Réalisateur solide mais sans génie, Lewis Allen est comme on dit un "bon faiseur" à qui on doit parmi ses meilleurs films "La Falaise Mystérieuse" (1944), "Echec au Hold-Up" (1951) ou juste après "Le Témoin à Abattre" (1955). Film de commande produit par Robert Bassler, ancien monteur devenu producteur avec quelques succès comme "Le Cygne Noir" (1942) de Henry King, "La Fosse aux Serpents" (1948) de Anatole Litvak ou "La Maison sur la Colline" (1951) de Robert Wise il retrouve sur ce projet son réalisateur du film "Le Patit Train du Far West" (1950), Richard Sale, auteur prolifique qui est aussi réalisateur et scénariste pour les autres ayant signé entre autre "La Cargo Maudit" (1940) de Frank Borzage ou "Jenny et son Chien" (1947) de Allan Dwan. Le film reçoit un succès d'estime, mais il connaît un regain de popularité plutôt funeste quand un certain Lee Harvey Oswald déclara avoir vu ce film quelques mois avant l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy et aurait eu une influence considérable dans son passage à l'acte... Dans la petite ville de Suddenly (titre en V.O. fu film !), un shérif doit gérer la venue soudaine du Président des Etats-Unis. Une effervescence que n'a jamais connu la petite ville s'instaure avec l'arrivée au préalable du FBI et des Services Secrets. Mais quand le shérif accompagné du chef de groupe des Services Secrets rendent visitent à un ex-responsable à la retraite, beau-père de la jolie Ellen Benson convoitée par le shérif, c'est pour constater que trois tueurs ont pris possession des lieux pour préparer un attentat. Ils se retrouvent ainsi tous otages en attendant le Président...
La Sherif est joué par Sterlin Hayden alors en pleine ascension après des années discrètes avec "Quand la Ville Dort" (1950) de John Huston et "Johnny Guitar" (1954) de Nicholas Ray et avant de confirmer son statut notamment grâce à "L'Ultime Razzia" (1956) et "Docteur Folamour" (1964) tous deux de Stanley Kubrick. La famille Benson prise en otage est composée de James Gleason apparu dans "L'Homme de la Rue" (1941), "Arsenic et Vieilles Dentelles" (1944) et "Jour de Chance" (1950) tous de Frank Capra et remarqué dans le chef d'oeuvre "La Nuit du Chasseur" (1955) de Charles Laughton, le tout jeune Kim Charney remarqué dans "Sans ton Amour" (1952) de Joseph Pevney et "Les 5000 Doigts du Docteur T." (1953) de Roy Rowland, Nancy Gates vue dans "La Splendeur des Amberson" (1942) de Orson Welles ou "Sous le Plus Grand Chapiteau du Monde" (1952) de Cecil B. De Mille puis retrouve son réalisateur Lewis Allen après "Le Fils des Mousquetaires" (1952) puis retrouvera dans "Comme un Torrent" (1958) son partenaire Frank Sinatra, qui après des années laborieuses marquées par des comédies musicales comme "Escale à Hollywood" (1945) de George Sidney ou "Un Jour à New-York" (1949) de Stanley Donen semble enfin arrivé à maturité après le succès de "Tant qu'il y aura des Hommes" (1953) de Fred Zinnemann et qu'il confirmera avec "L'Homme au Bras d'Or" (1955) de Otto Preminger. Il retrouve d'ailleurs après "Tant qu'il y aura des Hommes" l'acteur Willis Bouchey remarqué plus tard dans pas moins de 9 films de John Ford entre "Ce n'est qu'un Au Revoir" (1955) et "Les Cheyennes" (1964). Citons ensuite Paul Frees surtout connu pour ses doublages vocaux mais vu dans "Une Place au Soleil" (1951) de George Stevens ou "La Captive aux Yeux Clairs" (1952) de Howard Hawks, Paul Wexler souvent abonné aux petits rôles non crédités mais souvent dans de grands films comme "Les 10 Commandements" (1956) de Cecil B. De Mille ou "La Chevauchée des Bannis" (1959) de André De Toth, puis Charles Wagenheim acteur aux 270 rôles entre 1929 et 1976 dont "Monsieur Verdoux" (1947) de Charles Chaplin, "Le Tueur s'est Evadé" (1956) de Budd Boetticher ou "Le Kid de Cincinnati" (1965) de Norman Jewison... Immersion dans une petite ville américaine blanche et chrétienne, symbole de l'American Way of Life des années 50 sans qu'aucune aspérité ne se dégage. En quelques minutes on nous présente quelques citoyens de cette ville modèle, un policier qu'on devine être fort, courageux et intègre, un petit garçon aussi mignon que mature au courage qui ne demande qu'à s'éveiller, sa maman veuve chrétienne modèle, l'adjoint du shérif qui est tout aussi droit dans ses bottes que son supérieur, le grand père héros au cheveux gris, sans compter les ouvriers ou employés tous impeccables de politesse, de courtoisie, de professionnalisme... etc... une vraie publicité du suprémacisme blanc à l'américaine. Mais c'est l'apanage d'une grande partie du cinéma d'alors, c'est un défaut aujourd'hui mais qu'il faut plutôt voir comme le témoignage d'une époque et d'un pays en proie avec ses démons. En témoigne aussi la patriotisme exacerbé jusqu'à justifier l'apprentissage des armes à feu "car ça peut être utile un jour".

La mise en place est donc nécessaire bien que caricatural, il faut bien expliqué que des citoyens sont près à défendre leur valeur jusqu'à se servir d'une arme si, effectivement, il le faut. Malgré tout le scénario est bien écrit, le climax anxiogène manque un peu de puissance mais dans le même temps les tueurs sont d'emblée plutôt maladroits, à la fois crédible et pro à première vue on ne peut s'empêcher, à cause de quelques détails, de s'interroger sur le statut de tueurs à gages professionnels de ces trois tueurs... ATTENTION SPOILERS !... un peu trop cool au départ, une grande maison avec plein d'ouvertures mais la famille reste assez libre, le pistolet jouet qui n'inquiète finalement pas plus que ça et surtout, il ne fouille pas la maison alors qu'une majorité (surtout dans les années 50) des américains ont au moins une arme chez eux, de surcroît quand le patriarche annonce fièrement avoir travaillé pour les Services Secrets ! On peut légitimement penser que les trois sbires sont peut-être des gangsters, des hommes de mains d'un groupe quelconque, mais pas forcément des tueurs à gages pro dans le sens premier du terme... FIN SPOILERS !... C'est là à la fois la qualité (ce qui expliquerait les failles) et le défaut (trop d'erreurs et de maladresses ce qui les condamnent aussitôt). Mais le film surnage largement avec le face à face Hayden-Sinatra dontla différence de taille accentue la frustration du tueur/Sinatra, 2-3 séquences vraiment très bien filmées comme la rencontre impromptue entre le shérif et les tueurs ou la fusillade en ville. En conclusion, un Film Noir plutôt moyen mais qui reste assez efficace pour passer un bon moment.
Note :
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