Project X (1968) de William Castle

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Attention à ne pas confondre avec les futurs films éponymes (1987) de Jonathan Kaplan et (2012) de Nima Nourizadeh... Connu pour ses films d'horreurs de séries B mais aussi pour l'utilisation de gadgets promotionnels dont l'apogée arrive avec les films "La Nuit de tous les Mystères" (1959), "Le Désosseur de Cadavres" (1959) et "13 Fantômes" (1960) le réalisateur William Castle arrive à la fin des années 60 et veut adapter un roman avec Paramount mais le patron Robert Evans lui impose de rester uniquement producteur avec un caméo devant caméra et de laisser la réalisation à un autre, ce sera donc pour "Rosemary's Baby" (1968) de Roman Polanski. Néanmoins, le succès accentue la déception du cinéaste et il accepte alors, toujours pour Paramount comme un cadeau de consolation, de porter à l'écran deux romans de science-fiction, "The Artificial Man" (1965) et "Psychogeist" (1966) de L.P. Davies. Le scénario est écrit par Edmund Morris issu de la télévision avec de nombreuses séries TV dont "Inside Detective" (1950-1954) ou "Lawman" (1958-1960) avec peu de longs métrages comme "La Chevauchée des Outlaws" (1961) de Michael Carreras et "La Rue Chaude" (1962) de Edward Dmytryk. Les particularités du récit font que bientôt une collaboration avec un studio d'animation prend forme, c'est ainsi que Paramount et son producteur-réalisateur s'associe avec le fameux studio Hanna-Barbera créateur des personnages "Tom et Jerry" et qui connaîtra une popularité record avec "Les Pierrafeu", "Satanas et Diabolo" ou encore "Capitaine Caverne". Le film de SF reste à petit budget et n'a assurément pas les moyens de ses ambitions, le film reste un échec et se perd dans les limbes du Septième Art au point que William Castle ne signera plus qu'un ultime film des années après avec "Shanks" (1974). Bien que devenu très rare et quasi invisible (par exemple inexistant sur Allociné !) heureusement, en France, le film renaît de ses cendres grâce à une nouvelle édition DVD/BluRay chez RIMINI Editions... 

2118, alors que désormais la planète est scindée en deux secteurs d'influences géopolitiques entre l'Amérique en occident et les sinoèses en orient, des savants américains tentent de trouver une solution pour faire retrouver la mémoires à Hagen Arnold, espion revenu de l'orient avec un message important sur une nouvelle arme de destruction que les sinoèses auraient mis au point. Le soucis est qu'avant sa mission on lui a injecté un produit anti-torture afin qu'il ne puisse dévoiler ses secrets... L'espion Hagen Arnold est incarné par Christopher George acteur méconnu remarqué dans le western "El Dorado" (1966) de Howard Hawks avec John Wayne qu'il retrouvera dans "Chisum" (1970) de Andrew V. McLaglen, "Les Voleurs de Train" (1973) de Burt Kennedy et "Le Dernier des Géants" (1976) de Don Siegel, puis retrouvera dans "La Bataille de Midway" (1976) de Jack Smight son partenaire Monte Markham remarqué également dans un western avec "Sept Secondes en Enfer" (1967) de John Sturges puis ensuite dans "Les Colts des Sept Mercenaires" (1969) de Paul Wendkos. Citons ensuite Greta Baldwin remarquée surtout dans son unique autre film "Rogue Gallery's" (1968) de Leonard J. Horn dans lequel elle retrouve l'acteur Lee Delano qui apparaît cette même année dans un épisode de la série TV "Star Trek" (1968) qui n'a pas dû trop le dépayser. Citons encore Henry Jones  aperçu dans "3h10 pour Yuma" (1957) de Delmer Daves ou "Sueurs Froides" (1958) de Alfred Hitchcock, Harold Gould apparu dans "Deux sur la Balançoire" (1962) de Robert Wise ou "Détective Privé" (1966) de Jack Smight, Phillip Pine aperçu dans des classiques comme "Nous avons gagné ce Soir" (1949) de Robert Wise, "Mort à l'Arrivée" (1949) de Rudolph Maté ou "Cote 465" (1957) de Anthony Mann, puis des seconds rôles tenus par des acteurs venus du petit écran comme les acteurs de troisième voir quatrième rôle comme Ivan Bonar et Charles Irving apparu juste avant tout de même dans un autre film de SF "Objectif Lune" (1967) de Robert Altman, puis enfin Robert Cleaves apparu juste après non crédité dans "Bullitt" (1968) de Peter Yates et "Le Reptile" (1970) de J.L. Mankiewicz... Le générique très coloré est dans l'air du temps, très sixties, puis dès les premières secondes on sourit devant le kitsh assez fou des costumes à la façon de la série "Star Trek" en plus ridicule encore surtout à cause des casques transparents en plexiglas. Très vite on ne peut que constater que le film n'est pas à la hauteur des chefs d'oeuvres de la SF contemporain que sont "La Planète des Singes" (1967) de Franklin J. Schaffner ou "2001 l'Odyssée de l'Espace" (1968) de Stanley Kubrick, et qu'il risque fort d'être plutôt dans la lignée du "Barbarella" (1968) de Roger Vadim. L'histoire a surtout un début laborieux, la faute à une trop longue première partie surexplicative de tenants et aboutissants. Néanmoins, le film s'impose alors avec singularité dans le monde bipartite de l'époque de la Guerre Froide car alors que la très grande majorité des films occidentaux pointent du doigt le méchant soviétique le film prend plutôt pour cible le bloc chinois, ce qui peut paraître aujourd'hui comme une sorte de point de vue visionnaire. Et ce n'est pas tout, le scénario aborde des sujets brûlants comme la surpopulation, la guerre bactériologique ou la cryogénie.  

L'intrigue mêle habilement faux semblants, voyage dans le temps tout en poussant les scientifiques a fouillé littéralement la cerveau de l'espion ce qui permet au film de se démarquer en matérialisant les songes comme les neurones via des séquences animées plus ou moins psychédéliques, évidemment assumées et assurées par les artistes de Hanna-Barbera. Les animateurs mêlent animation et prises de vues réelles avec de multiples techniques comme l'inversion de négatif, effets d'optiques et ondulation, jouer avec les couleurs monochromes... etc... Ce qui permet aussi l'incrustation d'un jet à décollage vertical ou d'un ascenseur sous-marin. Le film offre une vraie richesse visuelle tandis que William Castle intègre deux scènes horrifiques dont il a le secret avec une scène brutale et presque sanglante qu'on ne voit pas venir, qui reste à la fois marquante visuellement mais incohérente car ouvre la voix à une dimension ésotérique qui n'est pas bienvenu dans un récit très scientifique au départ, puis le dernier acte avec un cerveau qui suggère toutes les capacités de l'être humain. Mais évidemment, le film est aussi victime de son manque de moyen, d'un kitsch certain qui frôle parfois le grotesque ou le risible. Outre l'aspect visuel et fantastique l'intrigue reste pourtant un thriller d'espionnage solide avec un suspense non négligeable. Le film est donc une curiosité cinéphile certaine qui a tout du film culte à voir au moins une fois.

Note :                 

12/20

Merci à RIMINI Editions pour leur coffret DVD/BluRay collector contenant notamment un supplément de 30 mn passionannt, à l'image du culte inhérent à cette oeuvre unique et singulière.