
Tendresse en terres arides
Dans un petit village du désert somalien en bord de mer, un père célibataire cumule des petits boulots pour offrir une vie meilleure à son fils Cigaal (Quel joli prénom !) chez lequel son enseignante a détecté de vraies capacités d’apprentissage. Sous le même toit vit la sœur du père qui elle, fraichement divorcée, vend de la drogue dans l’espoir d’ouvrir sa petite boutique de couture.
Déjà dans ce pitch, j’en dis beaucoup trop pour un film qui prend son temps : pour nous dévoiler les liens entre ces trois personnages, leur passé et leurs projets. 2h12 qui aurait pu être plus concentré à quelques moments ; c’est le seul bémol d’un film qui, traitant de l’Afrique et plus particulièrement de la Somalie, refuse tout misérabilisme. Les liens entre les membres de cette famille plein de pudeur et d’amour sont au cœur d’un film dans lequel on voie les deux adultes se sacrifier pour le petit et un avenir meilleur ; d’où un message fort sur l’importance de l’éducation pour sortir de sa condition. Leur histoire familiale nous interroge aussi profondément sur ce qui fait famille, pas uniquement les liens du sang et rarement les mariages d’amour et choisis. Sur cette thématique au cœur de bien d’autres abordés par ce magnifique film, il nous renvoie au maitre en la matière et à toute la filmographie : Kore Eda.
Au cœur de ce projet somalien, Mo Harawe s’impose dès son premier long métrage comme un metteur en scène de talent avec cette œuvre lumineuse. Présenté dans la section un Certain Regard à Cannes, ce film est traversé de l’amour d’un réalisateur pour ses trois personnages qu’il traite chacun avec autant d’intérêt et de tendresse. Ce qui marque aussi c’est aussi la beauté formelle renversante de chaque plan ; on sent que chacun a été savamment pensé pour que de la première à la dernière minute notre œil soit autant capté par l’image que par ce conte naturaliste. La pudeur des personnages est à l’image de celle du réalisateur et de son refus de montrer frontalement la pauvreté et l’état sanitaire déliquescent de la Somalie pour rester concentré sur ses personnages et leur parcours. En çà, les intérieurs des maisons bien que précaires, semblent être des lieux suffisants pour instaurer une vie de famille normale.
Une ode à l’amour et au courage à voir absolument et pas uniquement pour l’exotisme de découvrir le cinéma somalien ; mais surtout pour découvrir un réalisateur somalien plein de promesses.
Sorti en 2025
Ma note: 17/20