Un des meilleurs réalisateurs espagnols avec des films comme "Groupe d'Elite" (2012), "La Isla Minima" (2014) ou "L'Homme aux Mille Visages" (2016), Alberto Rodriguez est de retour pour s'intéresser à l'univers singulier des plongeurs industriels expliquant que "l'ambiance, d'abord détendue, devient tendue lorsque les plongeurs descendent, illustrant l'amour du danger qui rythme leur quotidien. Ce métier extrême contraste avec leur invisibilité et précarité, des éléments que Rodriguez voulait aborder dans son film." Le réalisateur-scénariste retrouve pour ce nouveau projet Rafael Cobos, son fidèle scénariste depuis les débuts avec le film "Les Sept Vierges" (2008). Notons que si le film est une production à majorité espagnole un français est co-producteur, Jean Labadie qui a déjà produit d'autres films espagnols comme "El Reino" (2018) et "Madre" (2019) tous deux de Rodrigo Sorogoyen...
Frère et soeur, Antonio et Estrella travaillent depuis toujours comme scaphandriers dans un port espagnol sur les navires marchands de passage. En découvrant une cargaison de drogue dissimulée sous un cargo qui stationne au port toutes les trois semaines, Antonio pense avoir trouvé la solution pour résoudre ses soucis financiers... Les soeur et frère sont incarnés par Barbara Lennie vue dernièrement dans "Les Lignes Courbes de Dieu" (2022) de Oriol Paulo et "Les Filles vont Bien" (2023) de Itsaso Arana et retrouve après "El Reino" (2018) son partenaire Antonio de La Torre qui retrouve son réalisateur après "Groupe d'Elite" (2012) et "La Isla Minima" (2014), puis retrouve également après "Groupe d'Elite" (2012) et "Amours Cannibales" (2013) de Manuel Martin Cuenca l'acteur Joaquin Nunez qui lui retrouve après "Virgenes" (2025) de Alvaro Diaz Lorenzo son partenaire César Vicente remarqué dans "Douleur et Gloire" (2019) de Pedro Almodovar. Citons ensuite Silvia Acosta vue dans "Mamacruz" (2023) de Patricia Ortegas ou "Fueron los Dias" (2023) de Barnabé Bulnes, Melania Cruz vue dans "El Tirabeque" (2022) de Dario Autran ou "Justice IA" (2024) de Simon Casal, puis Numa Paredes apparue dans "La Primera Cita" (2018) de Jesus Ponce ou "Hamburgo" (2025) de Lino Escalera... Après un joli prologue souvenir qu'on devine dont on devine que ce passé va forcément ressurgir, on est plongé dans un monde très peu connu et peu abordé au cinéma, celui des scaphandriers - citons les deux seuls connus "Les Chemins de la Dignité" (2001) de George Tillman Jr. et "Le Scaphandrier" (2015) de Alain Vézina. On rencontre alors un frère et une soeur qui nous interroge aussitôt car les personnages semblent avoir sensiblement le même âge d'après le prologue (grand max 2-3 ans) mais les interprètes adultes, Antonio de la Torre et Barbara Lennie ont tout de même 16 ans d'écart, et ça se voit. Si les deux acteurs sont impeccables, il est dommage tout de même d'avoir un aussi gros décalage qui crée une invraisemblance gênante même si un peut parler de détail il n'en est pas un puisque ce passage du passé est essentiel dans la relation frère-soeur. Dommage. Les parties marines et sous-marines sont intéressantes, dans une routine quotidienne qui semble pourtant aussi redondante qu'ennuyeuse qui montre et démontre surtout la passion et même la dépendance de la fratrie vis à vis de la mer et de la plongée.
Néanmoins, le film fait tout de même un sacré grand écart entre plongée telle qu'on peut l'entendre (sportive ou naturaliste) et le monde des scaphandriers plus "statiques", plus "technologiques"... ATTENTION SPOILERS !... il est étonnant de voir les enfants plongés dans le prologue à la manière "classique", puis les voir grands quasi uniquement être des scaphandriers. Il aurait été judicieux de pouvoir expliquer leur choix de vie et pourquoi choisir la plongée pétrolifère plutôt que celle plus magique et naturelle qu'on imagine tous faire dans des lieux paradisiaques... FIN SPOILERS !... Néanmoins, le récit se met en place et reste plutôt bien écrit dans sa première partie. Le plan pour voler la drogue reste prenante, tandis que le lien frère-soeur s'étoffe petit à petit. Malheureusement, plus la relation frère-soeur dévoile des choses enfouies plus l'intrigue policière sur fond de drogue amène autant de tensions que d'incohérences. En effet, la relation frère-soeur est de plus en plus difficile et touchante, et plus l'intrigue sur la drogue prend de l'ampleur et du suspense mais tout à fait dans le même temps c'est aussi dans cette partie que les maladresses narratives deviennent grossières... ATTENTION SPOILERS !... scène bancale quand Estrella remonte à bord et annonce que le mousqueton s'est ouvert, alors qu'on voit nettement juste avant que le mousqueton est bien en place et qu'on voit la corde sectionnée, puis Antonio acquiesce sans hésiter alors que comment un mousqueton peut-il s'ouvrir seul comme par magie ?! Ainsi on se dit que Estrella serait etonnament, peut-être une menteuse et traîtresse, mais non car la suite démontre que c'est effectivement une grosse erreur. Enfin, à la fin comment penser que les voleurs ne reviendront pas pour que Antonio recommence ?! Et comment croire que les trafiquants finalement lésés ne retrouveront pas Antonio et Estrella ?!... FIN SPOILERS !... Re-dommage. La mise en scène de Alberto Rodriguez est pourtant parfaitement réglée, les partie sous-marines sont prenantes, les réactions des personnages crédibles, le suspense limité mais bien rendu et bien amené, le scénario dans l'ensemble reste solide mais effectivement, quelques détails empêchent le film d'être plus fort émotionnellement et plus puissant dans sa conclusion. Un bon moment cinoche pourtant, à conseiller. Note de justesse.
Note :