Le Pacte des Loups (2001) de Christophe Gans

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Après son excellent film de genre "Crying Freeman" (1995) le réalisateur français Christophe Gans s'est rappelé une légende rurale qui avait défrayé la chronique sous Louis XV, l'affaire de la Bête du Gévaudan (Tout savoir ICI !) qui a massacré une centaine de personnes entre 1764 et 1767, une battue qui mettra fin aux drames sera organisée par un certain marquis d'Apcher qui apparaît dans le film comme le témoin et narrateur des faits. Pour son projet il collabore avec son scénariste Stephane Cabel qui a signé auparavant le scénario du film "Un Pur Moment de Rock'n Roll" (1999) de Manuel Boursinhac et qui écrira ensuite des films comme "L'Enquête" (2014) de Vincent Garenq ou "L'Astronaute" (2022) de et avec Nicolas Giraud. Notons qu'on retrouve à la production Samuel Hadida, ami et fidèle du réalisateur, les deux hommes se retrouvant après "Crying Freeman" (1995), il produit également la saga "Resident Evil" (2002-2016). La production est composé d'un casting prestigieux avec les acteurs de la nouvelle génération alors en pleine ascension ce qui permet une certaine ambition avec un des budgets les plus élevés du cinéma français à l'époque soit plus de 32 millions d'euros. Le film est un succès engrangeant plus de 70 millions de dollars au box-office Monde dont plus de 5 millions d'entrées France. Chose assez rare le film devient culte aux Etats-Unis. Film interdit au moins de 12 ans à sa sortie en salles... 1766, depuis plusieurs mois un créature mystérieuse sévit dans les montagnes du Gévaudan à tel point que le chevalier de Fronsac, soldat et naturaliste, est envoyé pour enquêter. Accompagné de son ami Mani, iroquois rencontré lors des campagnes en Amérique, il va rencontrer une communauté qui vit dans la peur mais aussi des nobles et notables tous plus énigmatiques les uns que les autres.... 

Le chevalier naturaliste est incarné par Samuel Le Bihan alors en plein boom après les succès de "Vénus Beauté (Instittu)" (1999) de Tonie Marshall, "Jet Set" (2000) de Fabien Onteniente, tandis que l'iroquois Mani est incarné par Mark Dacascos qui retrouve son réalisateur après "Crying Freeman" (1995). Le marquis fils d'Apcher, personnage historique est incarné à deux âges différents, jeune par Jérémie Renier vu dans "La Promesse" (1996) des frères Dardennes, "Les Amants Criminels" (1999) de François Ozon ou "Saint-Cyr" (1999) de Patricia Mazuy, puis âgé par Jacques Perrin qui retrouve entre autre après "La Ligne de Démarcation" (1966) de Claude Chabrol son partenaire Jean Yanne vu notamment dans "Le Hussard sur le Toit" (1995) de Jean-Paul Rappeneau ou  "Je règle mon Pas sur le Pas de mon Père" (1999) de Rémi Waterhouse. Citons ensuite Edith Jacob l'éternelle de "Les Yeux sans Visage" (1959) de Georges Franju, Vincent Cassel qui retrouvera le réalisateur pour "La Belle et la Bête" (2014), et surtout qui retrouve une énième fois sa conjointe d'alors Monica Bellucci entre "Dobermann" (1997) de Jan Kounen et "Irréversible" (2002) de Gaspard Noé, retrouvant ainsi Philippe Nahon qui croise plusieurs fois Cassel avec aussi "Les Rivières Pourpres" (2000) de Mathieu Kassovitz dans lequel jouait également Nicky Naudé qui retrouve également Jean-François Stévenin et Samuel Le Bihan après "Total Western" (2000) de Eric Rochant, Emilie Dequenne alors auréolé de son prix d'interprétation et sa révénation dans "Rosetta" (1999) des frères Dardennes, Bernard Farcy alors en plein succès de la franchise "Taxi" (1998-2018), Johan Leysen et Nicolas Vaude qui se retrouvent après "La Reine Margot" (1994) de Patrice Chéreau, Hans Meyer surtout connu en France pour ses rôles de soldat allemand dans "La Grande Vadrouille" (1966) de Gérard Oury ou "La Nuit des Généraux" (1967) de Anatole Litvak, Bernard Fresson vu notamment dans "Les Galettes de Pont-Aven" (1975) de Joel Seria ou "Germinal" (1993) de Claude Berri, Michel Puterflam apparu dans "Diabolo Menthe" (1977) de Diane Kurys ou "Inspecteur La Bavure" (1980) de Claude Zidi, Gaspard Ulliel dans son premier rôle avant de confirmer avec "Embrassez qui vous voudrez" (2002) de et avec Michel Blanc ou "Les Egarés" (2003) de André Téchiné et qui retrouvera dans "Un Long Dimanche de Fiançaille" (2004) de Jean-Pierre Jeunet l'actrice Frankie Pain fidèle de Jeunet avec aussi "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" (2001) et "La Cité des Enfants Perdus" (1995) après lequel il retrouve François Hadji-Lazaro leader des groupes Pigalle et Les Garçons Bouchers déjà vu au cinéma notamment dans "Le Brasier" (1989) de Eric Barbier après lequel il retrouve aussi Jean-Paul Farré, Eric Prat aperçu dans "Tatie Danielle" (1990) de Eienne Chatiliez ou "Nikita" (1990) de Luc Besson et retrouvera dans "Saint-Ange" (2004) son partenaire Pascal  Laugier avec lequel il devient réalisateur et qui va surtout devenir l'un des meilleurs réalisateurs de film d'horreur avec "Martyrs" (2008), "The Secret" (2012) et "Ghostland" (2018)... Dans l'équipe on note une musique signée de Joseph LoDuca, méconnu mais à qui on doit tout de même les B.O. de la trilogie culte "Evil Dead" (1981-1994) de Sam Raimi. On note aussi que le film est lauréat du César des meilleurs costumes pour Dominique Borg, costumière ayant travaillé sur "Camille Claudel" (1988) de Bruno Nuytten ou "Les Misérables" (1995) de Claude Lelouch, qui marque aussi le soin apporté à la reconstitution historique avec aussi, notons-le la participation dans l'équipe de Guy-Claude François Chef décorateur fidèle notamment à Bertrand Tavernier sur plusieurs films dont "L627" (1992) et "Capitaine Conan" (1996), puis Dan Laustsen, Dicteur Photo fidèle d'un certain Guillermo del Toro depuis "Mimic" (1997" jusqu'au récent "Frankenstein" (2025)... Si les costumes, les décors, les paysages, forment un ensemble visuel puissant qui mêle authenticité et une vraie modernité il confirme aussi que le film n'est pas un film historique pur, Christophe Gans assume sa liberté pour offrir un vrai film de genre, libéré des contraintes des faits historiques pour un pur divertissement esthétiquement qui pourrait parfaitement être storyboardé façon bande-dessinée pour adulte. Ainsi, d'un côté il s'inspire de faits réels et de personnages historiques (le marquis mais aussi l'évêque de Mende), et de l'autre on a un iroquois qui fait du kung-fu et un chevalier naturaliste qui est aussi un as des arts martiaux et autres types de combats ! C'est là tout le paradoxe du film, à la fois sa qualité et son défaut, si on accepte un iroquois shaolin dans sa dimension exotique et donc inconnu des protagonistes du 18ème siècle dans le fin fond de la province française, on est beaucoup plus perplexe pour un chevalier naturaliste philosophe médecin légiste et roi du combat au corps à corps, un Fronsac/Le Bihan qui a tous les talents à un point dommageable, surtout qu'il monopolise le récit alors que Mani/Dacascos est un personnage bien plus intéressant.

Les personnages sont tous bien croqués sinon, la famille noble où on sent un certain malaise, des notables aux gueules patibulaires, une atmosphère qui oscille entre mystère, croyances mystiques et complot pré-Révolution Française. Le réalisateur se laisse parfois un peu trop allé sur les effets de style, les ralentis ne sont par exemple pas toujours judicieux, mais il a un sens certain de l'image et de la puissance iconographique. Le film est magnifique et certains passages touchant à la grâce avec très forte efficacité qui apporte une cohérence entre le potentiel d'un film culte et la mythologie factuelle autour de la Bête du Gévaudan. Si on peut excuser la mise en scène un peu trop clinquante de Gans, on regrette que Mani/Dacascos soit en quelque sorte sacrifié au bénéfice d'un Fronsac/Le Bihan lisse et peu crédible, dont le personnage aurait gagné à être plus une sorte de Ichabod Crane alias Johnny Depp dans "Sleepy Hollow" (1999) de Tim Burton pour laisser le place plus nette à son partenaire. Dommage. Néanmoins, Christophe Gans est un des rares en France à pouvoir offrir un tel film, un vrai spectacle avec du souffle, de la dramaturgie tout en sachant oser du fun décalé dans les scènes d'action. Un très bon moment, sans doute l'un des meilleurs péché mignon ou plaisir coupable à la française.

Note :                 

16/20