Eleonora Duse (2026) de Pietro Marcello

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Nouveau long métrage de l'italien Pietro Marcello à qui on doit entre autre "La Bocca del Lupo" (2009), "Martin Eden" (2019) ou "L'Envol" (2022). Profitant du centenaire de sa mort, le cinéaste porte à l'écran la fin de vie de l'actrice italienne Eleonora Duse (Tout savoir ICI), rivale de la fameuse Sarah Bernhardt. Réalisateur-scénariste, il co-écrit son scénario avec le duo Letizia Russo qui n'a signé auparavant que le scénario du film "Free to Work" (2018) de Agnese Cornelio et Guido Silei qui a signé quelques courts métrages. Malgré la popularité de l'actrice en son temps elle restait en deça de celle de sa rivale française ce que la postérité confirmera, et a pour conséquence que les co-scénaristes ont eu des difficultés pour se documenter sur la vedette. Le cinéaste avoue qu'il s'est aussi inspiré du film "Esclave de l'Amour" (1916) de Nikita Mikhalkov qui s'inspirait lui-même librement  de la première star russe du cinéma Vera Kholodnaya, une contempotaine de Eleanore Duse. La promo, notamment via sa bande-annonce, ment sans vergogne puisqu'elle annonce que le sujet du film est "La plus grande actrice de son temps", ce qui ne peut être validé tant le prestige et la popularité mondiale de sa rivale Sarah Bernhardt était sans commune mesure... Fin de la Première Guerre Mondiale, alors que l'Italie enterre son soldat inconnu, la grande Eleonora Duse arrive au terme de sa carrière mais décide de remonter sur scène. Les récriminations de sa fille, la relation intime avec le grand poète d'Annunzio ou la montée du fascisme sont autant de barrière à la renaissance de la Divine...

L'actrice est incarnée par Valeria Bruni-Tedeschi qui tourne toujours entre France et Italie comme récemment vue dans "L'Attachement" (2024) de Carine Tardieu, "Eterno Visionario" (2025) de Michele Placido et "Chien 51" (2025) de Cédric Jimenez, tandis que sa fille est jouée par Noémie Merlant vue récemment dans "Emmanuelle" (2024) de Audrey Diwan et qui tourne là son troisième film hors de France après "Tàr" (2022) de Todd Field et "Lee Miller" (2023) de Ellen Kuras. Le poète amant D'Annunzio est joué par Fausto Russo Alesi vu dans "Vincere" (2009 et "L'Enlèvement" (2923) tous deux de Marco Bellocchio ou plus récemment "Lettres Siciliennes" (2025) de Fabio Grassadonia et Antinio Piazza, et retrouve après "Le Traître" (2019) également de Bellocchio son partenaire Vincenzo Pirrotta vu dernièrement dans "Mafia Mamma" (2023) de Catherine Hardwicke. Citons ensuite Mimmo Borrelli vu dans "L'Equilibrio" (2019) de Vincenzo Marra ou "La Divina Cometa" (2023) de Mimmo Paladino, Marcello Mazzarella vu dans "Baaria" (2009) de Giuseppe Tornatore, "Fortapasc" (2011) de Marco Risi ou "Pauline Detective" (2012) de Marc Fitoussi, Fanni Wrochna aperçu dans "Avventura" (2020) de Marco Danieli, puis enfin n'oublions pas Noémie Lvovsky qui incarne la grande Sarah Bernhardt, vue récemment dans "Des Preuves d'Amour" (2025) de Alice Douard, mais qui est surtout une amie et collaboratrice de Valeria Bruni-Tedeschi notamment en ayant étant sa scénariste sur plusieurs de ses films du court métrage "Dis-Moi Oui, Dis-Moi Non" (1988) au dernier long en tant que réalisatrice pour Valeria Bruni-Tedeschi, "Les Amandiers" (2022)... Le film débute bizarrement, donnant une importance non négligeable à la fin de la Première Guerre Mondiale. On comprend alors que le biopic, qui se focalise donc sur les années 1918-1922, construit le récit avec la transition entre la fin de la guerre et la montée du fascisme mussolinien. C'est plutôt judicieux, voire passionnant mais pourtant le film ne va pas au bout de l'idée. En effet, l'ex amant de la Duse, D'Annunzio a été un inspirateur de premier plan de Mussolini mais le film survole le personnage. Par là même, s'il est l'amour d'une vie pour la comédienne il est un peu surprenant que sa liaison avec sa rivale Sarah Bernhardt ne soit même pas évoqué, comme il est étonnant que le seul et unique film que la Duse a tourné en 1916 ne soit pas cité non plus.

Mais le vrai soucis est que le film raconte une partie de sa vie qu'on connaît le moins et donc laisse place à toute une imagination  dont on ne peut savoir le vrai du faux. Par exemple rappelons que la comédienne a normalement cessé sa liaison avec D'Annunzio dès 1904, tandis que nous ne savons pas si la rencontre avec sa rivale Sarah Bernhardt a réellement eu lieu bien que, sans contest, il s'agit de la meilleure scène du film avec une réflexion pertinente sur l'art du théâtre confrontée à l'actualité du monde. Ainsi on perçoit la modernité de l'actrice française (qui tournait aussi beaucoup pour le cinéma justement) contre le côté passéiste de la Duse. La relation mère-fille est passionnante également mais, idem, on reste un peu frustré de ne pas savoir à quel point ce qui est raconté tient du vrai ou du faux. Tout le long du film on reste ainsi partagé sur la valeur historique du récit. Néanmoins, tout paraît plausible, la survie par l'art de la scène, l'amour des planches plutôt que l'amour filial, la reconnaissance aveugle plutôt que la lucidité politique, le scénario paraît donc aussi sincère que réaliste à défaut d'être historiquement fiable.

Note :                 

13/20