Un grand merci à L’Atelier d’images ainsi qu’à Arcadès pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le 4K UHD blu-ray du film « Sans retour » de Walter Hill.
« Quelqu’un sait où on va ? »
Neuf soldats Américains de la garde Nationale partent effectuer une marche de reconnaissance dans une région sauvage et marécageuse de la Louisiane. Perdus dans les dédales d’un labyrinthe oppressant, ils deviennent tour à tour la proie des étranges et invisibles habitants de ces marais (les Cajuns) qui leur livrent une cruelle chasse à l’homme.
« Retournez d’où vous venez. On est chez nous ici ! »
Débutant sa carrière cinématographique dans le sillage de la superstar Steve McQueen en qualité de réalisateur de seconde équipe sur « L’affaire Thomas Crowne » et « Bullit », Walter Hill se révèle d’abord pour ses qualités de scénaristes, travaillant ainsi pour Sam Peckinpah (« Guet-apens », toujours avec McQueen), John Huston (« Le piège ») ou encore Ridley Scott (« Alien, le huitième passager »). Avant de passer progressivement derrière la caméra pour mettre en scène ses propres histoires à compter du milieu des années 70 avec un premier film, « Le bagarreur » (1975) porté par un Charles Bronson alors au sommet de sa popularité. Le premier d’une série de films qui reflèteront les obsessions du cinéaste : la violence comme moyen de survie (« Driver »), la défense du territoire (« Extrême préjudice ») ou encore le rapport au groupe (« Les guerriers de la nuit », « Le gang des frères James »). Echec commercial lors de sa sortie sur les écrans en 1981, son cinquième film, « Sans retour », marque aussi un jalon dans sa carrière en ce qu’il s’agit sans doute de son dernier film véritablement « personnel », après quoi le cinéaste s’adonnera à un cinéma résolument plus commercial et laissant une place non négligeable au second degré (« 48 heures » et sa suite, « Double détente », « Les rues de feu » …), qui n’en sera pas moins plaisant.
« Je ne sais pas comment je vais faire, mais je vais me tirer d’ici ! »
« Sans retour » fonctionne ainsi comme la somme de toutes les obsessions du cinéaste qui semble d’une certaine manière croiser les arguments des « Guerriers de la nuit » et de « Alien, le huitième passager » pour donner lieu à un survival réaliste et d’une profonde noirceur. On y suit ainsi un groupe de réservistes de la garde nationale de la Louisiane, parti pour un exercice grandeur nature dans les bayous. Mais c’était sans compter sur la bêtise des réservistes qui, de par leur attitude arrogante et agressive, vont s’attirer les foudres des populations cajuns reculées qui vivent là, faisant glisser le récit d’un simple exercice à blanc à une véritable traque sanglante en milieu particulièrement hostile. Si l’intrigue en elle-même offre un thriller formidablement tendu (l’ombre de « Délivrance » n’est pas loin), le film tire sa réussite et sa puissance du parallèle qu’il fait avec la guerre du Vietnam, traumatisme encore très présent au sein de la société américaine. Un deuxième niveau de lecture – quasi métaphorique – s’impose en effet rapidement sur le récit, renvoyant à une critique acerbe de l’aventurisme américain et du sacrifice qu’il a engendré pour toute une génération : conflit déclenché par arrogance, militaires incompétents, méconnaissance du terrain et de l’ennemi, paranoïa collective qui érode la cohésion du groupe. Loin de toute dimension glorificatrice qui prévaut d’habitude dans le cinéma américain, les soldats présentés ici sont tout sauf des héros, mais plutôt ce que la société américaine compte de mâles abrutis, aveuglés par leur testostérone et le pouvoir qu’ils croient que leur arme leur confère. Le phénomène de groupe amplifiant leur sentiment de toute puissance. Mais aussi leur bêtise, qui les conduira in fine à leur perte. Plus qu’un simple thriller, Walter Hill signe donc là un film à la symbolique très forte, véritable radiographie d’une Amérique durablement marquée par le traumatisme de sa guerre vietnamienne, entre disgrâce et paranoïa. Une guerre inutile, où l’Amérique découvre hébétée que son virilisme guerrier ne la conduit qu’à la déroute. Un constat âpre, que Walter Hill, dans une geste contestataire, double d’une critique des institutions, en premier lieu militaires. Sous ses airs de série B habile et jouissive, « Sans retour » est une vraie claque. A voir absolument.
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Le 4K UHD blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master 4K et proposé en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’une Introduction par Philippe Guedj, Le Point Pop (6 min.), de « Bataille dans le bayou » : Entretien avec Walter Hill (2024, 17 min.), de « C’est un film incroyable ! » : Entretien exclusif avec Keith Carradine (2024, 41 min.), de « Steroïds - Exégèse des gros bras » : Podcast sur le film, avec Stéphane Moïssakis et Rafik Djoumi, Capture/Mag (27 min.) ainsi que d’une bande-annonce originale.
Édité par L’Atelier d’images, « Sans retour » est disponible en DVD ainsi qu’en combo 4K UHD blu-ray + blu-ray depuis le 4 février 2025.
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