Dès 2007, le réalisateur auréolé par ses films "L'Echine du Diable" (2001), "Hellboy" (2004) ou "Le Labyrinthe de Pan" (2006), Guillermo Del Toro révèle qu'il "tuerait pour réaliser" une version fidèle du grand classique de la littérature "Frankenstein ou le Prométhée Moderne" (1818) de Mary Shelley en citant le scénario écrit par Frank Darabont pour "Frankenstein" (1994) de Kenneth Branagh : "Ce que j'essaie de faire, c'est de prendre le mythe et d'en faire quelque chose, mais en combinant des éléments de "Frankenstein" et de "La Fiancée de Frankenstein" sans en faire simplement un mythe classique du monstre. Les meilleurs moments dans mon esprit de Frankenstein, du roman, ne sont pas encore filmés (...) Le seul gars qui m'a jamais montré le vide, pas le tragique, pas la dimension miltonienne du monstre, mais le vide, c'est Christopher Lee dans les films de la Hammer, où il a vraiment l'air comme quelque chose d'obscènement vivant. Boris Karloff a bien cerné l'élément tragique mais il existe tellement de versions, y compris ce superbe scénario de Frank Darabont qui n'a finalement pas été vraiment filmé." Ainsi le projet de Del Toro va devenir un serpent de mer, tentant plusieurs fois de lancer la production comme en 2009 prévu avec son acteur fétiche Doug Jones dans le rôle de la créature, puis en 2013 prévu cette fois avec Benedict Cumberbatch, puis alors qu'il remporte l'Oscar du meilleur film d'animation pour "Pinocchio" (2023) co-signé avec Mark Gustafson, il annonce son prochain film avec cette fois Andrew Garfield dans le rôle du monstre avant d'être remplacé début 2024 pour a priori un conflit d'emploi du temps. Del Toro, Producteur-réalisateur-scénariste offre donc une nouvelle version à 120 millions de dollars de budget faisant suite à plus de 430 longs métrages déjà existant, sans compter les courts métrages, séries TV, la catégorie animation ou les innombrables pièces de théâtre. Citons parmi les plus connus sur grand écran le premier de la liste "Frankenstein" (1910) de J. Searle Dawley, le plus culte avec "Frankenstein" (1931) de James Whale, les productions Hammer "La Revanche de Frankenstein" (1958) et "Le Retour de Frankenstein" (1969) tous deux de Terence Fisher, "Frankenstein" (1994) de Kenneth Branagh bien entendu, la version canine en animée "Frankenweenie" (2012) de Tim Burton ou encore "I, Frankenstein" (2014) de Stuart Beattie. Le film est siglé Netflix mais il connaît une sortie limité en salles aux Etats-Unis ce qui lui permet d'être éligible aux cérémonies de remises de prix il est ainsi d'ores et déjà nommé dans cinq catégories majeurs pour les Golden Globes, ce qui va assurément lui ouvrir également les portes des futurs Oscars...
1857, en Pôle Nord, l'équipage d'un navire découvre un homme agonisant qui dit se nommer Baron Victor Frankenstein. Une mystérieuse créature attaque le navire et menace l'équipage si on lui remet pas le baron. Ce dernier explique alors la situation et commence le récit qui l'a amené la créature et lui-même jusqu'ici... Le docteur Frankenstein est incarné par Oscar Isaac qu'on n'avait pas vu depuis "Dune" (2021) de Denis Villeneuve et "The Card Counter" (2021) de Paul Schrader, et en plus jeune par Christian Convery remarqué dans "My Beautiful Boy" (2018) de Felix Van Groeningen et "Venom" (2018) de Ruben Fleischer et vu depuis dans "Crazy Bear" (2023) de Elizabeth Banks ou "The Monkey" (2025) de Oz Perkins. La créature est incarné par Jacob Elordi vu entre autre dans "Priscilla" (2023) de Sofia Coppola, "Saltburn" (2023) de Emerald Fennell ou "Les Indomptés" (2024) de Daniel Minahan. Citons ensuite Felix Kammerer vu dans "A l'Ouest, Rien de Nouveau" (2022) de Edward Berger et "Eden" (2025) de Ron Howard, Mia Goth surtout remarquée avec l'excellente trilogie horrifique "X" (2022-2024) de Ti West, Christoph Waltz habitué des "créatures" après "Tarzan" (2016) de David Yates ou "Dracula" (2025) de Luc Besson et retrouve après "Pinocchio" (2022) Del Toro et son partenaire Burn Gorman qui était aussi avec Del Toro sur "Pacific Rim" (2013) et "Crimson Peak" (2015), Lars Mikkelsen vu dans "Winter Brothers" (2017) de Hlynur Palmason ou "Dalloway" (2025) de Yann Gozlan, Charles Dance qui reprend le même personnage qu'il avait dans l'autre version "Docteur Frankenstein" (2015) de Paul McGuigan et vu ensuite dans "Mank" (2020) de David Fincher ou "Rumours, Nuit Blanche au Sommet" (2024) de Guy Maddin et des frères Johnson, David Bradley vu dans "Crazy Joe" (2013) de Steven Knight ou "Jolt" (2021) de Tanya Wexler et surtout connu pour la saga "Harry Potter" (2001-2011) après laquelle il retrouve Ralph Nelson acteur fétiche de Robert Eggers avec "The Witch" (2015), "The Northman" (2021) et "Nosferatu" (2024)... Notons que la B.O. est composée par Alexandre Desplat, un des plus grands compositeurs du 21ème siècle et qui retrouve Del Toro après "La Forme de l'Eau" (2017) et "Pinocchio" (2021)... Enième version du célèbre roman, et énième version libre et finalement assez peu fidèle au livre si ce n'est l'atmosphère et l'esprit, bien aidé par des décors et costumes magnifiques. Le scénario reprend l'idée du chapitrage originel ainsi que le concept du récit à plusieurs points de vue, dont évidemment le baron Frankenstein lui-même et la Créature. Ce qui frappe d'abord c'est la beauté et le soin apporté à la reconstitution historique, mais dans le même temps on remarque quelques effets visuels pas toujours au point.
En effet, la véritable déception réside justement dans certains effets spéciaux et/ou maquillages. Les cadavres sont clairement trop siliconés et manquent du côté viscéral de la chose, mais surtout on le remarque avec la Créature alias Jacob Elordi dont le maquillage n'est pas franchement probant, on perçoit le silicone et le plastique plus que le côté organique ce qui gêne à plusieurs instants. On alterne constamment entre la perfection et la déception mais par contre on adore la mise en scène et le style gothique qui flirte avec du Tim Burton sous prozac. Mais là encore on a quelques déceptions, notamment toute le côté horrifique est ici arasé, où plutôt Del Toro se repose trop sur le visuel qui ne fait malheureusement pas peur, tandis que dès le départ la Créature reste trop humaine, pas de monstruosité ou de crise de folie, la Créature est beaucoup trop calme et sage, elle manque d'une certaine bestialité. Guillermo Del Toro signe une nouvelle version qui a du style, plusieurs séquences touchent à la grâce, au merveilleux jusque dans la tragédie et au gothique tout à fait convaincant, il est juste dommage que le visuel ne soit pas toujours parfait de A à Z. Un très bon film donc mais décevant au vu du potentiel et de la signature Del Toro.
Note :