« Et si l’on passait à table ? »
Par ma critique favorite: "Medhi d’origine franco-algérienne est le cuisinier remarquable et remarqué d’un petit restaurant gastronomique « le baratin », (le bien nommé, on verra pourquoi!) où il officie avec sa compagne Léa et qu’il a pour projet de racheter avec elle tout prochainement. La jeune femme souhaite depuis longtemps rencontrer la famille de son amoureux mais celui-ci trouve toujours mille excuses pour remettre cette rencontre à plus tard tant il redoute de décevoir sa mère !
En effet, celle-ci très nostalgique de son Algérie natale qu’elle a du quitter contre son gré, rêve pour ses enfants ( 3 filles et cet unique garçon) d’un retour aux sources ( une maison familiale en Algérie où tout le monde se retrouverait pour son plus grand bonheur!) et d’une mise en application des traditions familiales ( mariage arrangé dans l’entre-soi de la communauté, circoncision du premier petit-fils…). Elle n’hésite pas pour parvenir à ses fins à manier le chantage affectif comme une seconde respiration, en prétextant toujours sa fin prochaine chaque fois qu’une nouvelle annoncée la contrarie.
Hors les 3 sœurs ont déjà déjoué tous ses plans avec le divorce de l’une, le refus de la circoncision pour son fils de l’autre et la volonté de mener à terme une grossesse en solo pour la petite dernière !
Mais alors que les filles assument leurs choix face à leur mère, Medhi se sentant investi du rôle de garant des traditions familiales et de la protection de sa mère veuve, n’ose pas lui avouer son union mixte et son projet de vie. Il préfère scinder de façon très nette sa vie personnelle avec Léa et sa vie auprès de sa famille d’origine.
Cependant pour satisfaire à la demande de plus en plus pressante de Léa de rencontrer sa mère et pour ne pas perdre son amoureuse,Medhi décide d’accepter l’aide de Souliha, une amie dont il fréquente régulièrement le cabaret, qui lui propose de jouer auprès de sa compagne... le rôle de sa mère! C’est le début d’une série de quiproquos qui va entraîner Medhi bien plus loin que ce qu’il avait imaginer...
Ce joli premier film d’Amine Adjina pose avec justesse et humour (mais aussi beaucoup de tendresse pour ses personnages) la question de la difficile équation à résoudre entre la volonté de rester fidèle au patrimoine hérité de nos parents et aux traditions familiales et la nécessité d’écrire et d’affirmer sa propre histoire et ses propres choix en étant né qui plus est dans un autre pays avec un référentiel culturel différent.
Medhi se trouve ainsi confronté au classique conflit de loyauté de tous ceux qui pour conquérir leur liberté et tracer leur propre chemin doivent parvenir à s’affranchir du poids de la culpabilité lié à la prétendue trahison des traditions ancestrales qui bien souvent ne sont qu’un moyen de contrôler et d’empêcher l’émancipation d’une descendance.
Mais au-delà de ce sujet principal, le film évoque aussi le parallèle entre la mère génétique et la mère de coeur. Souliha, d’origine algérienne elle aussi a fait le choix de s’affranchir du poids des traditions pour avancer dans sa vie tout en étant consciente qu’il ne faut pas pour autant les renier, ce qu’elle essaie de communiquer à Medhi lorsqu’elle se moque de lui qui, chef de talent, ne sait pour autant pas faire un couscous ! La conquête de sa liberté a eu un coût pour elle et lui a demandé des sacrifices ( elle n’a pas eu d’enfant) mais elle s’affirme comme une femme indépendante et généreuse prête à aider volontiers Medhi qu’elle a pris sous son aile, le considérant comme un fils adoptif. A l’inverse, Fatima ancrée dans sa culture originelle n’a pas su par ailleurs transmettre à son fils un rituel culinaire tel que le couscous et bien qu’elle déplore que celui-ci ne l’ait pas invitée dans son restaurant, elle peine véritablement à la fin à franchir le dernier pas nécessaire pour y entrer. ( et donc valider sa double culture!)
Mais au bout du compte (conte!), tout le monde aura évoluer positivement dans cette histoire et c’est ce qui rend ce film si attrayant et lumineux ( en plus d’être souvent drôle!), à l’image des jolis légumes que Medhi coupent et qui rissolent dans les casseroles en ouverture du film. Une belle invitation à déguster ce dernier sans modération."
Sorti en 2025
Ma note: 14/20