Premier long métrage de Milena Aboyan, jeune turco-allemande kurde remarquée durant ses études pour quelques courts métrages dont "Ce qui Reste" (2018) ou "Eté Sucré" (2021). Outre son propre vécu la jeune cinéaste a commencé à réfléchir à son film après avoir découvert le produit Virginia Care qui a été conçu pour aider les femmes en détresse à simuler leur prétendue virginité à l'aide de capsules de faux sang qui rappelle la fausse idée qu'il y a forcément du sang lorsque l'hymen se déchire lors du premier rapport sexuel. Son film a déjà été primé plusieurs fois notamment au Festival du film de Locarno...
Elaha, jeune kurde de 22 ans cherche par tous les moyens à faire reconstruire son hymen pour s'offrir une nouvelle innocence avant son mariage. Mais au fur et à mesure elle commence à avoir des doutes car pourquoi doit-elle paraître vierge et est-ce vraiment pour elle ?! Elle est bientôt tiraillée entre le respect des traditions et son désir d'indépendance... Le rôle titre est incarnée par Bayan Hayla remarquée dans "Generation Tochter" (2022) de Marielle Sjomo Samstad. Ses parents sont joués par Nazmi Kirik vu dans "Les Affaires Organisées" (2005) de Yilmaz Erdogan, "Dol ou la Vallée des Tambours" (2005) et "Après la Chute" (2009), "Si tu Meurs je te Tue" (2011) tous trois de Hiner Saleem, puis Derya Durmaz vue dans "Mavi Dalga" (2013) de Zeynep Dadak et Merve Kayan ou "Ask ve Devrim" (2011) de Serkan Acar. Citons ensuite Homa Faghiri vu dans "Viva Forever" (2021) de Sinje Köhler, Armin Wahedi Yeganeh vu dans "Nur Eine Frau" (2019) de Sherry Hormann et "Le Monde est à Nous" (2020) de Faraz Shariat, Slavko Popadicvu dans "Bonnie and Bonnie" (2019) de Ali Hakim ou "Le Roi des Corbeaux" (2020) de Piotr J. Lewandowski, Hadnet Tesfai remarqué dans un épisode de la série TV "Nachtschicht" (2011) puis enfin Taies Farzan vue dans "Argo" (2012) de et avec Ben Affleck, "Pia" (2015) de Erdal Rahmi Hanay ou "Etoile du Désert" (2018) de Yilmaz Arslan... Sur le sujet du mariage arrangé et/ou de l'émancipation de la femme dans l'Islam on peut citer "Noces" (2017) de Stefan Streker ou "L'Air de la Mer rend Libre" (2023) de Nadir Moknèche mais le spectre de la thématique est large et la jeune réalisatrice kurde s'avère logiquement légitime pour traiter une telle histoire car, comme elle le précise : "son parcours n'est qu'une facette de ce à quoi nous, les femmes, sommes exposées indépendamment de notre origine, de notre religion ou de notre culture - nos corps sont observés, évalués et contrôlés depuis des siècles." L'histoire s'inscrit clairement dans notre époque actuelle, la tradition, le poids de la religion et/u le patriarcat n'apparaisse vraiment qu'au sein de la famille avec le paradoxe que la mère s'avère bien plus rigide que le père, mais avec ses amies et/ou plus éloignés de ses proches Elaha/Layla redevient la jeune femme libre et éprise de liberté. C'est là que la question ultime du film "Quelle femme veux-tu être ?" devient un leitmotiv, le fil conducteur du récit.
La réalisatrice a opté pour un style directe et réaliste, pas une scène ne sort du cadre de la vraisemblance, la caméra reste proche de ses personnages, peut-être même trop... ATTENTION SPOILERS !... voir Elaha aux toilettes par exemple paraît gratuit, montrer le manque d'intimité ou le carcan à sa liberté individuelle est une chose le montrer frontalement n'est pas forcément judicieux... FIN SPOILERS !... Mais le scénario reste logique, plein d'acuité et on suit Elaha dans ses questionnements et en même temps son chemin de croix pour se faire opérer. Pourtant on ne sait jamais si elle aime ou pas son fiancé, parfois cela paraît un mariage forcé parfois elle paraît vraiment attacher, ce qui est dommage car cela demeure tout de même important vis à vis du choix à prendre. Par là même, la fin est trop ouverte et démontre un manque de courage de la part de la réalisatrice qui lui permet de ne froisser personne, ni les féministes ni les kurdes ou l'Islam... etc... Vu le sujet il était important que Elaha évolue vraiment, ce défaut à la conclusion rappelle celui du récent "La Petite Dernière" (2025) de Hafsia Herzi. Par contre le film n'est pas manichéen, il reste une histoire universelle en insistant pas sur la religion mais plus sur le côté ancestral des traditions patriarcales, puis montre bien que les hommes eux mêmes sont pris à leur propre piège, engoncer dans la part virile et machiste de leur gêne et de leur mode de vie. En conclusion, un joli portrait de femme à la recherche d'elle-même, ou pas d'ailleurs, d'où cette question lancinante qu'elle doit se poser, ou pas... D'où cette fin trop ouverte pour une question sans réponse.
Note :
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