Nouveau long métrage de l'allemand d'origine turque Fatih Akin à qui on doit les films "Head-On" (2004), "Soul Kitchen" (2009), "The Cut" (2014) ou "Golden Glove" (2019). Le réalisateur-scénariste retrouve son co-scénariste après "In the Fade" (2017), Hark Bohm un auteur connu pour sa poésie et son sens du suspense et qui est aussi réalisateur de plusieurs films comme "Tshetan, le Petit Indien" (1973), "Mer du Nord, Mer de la Mort" (1976) ou "Pour Toujours et à Jamais" (1997). Hark Bohm a puisé dans ses souvenirs personnels, tandis que Fatih Akin s'est inspiré de son côté de grands classiques dont "Sciuscia" (1946) et "Le Voleur de Bicyclette" (1948) tous deux de Vittorio De Sica, "La Nuit du Chasseur" (1955) de Charles Laughton et "Stand By Me" (1986) de Rob Reiner... Printemps 1945, sur l'île d'Amrum au large de l'Allemagne les derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale paraissent sans conséquence. Nanning, 12 ans, part à la chasse au phoque, pêche de nuit et travaille le jour dans une ferme voisine pour aider sa mème à subvenir au besoin de la famille. Lorsque la paix est confirmée, de nouveaux conflits surgissent et Nanning va devoir apprendre à tracer son propre chemin...
Nanning est incarné par le jeune Jasper Billerbeck dans son premier rôle aux côtés de son camarade Kian Köppke. Citons ensuite Laura Tonke essentiellement apparue à la télévision mais remarquée dans "Fitz Bauer, le Héros Allemand" (2015) de Lars Kraume, Diane Kruger qui retrouve son réalisateur après de "In the Fade" (2017) et vue récemment dans "Visions" (2023) de Yann Gozlan, "Les Linceuls" (2024) de David Cronenberg et "Saint-Ex" (2024) de Pablo Agüero, Matthias Schweighöfer vu notamment dans "Walkyrie" (2009) de Bryan Singer, "Kursk" (2018) de Thomas Vinterberg ou plus récemment "Oppenheimer" (2023) de Christopher Nolan et "Agent Stone" (2023) de Tom Harper puis retrouve son réalisateur des films "Jeux de Rôles" (2011) et "Bibi et Tina : Complètement Ensorcelée !" (2014) Detlev Buck ici acteur vu aussi chez les autres comme dans "Blue Moon" (2002) de Andrea Maria Dusl ou "Le Ruban Blanc" (2009) de Michael Haneke, Lisa Hagmeister vue dans "Les Jours à Venir" (2010) de Lars Kraume, "Comme si de Rien n'était" (2019) de Eva Trobisch ou "Benni" (2020) de Nora Fingscheidt, Steffen Wink surtout connu pour la série TV "Berlin Station" (2016-2019), Lars Jessen avant tout réalisateur entre autre de "La Sirène Marocaine" (2011) ou "Fraktus" (2012), puis enfin le scénariste Hark Bohm lui-même qui a été un fidèle de Rainer Werner Fassbinder sur une dizaine de films (1970-1981) ou vu plus tard dans "Underground" (1955) de Emir Kusturica ou "Invincible" (2001) de Werner Herzog... L'histoire se déroule précisément sur les mois de avril et mai 1945, débutant ainsi alors que le Reich moribond n'y croit déjà plus, et qui se poursuit après la mort déclarée de Hitler plongeant les insulaires dans l'inconnu. Le récit est vu du point de vue de Nanning/Billerbeck, jeune ado de 12-13 ans, membre d'une famille nazie, au père parti à la guerre, d'une mère fervente nazie, le jeune garçon étant lui-même membre des Jeunesses Hitlériennes qui qui ne semblent pas comprendre la réalité des choses, sans doute trop éloigné des villes. Petit à petit Nanning va apprendre des bribes d'informations, des secrets sur sa famille, tandis que la mort de Hitler va tout changer.
Le réalisateur pose sa caméra sur l'île d'Amrum, il prend le temps de filmer l'île, ses paysages aussi sauvages que calmes, encore vierges de toute manifestations humaines. Il alterne avec le quotidien de la famille de Hanning qui attend dans l'appréhension le retour du chef de famille. Hanning va aussi à l'école, il est serviable, bon, obéissant et c'est subrepticement qu'il apprend les choses, grandissant sans le comprendre encore. Dans un sens on peut voir ce film comme l'anti-thèse du chef d'oeuvre "Le Ruban Blanc" (2009) de Michael Haneke ; sur la forme forcément ce dernier étant en noir et blanc, au rythme funeste et à la discipline omniprésente, puis sur le fond, car si Haneke pose les bases du National-Socialisme au sein d'une communauté reculée comme un présage insidieux, Fatih Akin lui montre les derniers jours du National-Socialisme au sein d'une communauté insulaire. Le rythme est en adéquation avec l'isolement des habitants, qui continuent à vivre comme si de rien n'était alors qu'on sent les inquiétudes et les incertitudes. On apprécie aussi un scénario qui n'est jamais sur-expliqué, les sous-entendus ou les non-dits restent limpides alors que Hanning lui tente de déchiffrer les soucis des grands. Fatih Akin signe un drame historique à hauteur d'enfant mais aussi à hauteur de citoyens lambdas sans autre pouvoir que d'attendre. Un bon film à conseiller.
Note :
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