencieux en étant honnête il aurait pu justement être connu et reconnu pour son talent et garder amis et famille. L'épouse, merveilleusement interprétée par Sara Giraudeau, est tout aussi intéressante, femme pseudo-honnête qui profite et ferme les yeux. La mise en scène est classique, mais reste bien équilibrée entre l'intime, la problématique psychologique ou morale et l'aspect technique voir artistique. Il est donc dommage que le réalisateur ait opté pour l'embellissement des choses alors que le reste du film est une réussite, intéressant et bien construit. 

Note :                 

13/20