Second long métrage de l'allemande Mascha Schilinski après "Dark Blue Girl" (2017) qui est resté inédit chez nous en France. L'idée lui est venue alors qu'un été elle se trouvait dans une ferme avec son amie Louise Peter, et elles se sont demandées qui pouvaient être les personnes qui y vivaient autrefois. Ainsi le réalisatrice-scénariste a co-écrit le scénario avec Louise Peter, qui avait signée auparavant quelques épisodes de séries tv et des courts métrages. Sur ce projet la cinéaste retrouve surtout un collaborateur fidèle depuis ses débuts, Fabien Gamper Directeur photo qui était donc à ses côtés depuis son court métrage "Die Katze" (2015) en passant par ses quelques épisodes réalisés de la série TV "Soko Brigade des Stups" (2019-2020). La cinéaste cite comme inspiration principale le travail de la photographe américaine Francesca Woodman. Mascha Schilinski reçoit pour son film le Prix du Jury au Festival de Cannes 2025, ex-aequo avec "Sirât" (2025) de Oliver Laxe...
Quatre jeunes filles ou femmes, Alma, Erika, Angelika et Lenka, passent leur adolescence dans la même ferme au nord de l'Allemagne mais à quatre époques différentes. Au fil des siècle, la ferme devient un lieu de mémoire tandis que leurs destins semblent se répondrent... Les quatre jeunes filles sont incarnées par Hanna Heckt, actrice inconnue aperçue dans quelques épisodes de séries TV, Lea Drinda apparue dans des séries TV comme "Le Griffon" (2023) ou "Where's Wanda" (2024-...) et plus récemment au cinéma dans "Callas, Darling" (2025) de et avec Julia Windischbauer, Lena Urzendowsky vue notamment dans "Retour à Budapest" (2019) de Florian Koerner Von Gustorf, "Un Doux Désastre" (2021) de Laura Lehmus ou "Berlin Eté 42" (2024) de Andreas Dresen, puis Laeni Geiseler remarquée dans "La Gifle" (2025) de Frédéric Hambalek. Citons ensuite Luise Heyer vue dans "Jack" (2014) de Edward Berger, "Un si Beau Couple" (2018) de Sven Taddicken ou "A Bout Portant" (2021) de Franziska Stünkel, Lucas Prisor vu plusieurs en France dans "Jeune et Jolie" (2013) de François Ozon, "Diplomatie" (2014) de Volker Schlöndorff, "Elle" (2016) de Paul Verhoeven, "Un Sac de Billes" (2017) de Christian Duguay et "Nos Patriotes" (2017) de Gabriel Le Bomin, Florian Geibelmann aperçu dans quelques épisodes télé, et enfin Susanne Wuest vue dans "Iceman" (2017) de Felix Randau, "A Cure for Life" (2017) de Gore Verbinski ou "Sunset" (2018) de Laszlo Nemes... L'idée du film n'est pas si nouvelle ni si originale, la traversée des temps et des années sur une ligne directrice est un concept déjà exploité via divers moyens comme "Cloud Atlas" (2013) des Wachowski, "The Fountain" (2006) de Addren Aronofsky ou "Resurrection" (2025) de Bi gan associé à des fresques dynastiques comme "Sunshine" (2000) de Istvan Szabo mais à la différence près que Mascha Schilinski est dans une démarche narrative à la fois beaucoup moins limpide et beaucoup plus naturaliste. Le fil conducteur reste une propriété sur plus d'un siècle, sur scindé en quatre époque à la fois distincte et forcément reliée, on le devine bien, par une descendance familiale malgré que ce ne soit pas très simple à suivre, voir même qui reste dans un flou artistique qui devient de plus en plus frustrant, non pas par la construction chronologique aléatoire mais par les liens familiaux et ou filiaux. 1914, on est dans une famille austère, rigide, menée par des croyances religieuses et mystiques fortes alors que la fillette Alma est encore dans l'innocence de sa jeunesse. On pense un peu au style du réalisateur Michael Haneke dans sa manière d'instaurer le malaise comme dans "Le Ruban Blanc" (2009). L'omniprésence du deuil et de la mort devient la seconde ligne directrice.
1940-1945, on est dans la même famille, l'éveil sensuel s'impose à l'évocation à peine voilée de l'inceste, ainsi le malaise dans cette famille reste forte, dans laquelle on ne ressent aucune chaleur ou amour sincère. Dans cette partie Erika est ainsi la nièce de Alma dont on ne sait ce qu'elle est devenue. Le récit n'est que supposition, interrogation, jusqu'à ce que l'événement final à la rivière renvoie à la tragédie de Demmin (attention spoilers Tout savoir ICI !). Mais cette période pourtant historiquement marquante ne transparaît jamais clairement dans le récit. 1980, des indices sont distillés qui nous indiquent que la famille est toujours la même, Angelika serait la nièce de Erika. Comme un écho (justement), l'éveil à la sensualité et au désir se mêle à l'inceste, la frontière entre la vie et la mort est encore plus ténue. 2025, cette fois pas de lien tangible avec la famille historique, la famille propriétaire sont d'origine berlinoise dont nullement d'Allemagne de l'Est, pourtant l'adolescente Lenka est hantée par des rêves qui la relierait inconsciemment au passé de la maison. La mise en scène est magnifique, créative, jouant avec les flous, les hors champs, les non-dits de façon aussi insidieuse que subtile, impose une sorte de fascination morbide pour ces destins empreints de violences intimes sous-jacentes, ancrées dans un passé obscur entre traditions et foi sectaire comme une famille refermée sur elle-même qui ne peut que mener à des déviances et l'obscurantisme. Le film reste sur le fond très malsain, toute l'histoire aborde des sujets difficiles ce qui peut mettre mal à l'aise les plus sensibles, et surtout plusieurs paramètres nous laissent dans l'interrogation (les liens familiaux pas clairs surtout avec la dernière partie, les us et coutumes de la famille d'Allemagne de l'est en 1914 laissent perplexe...). La photographie, la lumière, la reconstitution historiques, sont soignés et apportent une réellement cohérence entre la forme et le fond. Ce drame intergénérationnel reste aussi dramatique qu'envoûtant tout en restant pernicieux. Un film qui partage même au fond de soi...
Note :