Résurrection (2025) de Bi Gan

Nouveau long métrage du chinois Bi Gan remarqué dès ses deux premiers longs métrages "Kaili Blues" (2015) et "Un Grand Voyage vers la Nuit" (2018). Le réalisateur-scénariste-monteur signe une co-production franco-chinoise et retrouve ainsi son producteur français Charles Gillibert qui était derrière des films comme "Copie Conforme" (2010) de Abbas Kiarostami, "Mustang" (2015) de Deniz Gamze Ergüven ou "Annette" (2021) de Leos Carax. Le cinéaste a pu faire son film doté d'un budget de 15 millions d'euros, ce qui reste relativement raisonnable au vu de l'ambition du projet et du genre SF. En raison des contraintes inhérentes à la spécificité de la Chine (Censure) le film a été sélectionné au dernier Festival de Cannes de justesse, mais pour une jolie réussite puisque le film a reçu le Prix Spécial du Jury... 2068, une femme subissant une opération du cerveau se réveille dans un monde post-apocalyptique. Enfermée dans un état semi-comatique, elle commence à raconter chaque nuit des récits tirés de l'Histoire de la Chine à la carcasse inerte d'un androïde ce qui provoque l'éveil progressif de ses sens. Mais lorsqu'elle a épuisé ses récits, elle doit choisir entre retourner dans le monde réel ou rester avec le droïde... 

Le Rêvoleur est incarné par Jackson Yee remarqué sur le dyptique "La Bataille du Lac Changjin" (2021-2022) de Chen Kaige, Tsui Hark et Dante Lam, puis vu dans "Full River Red" (2023) de Zhang Yimou, "Big World" (2024) de Yang Lina ou "She's Got No Name" (2024) de Peter Chan. La Grande Autre est interprétée par Shu Qi surtout connue pour ses films avec Hou Hsiao-Hsien "Millenium Mambo" (2001), "Three Times" (2005) et "The Assassin" (2015). Citons ensuite Mark Chao vu dans les "Détective Dee" (2013-2018) de Tsui Hark ou "Chroniques du Royaume des Esprits" (2015) de Lu Chuan, Li Gengxi apparu dans "Tu Zi Bao Li" (2020) de Yu Shen ou "Wo Men Yi Qi Yao Yang" (2024) de Yan Han, Chloe Maayan remarquée dans "Une Jeunesse Chinoise" (2005) de Lou Ye et "Les Fleurs Amères" (2017) de Olivier Meys, et retrouve après "Un Grand Voyage vers la Nuit" (2018) de Bi Gan et "Le Lac des Oies Sauvages" (2019) de Diao Yinan ses partenaires Huang Jue remarqué dans "Le Portrait Interdit" (2017) de Charles de Meaux et Chen Yongzhong, qui oncle du cinéaste et réel gangster repenti révélé justement dans "Kaili Blues" (2015) et vu depuis dans "Grand Frère" (2020) de Liang Ming, Yan Nan remarqué  dans "Cao Mu Ren Jian" (2023) de Xiaogang Gu, puis enfin Zhang Zhijian essentiellement vu à la télévision mais retrouve Jackson Yee après le film "Nice View" (2022) de Muye Wen... Notons, qu'outre le producteur français, la musique est signé également d'artistes français, le gruope M83 qui avait déjà sign les B.O. des films "Oblivion" (2013) de Joseph Kosinski, "Les Rencontres d'après Minuit" (2013) et "Un Couteau dans le Coeur" (2018) tous deux de Yann Gonzales, puis "Suburra" (2015) de Stefano Sollima... On est d'emblée bluffé, séduit et surpris par une première partie de près de une demi-heure dans une sorte de court métrage vintage sous influence d'un certain Georges Méliès. Visuellement aussi riche et dense que fascinante cette partie laisse aussi un peu perplexe, on se demande où ça va nous mener un esthétisme aussi travaillé.  

Plus le film avance et plus on est happé par la splendeur visuelle, le film est semé de plans sidérants de beauté, esthétiquement une merveille, bien servi par une mise en scène ambitieuse, hypnotique, avec des plans-séquences inouïs dont un de quarante minutes ! Malheureusement, le fond ne va pas être à la hauteur de la forme. Petit à petit on constate que le scénario est un grand flou narratif, les enjeux se retrouvent dans une histoire aussi alambiquée que sinueuse et trop souvent confuse où il est bien difficile de comprendre quoi que ce soit. Avec des passages parfois trop longs ou monotones le film devient parfois ennuyeux, surnageant que grâce aux effets visuels qui restent une expérience sensorielle unique et singulière. Le film renvoie à une réflexion cinéphile récurrente, est-ce que la claque visuelle et esthétique peut compenser un scénario trop nébuleux ?! Ainsi le chinois Bi Gan signe une oeuvre d'art époustouflante, magnifique, mais le scénario en fait un OFNI (Objet Filmé Non Identifié) qui a tout du futur film culte incompris. Sur la forme le film est clairement un chef d'oeuvre, sur le fond c'est par contre loin d'être probant ou convaincant. Une déception malgré la magie visuelle.

Note :                 

Résurrection (2025)Résurrection (2025)

12/20