Apocalypto (2006) de Mel Gibson

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Acteur star de Hollywood depuis déjà plusieurs décennies, Mel Gibson est aussi réalisateur à qui  on doit "L'Homme sans Visage" (1993), surtout son chef d'oeuvre "Braveheart" (1995) et aussi "La Passion du Christ" (2004) qui lui a valu de nombreuses polémiques autant sur la violence du calvaire de Jésus Christ que sur les accusations d'antisémitisme. Mais c'est aussi un succès mondial qui lui permet de se lancer dans un nouveau projet qu'il veut aussi impitoyable dans le réalisme. Ainsi il passe de l'an 33 en langue araméenne à une période pré-colombienne (pas définie mais juste avant l'arrivée des européens) en langue maya yucatèque. Le réalisateur-scénariste co-écrit le scénario avec Farhad Safinia qui n'avait jusque là signé qu'un court métrage "Outside the Box" (2001), et qui écrira plus tard la série TV "The Boss" (2011-2012) et qui retrouvera Mel Gibson pour le film "The Professor and the Madman" (2019). Les deux hommes produisent également le film via la société de Mel Gibson Icon Productions pour 40 millions de dollars. Sans surprise, le film fait une nouvelle fois polémique, cette fois plus basé sur les vérités historiques, mais le film reste un succès engrangeant plus de 120 millions de dollars au box-office Monde. Pour l'anecdote, le titre a été choisi par Mel Gibson parce qu'il pênsait que le terme signifiait en grec "nouveau départ", mais en réalité il signifie "dévoilement", "mise à nu" ou "révélation", ce qui n'est pas non plus inapproprié bien au contraire. Le film est logiquement interdit au moins de 12 ans à sa sortie en salles... Vers les années 1490-1500, Patte de Jaguar est un jeune père de famille qui vit avec sa communauté au sein de la forêt tropicale. Malheureusement leur camp est attaqué par un autre groupe violent et sans pitié, la plupart des membres sont capturés, les autres tués, la plupart des enfants laissés sur place. Ils sont emmenés loin de leur forêt, dans une cité inconnue où leurs femmes sont vendues comme esclaves, et comprennent que eux les hommes vont être sacrifiés... 

La plupart des acteurs du film sont des inconnus, amateurs non-professionnels, comme le rôle principal Patte de Jaguar Rudy Youngblood aperçu auparavant dans "Spirit : the Seventh Fire" (2005) de David Dahlman mais qui ne fera pas carrière ensuite. Dans la même tribu citons Morris Birdyellowhead aperçu ensuite dans "September Dawn" (2007) de Christopher Cain, "Diablo" (2015) de Lawrence Roeck ou "Alpha" (2018) de Albert Hugues, Jonathan Brewer aperçu plus tard "Western Confidential" (2011) de David Lawrence ou "Week-End Royal" (2012) de Roger Michell, Israel Contreras dans son premier rôle pour ce véritable champion du monde de boxe entre 1989 et 1992, et les femmes aussi avec Dalia Hernandez qui fera encore quelques apparitions sans conséquences, Maria Isabel Diaz remarquée à la télévision comme les séries Tv "Hospital Central" (2001) ou "Companeros" (2001) et vue dans "Volver" (2006) de Pedro Almodovar, Mayra Serbulo vue dans "Cabeza de Vaca" (1991) de Nicholas Echevarria, "Y tu Mama Tambien" (2001) de Alfonso Cuaron et juste après dans "La Zona" (2007) de Rodrigo Plà, puis Iazua Larios apparu récemment dans "Sundown" (2021) de Michel Franco ou "Totem" (2023) de Lila Avilès. Parmi les ennemis mayas citons Rodolfo Palacios aperçu plus tard dans "4 Maras" (2012) de Ivan Cuevas, "Juan y Vanesa" (2018) de Ianis Guerrero, "Vagoneros" (2019) de Alvaro Curiel ou "Infleuncia" (2019) de Pablo Aura, puis enfin sans doute l'acteur le plus connu et expérimenté Raoul Trujillo remarqué dans "Agaguk" (1992) de Jacques Dorfmann, vu dans "Le Nouveau Monde" (2005) de Terrence Malick et plus tard dans "Sicario" (2015) de Denis Villeneuve ou retrouvant Mel Gibson dans "Blood Father" (2016) de Jean-François Richet. N'oublions pas le nommé Espiridion Acosta Cache qui est le vieux sage dans le film et qui est réellement conteur maya ce qui donne une authenticité au coin du feu. Mel Gibson travaille avec une équipe fidèle pour tenter de coller au plus près de sa vérité, ainsi la plupart de ses collaborateurs ont déjà travaillé avec ou pour lui sur "Braveheart" (1995) et/ou "Nous étions Soldats" (2002) de Randall Wallace comme le Chef Décorateur Thomas E. Sanders, le Directeur Photo Dean Semler ou le compositeur James Horner oscarisé pour la B.O. de "Titanic" (1997). Outre la langue maya, le tournage a eu lieu essentiellement au Mexique sur le secteur de Catemaco et Veracruz tandis que le cinéaste a reçu l'aide de Richard Hansen, archéologue expert de la culture maya. Le scénariste Farhad Safinia de préciser : "Il se trouve que les archéologues et les anthropologues pensent que la civilisation maya s'est heurtée à des problèmes incroyablement similaires à ceux de notre époque, à savoir la généralisation des dégradations environnementales, d'une consommation excessive et de la corruption politique." Le vrai et seul soucis du film repose justement sur cette crédibilité historique, à savoir à quel curseur placé ce film et on comprend vite que Mel Gibson offre une vision fantasmé, ou du moins modernisé et idéalisé selon sa version mais il rappelle aussi son but : "Mon désir était de tourner un film d'action et d'aventure trépidant qui ne laisse aucun répit. Je cherchais à concevoir un moyen de raconter l'essentiel de l'histoire visuellement, pour toucher les spectateurs au plus profond d'eux-mêmes, viscéralement et émotionnellement." Ainsi, on note effectivement quelques erreurs factuels, notamment en mélangeant des éléments éparses issus de cultures et d'époques différentes créant des anachronismes mais ça restent tout de même ancrés dans la culture du Yucatan, et des mayas ou des "cousins" aztèques entre autres, des historiens rappellent que les mayas n'auraient pas peur d'une éclipse car ils connaissaient l'astronomie, où qu'il n'y a pas de preuves de trafic d'esclaves d'ampleur et encore moins de charnier. Mais d'autres spécialistes restent mesurés comme une directrice du CNRS qui déclare : "Le film repose sur une certaine documentation. Je n'ai pas été excessivement choquée par la reconstitution..." D'autres critiquent la violence et que le film occulte la "profonde spiritualité" des mayas, oubliant du même coup que ça reste un film d'action et d'aventure. 

Pourtant le film montre aussi une réalité de la culture maya (en savoir plus ICI !), celle de la guerre quasi omni-présente et qu'il existait bien des sacrifices (tout savoir ICI !). Si on ne se laisse pas parasité par la question historique, d'emblée on est fasciné, l'immersion dans la forêt tropicale avec une tribu dite primitive et heureuse jusqu'à cette rencontre furtive qui "installe ma peur". Visuellement le film est superbe, les décors restent un personnage à part entière, les costumes évitent toute esbrouffe et évite entre autre le cliché clinquant des Cités d'Or. Le réalisateur préfère une immersion viscérale dans une époque dont les individus ne voient pas que le chaos d'alors est précurseur à une nouvelle période qui va être leur crépuscule symbolisé par une conclusion parfaite. La vision de Mel Gibson n'est pas en vérité les mayas, il transpose une idée de la fin d'une civilisation, une parabole pessimiste sur la bêtise humaine qui est finalement la même aujourd'hui. Et pourtant, certains passages laissent quelques messages d'espoirs et toujours amenés par les femmes comme la jeune adolescente qui crie qu'elle est désormais la mère des enfants, ou la naissance improbable mais déchirante. Evidemment ces passages paraissent peut-être bien minces devant le spectacle brutal des hommes qui s'entretuent. Mel Gibson signe un film qui reste fort, puissant et spectaculaire montrant la barbarie telle qu'elle est, saupoudrée d'une humanité fragile. Il faut donc voir le film pour ce qu'il est, un magnifique combat pour la survie d'une famille et de la nature qui l'entoure contre la cité et l'exploitation sous toutes ses formes. 

Note :                 

17/20