Le Voyage Fantastique (1951) de Henry Koster

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Cinéaste allemand juif ayant fuit l'Allemagne nazie Henry Koster ne tarda pas à connaître le succès entre autre avec une nomination à l'Oscar pour "Honni soit qui mal y Pense" (1947), puis avec l'énorme succès commercial de son conte moderne "Harvey" (1950) avec la star James Stewart ce qui pousse les producteurs a associé de nouveau le réalisateur avec l'acteur qui s'étaient particulièrement bien entendus. Le projet est une adaptation du roman "No Highway" (1948) de Nevil Shute, auteur dont un autre roman sera porté sur grand écran plus tard avec le film "Le Dernier Rivage" (1959) de Stanley Kramer. Le scénario est écrit plusieurs, R.C. Sherriff remarqué à ses débuts avec les films "L'Homme Invisible" (1933) de James Whale et "Au Revoir Mr. Chips" (1933) de Sam Wood, Oscar Millard qui retrouve Henry Koster après "Les Soeurs Casse-Cou" (1949) et qui est aussi connu pour avoir écrit le fameux film maudit "Le Conquérant" (1956) de Dick Powell, puis Alex Coppel connu pour "L'Obsédé" (1949) de Edward Dmytryk et surtout plus tard avec "La Main au Collet" (1955) et "Sueurs Froides" (1957) tous deux de Alfred Hitchcock. Notons que le titre en V.O. "No Highway in the Sky" signifie "Pas d'autoroute dans le ciel", face à quoi le titre en V.F. paraît bien inconséquent. Précisons que le film est contemporain de réels accidents dû à l'avion De Haviland Cornet, premier avion à réaction commercial qui fut interdite vol suite à plusieurs crash dus justement à des fractures de fatigue similaire au film... Ingénieur aéronautique aussi maniaque et pointilleux que mutique et solitaire, Theodore Honey s'applique à étudier la résistance en vol du Reindeer, persuadé qu'il a un défaut fatal. Quand un crash a lieu avec les paramètres qu'il a déjà soulevé auprès de sa direction il obtient de pouvoir aller sur place enquêter. Mais alors qu'il embarque sur un avion, peu de temps après le décollage il comprend qu'il est à bord d'un avion similaire et qu'il a même dépassé les limites de résistance qu'il a noté. Il en rend compte au commandant de bord mais on ne l'écoute pas... 

L'ingénieur est donc incarné par la star James Stewart qui retrouvera son réalisateur encore à trois reprises pour "M. Hobbs prends des Vacances" (1962), "Ah si Papa savait ça !" (1963) et "Chère Brigitte" (1965), puis il retrouve après "Femme ou Démon" (1939) de George Marshall sa partenaire Marlene Dietrich qui tourne là entre "Le Grand Alibi" (1950) de Alfred Hitchcock et "L'Ange des Maudits" (1952) de Fritz Lang. Citons ensuite Glynis Johns vue dans "49e Parallèle" (1941) de Michael Powell ou "Miranda" (1948) de Ken Annakin et retrouve après "Secret d'Etat" (1950) de Sidney Gilliat l'acteur Jack Hawkins vu dans "La Mort Apprivoisée" (1949) et "Le Chevalier de Londres" (1950) tous deux de Michael Powell et Emeric Pressburger, Marcel Poncin vu dans "Les Chaussons Rouges" (1948) du même duo Powell-Pressburger, puis retrouve après les films "Les Amants Passionnés" (1949) de David Lean et "La salamandre d'Or" (1950) de Ronald Neame son partenaire Wilfrid Hyde-White qui de son côté retrouve après "Le Troisième Homme" (1949) de Carol Reed et "Guet-Apens" (1949) de Victor Saville l'acteur Karel Stepanek qui était aussi dans "Secret d'Etat" (1950), tandis que ces deux derniers acteurs retrouvent aussi Janette Scott qui était dans "Guet-Apens" (1949), elle retrouvera dans "Hélène de Troie" (1956) de Robert Wise l'acteur Niall MacGinnis vu dans "Henry V" (1944) et "Hamlet" (1948) tous deux de et avec Laurence Olivier, puis citons encore Elizabeth Allan aperçue dans "David Copperfield" (1935) et "Le Roman de Marguerite Gautier" (1936) tous deux de George Cukor, Ronald Squire qui retrouvera aussitôt après son réalisateur Henry Koster pour "Ma Cousine Rachel" (1952), et Maurice Denham apparu dans "Je cherche le Criminel" (1947) de Ronald Neame et "Oliver Twist" (1948) de David Lean... Le film débute avec une rencontre, celle d'un responsable aéronautique joué par Jack Hawkins avec un ingénieur au caractère singulier joué par James Stewart, mais aussi entre le spectateur et ce "savant" qui serait hétérodoxe (je vous laisse chercher !), mais pas que, on penserait presque qu'il pourrait être autiste asperger. L'ingénieur est sûr de son savoir, sûr que les résultats encore balbutiants de ses vérifications confirment ce que son instinct avait soupçonné,  sûr d'avoir raison mais encore faut-il pouvoir le prouver. Mais c'est aussi un veuf, père fou et fier de sa fille qui semble tout aussi douée et attaché à son père, c'est aussi touchant qu'effrayant quand le responsable/Hawkins tente de lui faire comprendre via un bouquin sur l'éducation.

Le film se scinde en deux, la première partie repose essentiellement sur le vol où il tente de faire comprendre que l'avion risque fort de se crasher. On apprécie que le commandant e bord ne soit pas le cliché obtus et sourd bêtement, on s'amuse aussi des premiers émois de la passagère/Dietrich et de l'hôtesse/Johns même si on a bien du mal à croire que cet homme aussi savant soit-il, maladroit, triste et trop sérieux puisse séduire à l'insu de son plein gré. La seconde partie plonge un peu plus dans l'enquête et ses conséquences en l'absence de résultant probant. D'un point de vue technique, certains passages restent peu crédibles comme l'association discutable entre fission nucléaire et fatigue mécanique (?!). Entre suspense et parano l'ingénieur est dans le trouble professionnel pour la première fois, puis le trouble émotionnel sans s'en rendre vraiment compte. On reste un temps perplexe quand l'hôtesse de l'air devient, comme passée par une formation magique, une infirmière à domicile, tandis qu'une star s'impose de façon tout aussi peu probable. Ainsi le scénario est semé de petits détails à la fois ridicules et amusants, mais qui passent tranquillement juste par la bonté ambiante, pas de méchants juste des hommes qui font de leur mieux, un amour père-fille sans chaleur mais sincère et touchant, deux femmes éprises dignes et émouvantes, et une réflexion technico-commerciale pertinente et d'actualité encore aujourd'hui pour ce qui reste finalement une fable moderne sans doute trop saupoudré de bons sentiments mais ça fait aussi du bien parfois...

Note :                 

13/20