L'Agent Secret (2025) de Kleber Mendonça Filho

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Après "Les Bruits de Recife" (2012), "Aquarius" (2016) , "Bacurau" (2019) co-signé avec Juliano Dornelles et son documentaire "Portraits Fantômes" (2023) le réalisateur-scénariste Kleber Mendonça Filho revient avec un film entre drame policier et thriller politique teinté de film d'action dans une histoire qui a tous les ingrédients d'une Histoire Vraie que le film n'est pourtant pas ; le film reste bel et bien une fiction. Néanmoins, le contexte géo-politique du Brésil sous la dictature militaire (1964-1985) confère une certaine authenticité au scénario. On y pense aussi peu de temps après l'Histoire Vraie sur la même période historique de "Je suis Toujours Là" (2025) de Walter Salles. Précisons que l'histoire se déroule à la ville de Recife, ville natale du réalisateur. Présenté au Festival de Cannes 2025, le film reçoit le prix FIPRESCI, le prix de la Mise en Scène et le prix d'interprétation masculine pour Wagner Moura, qui est aussi co-producteur du film...

Brésil, dans le Nordeste en 1977, Marcelo arrive à Recife où on comprend qu'il doit se faire discret dans un contexte de dictature militaire. Mais alors qu'il croyait juste être devenu un paria il apprend que des tueurs à gage sont à ses trousses... Marcelo est incarné donc par le producteur-acteur Wagner Moura vu entre autre dans "Avril Brisé" (2001) de Walter Salles, "Troupe d'Elite" (2007) de José Padilha, "The Gray Man" (2022) des frères Russo ou "Civil War" (2024) de Alex Garland. Citons ensuite Gabriel Leone remarqué dans le rôle titre de la série TV "Senna" (2024) et dans le film "Ferrari" (2024) de Michael Mann, Maria Fernanda Candido vue dans "Le Traître" (2019) de Marco Bellochio, "Les Animaux Fantastique : les Secrets de Dumbledore" (2022) de David Yates et "La Chambre des Merveilles" (2023) de Lisa Azuelos, Udo Kier acteur fétiche de R.W. Fassbinder puis de Lars Von Trier et Werner Herzog retrouve son réalisateur après "Bacurau" (2019) et ainsi que Thomas Aquino qui retrouve son réalisateur après vu depuis dans les séries TV "Manhas de Setembro" (2021-2022) et "Le Code du Crime" (2023-2025), Hermila Guedes vue dans "Le Ciel de Suely" (2006) de Karim Aïnouz, "Il était une fois Veronica" (2014) de Marcelo Gomes et "Paraiso Perdido" (2022) de Manique Gardenberg, Roberio Diogenes apparu dans "Onde Anda Você" (2004) de Sergio Rezende ou "Greta" (2019) de Armando Praça, Igor De Araujo remarqué dans "Serial Kelly" (2022) de René Guerra, puis enfin Roney Villela vu dans "Les Paradis Artificiels" (2012) de Marcos Prado puis le film collectif "Rio, I Love You" (2014)... L'intrigue se met très doucement en place, d'abord en nous présentant Marcelo/Moura sans trop nous en dire au départ préférant d'abord instiller l'atmosphère du Brésil de la fin des années 70, qui paraît libre à première vue alors que la dictature transparaît dans quelques bureaux et quelques rencontres entre individus patibulaires. Marcelo/Moura arrive dans un centre façon pension de famille et a un nouveau travail qu'on devine tout à sa discrétion et nous voilà dans une partie du film qui va s'avérer sans doute un peu longue, un peu redondante entre le travail, ses voisins qui se cachent tous du pouvoir, ses beaux-parents et sa fille.

On comprend la mise en place, la nécessité de montrer un homme qui ne se croit pas en danger mortel, juste qu'il doit se mettre au vert comme on dit mais c'est aussi une partie qui aurait gagné à être raccourci de 5-10mn. Mais l'intrigue se met en place, le puzzle avec ses secrets se découvre, le récit devient bien plus passionnant avec l'entrée en jeu des tueurs à gage qui vire le film du drame social vers le thriller politique avec la tension qui monte doucement, les enjeux qui se dessinent de façon plus probante. Le scénario se fait nébuleux mais dans le bon sens du terme jusqu'à cette fin qui tient plus d'un concept "biopic" plutôt qu'une véritable nécessité, là encore ce côté superflu aurait pu permettre de gagner 5-10 mn et gagner en densité sur l'ensemble du film. Mais les acteurs sont excellents, on adore la reconstitution, et les scènes d'action sont redoutables d'efficacité dans un réalisme brutal et direct qui fait encore plus froid dans le dos. Finalement le film ne pêche essentiellement par des parties trop étirées mais c'est très bien écrit, bien joué, bien construit et ça reste prenant avec une montée en puissance bien gérée. Un très bon moment.

ote :                 

15/20