Troisième et nouveau long métrage du chinois Ao Shen après son remarqué "Le Bénéficiaire" (2019) et "Tout pour le Tout" ou "All or Nothing" (2023) qui a été un des plus grands succès de l'Histoire du box-office chinois.Pour ce nouveau projet le cinéaste se lance dans une des plus grandes tragédies de l'Histoire de la Chine occupée par les japonais, le tristement célèbre massacre de Nankin (Tout savoir ICI !). Le réalisateur-scénariste co-écrit son scénario avec Luyang Xu et Ke Zhang, deux scénaristes qui avaient auparavant déjà collaboré ensemble pour le film de guerre "My People, My Country" (2019) de Kaige Chen, Guan Hu et Hao Ning. Précisons que cette événement terrible a déjà fait l'objet de quelques films, "Ne Pleure pas Nanjing" (1995) de Wu Zinju, "Nanking" (2007) de Dan Sturman et Bill Guttenbag, "John Rabe, le Juste de Nankin" (2009) de Florian Gallenberger, "City of Life and Death" (2009) de Lu Chuan puis "Sacrifices of War" (2011) de Zhang Yimou. Film interdit au moins de 16 ans... Alors que la ville de Nankin est prise par les japonais en décembre 1937, Chang, jeune chinois travaillant dans un laboratoire photo échappe de justesse à la mort en proposant de développer des photos pour les japonais. Si il est contraint de développer des photos pour l'occupant japonais, il va tenter de se servir de son travail pour faire acte de Résistance en venant en aide quand il peut et surtout en cachant plusieurs négatifs pour garder des preuves de ce qui se déroule réellement...
Chang est incarné par Liu Haoran remarqué par la franchise "Detective Chinatown" (2015-...) de Chen Sicheng et vu récemment dans "Des Feux dans la Plaine" (2025) de Ji Zhang, et retrouve après "Decoded" (2024) de Chen Sicheng son partenaire Zhou You vu dans "Courir au Gré du Vent" (2020) de Shujun Wei, "Les Amants du Yangtsé" (2024) de Xin Huo, "Les Feux Sauvages" (2025) de Jia Zhangke et "Black Dog" (2025) de Hu Guan. Citons ensuite Wang Chuan Jun qui retrouve son réalisateur après "All or Nothing" (2023) et vu dans "Saturday Fiction" (2019) de Lou Ye ou "Hidden Blade" (2023) de Chang Er, Gao Ye qui retrouve après "Article 20" (2024) de Zhang Yimou l'acteur Wang Xiao vu auparavant dans "Man of Tai Chi" (2013) de et avec Keanu Reeves ou "Endless JOurney" (2023) de Mo Dai, Yang Enyou aperçu dans "Five Gundred Miles" (2023) de Su Lun ou "Eye for an Eye 2" (2024) de Bingjia Yang, Li Yichun remarqué dans "The Rescue" (2020) de Dante Lam, puis n'oublions le japonais Daichi Harashima vu dans "Kingdom of War" (2013) de Siu-Tung Shing et Zhao Xiaoding ou "Sword Master" (2022) de Tung-Shing Yee, et un anglophone Nathaniel Boyd aperçu dans "La Bataille du Lac Changjin" (2021) de Kaige Chen, Lee Moon Ho et Jianxin Huang ou "Ju Ji Shou" (2023) de Mo Zhang et Zhang Yimou... Important, le film s'appuie sur des épreuves photographiques authentiques tiré du studio Huadong dont l'apprenti en 1937, Luo Jin a inspiré le héros du film. Ce dernier avait compilé réellement des photos des exactions commises par les japonais puis avait caché l'album avant qu'il soit découvert en 1941. Après la capitulation du Japon, l'album sera une des pièces à conviction majeures du Tribunal des Crimes de Guerre de Nankin... Cette histoire vraie confère au film une légitimité et une authenticité qui n'est pas négligeable. Ainsi, plusieurs scènes sont directement inspirées de photographies "officielles" (pour les moins sensibles visite google image saisissante). La première partie d'ouverture est une reconstitution de la bataille à l'entrée de Nankin, une scène sanglante et impitoyable mais comme toute guerre, une scène spectaculaire qui n'a rien à envier aux grandes fresques militaires hollywoodiennes. On note que le réalisateur n'omet pas la politique de terre brûlée ordonnée par Tchang Kaï-Chek où les chinois tuent les chinois qui veulent fuir la ville. Puis arrive la défaite, l'occupation japonaise, et la mise en place systémique et méthodique du massacre de la population ; attention aux âmes sensibles sur 2-3 passages dont une qui foudroie jusqu'à ce qu'on ordonne de surcroît de sourire au jeune couple qui pose pour une photo de propagande.
Néanmoins, vu les types d'exécution et de tortures récurrentes et quotidiennes connues le film reste dans une mesure largement policée, pour ne pas dire "grand public" comparé par exemple à des films comme "Requiem for a Dream" (1985) de Elem Klimov, "Hamburger Hill" (1987) de John Irvin où à la scène de débarquement de "Il faut sauver le Soldat Ryan" (1998) de Steven Spielberg. Le scénario est passionnant même si quelques éléments ont été rajouté notamment pour le panel des personnages présents dans le labo photo. Un panel judicieux qui démontre surtout que l'unique question qui prévaut en une telle situation reste la survie, et que le terme traître est sans doute un peu facile tant le flou et le gris envahit les esprits apeurés et effrayés. Par là même, les protagonistes principaux japonais sont intéressants, on note le général en chef japonais qui est choqué par les premières exactions de son armée mais qui valide pourtant devant le cas particulier d'un pays gigantesque, où ce photographe pistonné mais réellement engagé dans sa mission jusqu'à l'aveuglement. Le dernier tiers du film accélère le rythme et multiplie les enjeux, au point que sans doute trop de rebondissements atténue certains effets et/ou suspense, et surtout tombe dans un pathos larmoyant mais, devant de telles cruautés et horreurs peut-il en être différemment ?! Le paramètre nationaliste et patriotique est évidemment présent, mais de manière bien plus subtile que dans la grande majorité des films chinois, et reste un paramètre inhérent au genre en témoigne la plupart des films américains notamment. La dernière partie est déchirante (préparez les mouchoirs !), trop parfois (la caméra étire 2-3 courts passages pour bien appuyer la dose lacrymale) mais le film reste d'une puissance émotionnelle indéniable, logique et naturelle. Malgré quelques facilités lacrymo-narratives ça reste donc un grand et beau film à voir et à conseiller.
Note :