La voix de Hind Rajab

Par Dukefleed
 Un cri pour la paix

Janvier 2024 à Gaza ; alors que l’armée israélienne frappe la population sans discernement ; une fillette de 6 ans appelle le croissant rouge. Elle est piégée dans une voiture sous le feu des chars, seule survivante de sa famille. Les bénévoles la gardent en ligne tout en tentant de faire intervenir les secours ; de manière sécurisée. L’ambulance se trouve à quelques encablures, mais sans trajet autorisée par l’armée israélienne, l’intervention est impossible face au risque de se voir aussi pris pour cible.

Kaouther Ben Hania nous a déjà habitué à ces récits mêlant documentaire et fiction. Ici, elle part dès les premières minutes du son réel de la voix de la fillette se servant des enregistrements originaux du Croissant Rouge. Tout se joue hors champs, puisque nous seront avec les bénévoles enfin plutôt les comédiens jouant la partition fictionnelle du film. Son procédé avait tout pour être casse gueule et racoleur ; bien heureusement, elle parvient à ne pas surutilisée la mort réelle de la Hind pour ternir en haleine le spectateur dans une forme de suspense mortifère. Le malaise naitra surtout de la difficulté de secourir en zone de conflit et des exactions perpétrés par une armée régulière contre des civils. Au travers de ce cas documenté ayant fait le buzz grâce à cette bande sonore multidiffusée sur les réseaux sociaux, ce crime de guerre fait écho aux multiples autres qui ne sont que des chiffres et des noms ânonnés par des journalistes que l’on tient loin du conflit. Personne ne couvre ces horreurs en direct, donc ce film a une utilité certaine et indispensable pour l’illustrer. Comme la ligne sonore blanche sur fond noir symbole du son de la voix de Hind, celle-ci est le miroir d’une vie fragile sur ce bout de terre ; une ligne qui peut se briser d’un moment à l’autre. Donc il est d’une nécessité absolue tant il est un film choc, témoin d’un crime de guerre.

Cependant se pose de nombreuses questions dans ce procédé narratif multiplié par la télévision, le docufiction. Que s’autorise-t-on à reconstituer ? Quel niveau de précision donne-t-on ?... Et puis surtout autant la voix de la petite vous prend aux tripes, la sachant réelle de plus, autant sur la partie fictionnelle, on ne peut sans cesse voir les coutures, les arrêtes semblant trop souvent saillantes. Si Ben Hania donne à plusieurs reprises des gages de véracité à la fiction, elle ne parvient pas à dissiper cette impression de fausseté. Il en va ainsi de chaque embardée loin du téléphone, quand la cinéaste s’attache à nous raconter la tension qui gagne l’équipe du Croissant Rouge à mesure que se révèle l’étendue de leur impuissance. Elle suit ses secouristes mis à rude épreuve, mais leurs dialogues trahissent parfois un didactisme destiné seulement au spectateur. Tout ceci fait trop souvent artificiel et le rejeu s’en trouve enrayé. Sur le même procédé du hors champ intégral mais intégralement fictionnellement, « The guilty » fonctionne cinématographiquement bien mieux.

Indispensable malgré de bonnes limites cinématographiques.

Sorti en 2025

Ma note: 13/20