Pusher III : l'Ange de la Mort (2005) de Nicolas Winding Refn

Dernier opus et ultime film de la trilogie initié par "Pusher" (1996), lancée en vérité des années par le besoin de se renflouer avec "Pusher III : du Sang sur les Mains" (2004), le cinéaste danois Nicolas Winding Refn enchaîne donc avec cette suite qui doit clore sa trilogie mafieuse danoise. Il reprend donc tous les éléments de ses précédents films, les références assumées avec les films "La Bataille d'Alger" (1966) de Gillo Pontecorvo, "French Connection" (1971) de William Friedkin, "Mean Streets" (1973) de Martin Scorcese, "Meurtre d'un Bookmaker Chinois" (1976) de John Cassavetes et "Cannibal Holocaust" (1980) de Ruggero Deodato, puis surtout en suivant ses trois règles : 

1- Plutôt que des films sur le crime, ce sont des films sur des gens dans un environnement criminel

2- Chaque film est raconté du point de vue du personnage principal, à travers ses yeux et ses oreilles

3- Chacun est conscient que celui qui vit par l'épée mourra par l'épée. J'utilise ces trois ingrédients dans les trois films.

Grâce à ce dernier film, la trilogie va vite devenir cultissime, la carrière de Nicolas Winding Refn va encore évoluer, avec le super efficace "Bronson" (2008), son chef d'oeuvre "Valhalla Rising - Le Guerrier Silencieux" (2009) avec Mads Mikkelsen star qu'il a justement révélé dans les deux premiers "Pusher" (1996-2004), puis surtout il va obtenir la véritable reconnaissance internationale avec le succès mondial de "Drive" (2011). En attendant, le réalisateur-scénariste signe le final d'une trilogie à voir et à conseiller. Rappelons que le premier film est interdit au moins de 16 ans, le second interdit au moins de 12 ans, et ce dernier est interdit au moins de 16 ans... Milo, petit baron de la drogue à Copenhague a décide de suivre une thérapie de groupe pour soigner sa toxicomanie pour assurer dans les meilleures conditions le 25ème anniversaire de sa fille. En plein préparatif, les affaires continuent, il attend une livraison d'héroïne mais il se retrouve avec de l'ectasy, finalement il accepte la cargaison et s'entend avec les fournisseurs albanais. Malheureusement il se retrouve obligé de s'associer avec un petit dealer turc ambitieux pour la revente. En plein stress pour l'anniversaire, Milo ne peut que constater que le turc n'est pas revenu avec l'argent, il se retrouve en porte-à-faux avec les albanais qui l'oblige à participer à une autre affaire. Dos au mur et stressé par la réussite de l'anniversaire Milo succombe et reprend de la cocaïne... 

Milo le caïd serbe est une troisième fois incarné par l'acteur croate Zlatko Buric présent depuis les débuts, également dans "Bleeder" (1999) de Nicolas Refn également, et qui sera également dans le remake "Pusher" (2012) de Luis Prieto avant de devenir une gueule marquante du cinéma comme dans "Kursk" (2018) de Thomas Vinterberg, "Sans Filtre" (2022) de Ruben Östlund ou "Rumours, Nuit Blanch au Sommet" (2024) de Guy Maddin et les frères Johnson. L'acteur retrouve plusieurs acteurs de la trilogie, Vanja Bajicic bras droit de Milo les deux seuls présents dans les trois films, on remarque aussi le retour de plusieurs acteurs apparus dans "Pusher" (1996) mais qui étaient absent de "Pusher II" comme Levino Jensen et surtout Slavko Labovic ancien homme de main de Milo devenu patron de pizzeria. Puis on retrouve plusieurs protagonistes absent du premier film mais apparus dans "Pusher II", des collaborateurs de Milo plus ou moins directs toujours joués par Sven Erik Eskeland Larsen, Karsten Schroder et Kurt Nielsen le caïd Kurt-le-con (et accessoirement réel gangster), le dealer ambitieux joué par Ilyas Agac et son adjoint Hakan Turan, puis Linse Kessler prostituée et ex-femme d'un certain Le Duc vu dans "Pusher II". Parmi les nouveaux personnages, citons l'acteur Marek Magierecki aperçu entre autre dans "Slip Hestene Los" (2000) de Erik Clausen ou "Freestyle" (2023) de Maciej Bochniak, le bras-droit du chef albanais joué par Ramadan Huseini qui retrouve son réalisateur et son partenaire de "Bleeder" (1999) et vu plus tard dans "Pistoleros" (2007) de Shaky Gonzales ou "Lille Soldat" (2008) de Annette K. Olesen, puis enfin et surtout la fille pourrie gâtée de Milo jouée par Marinela Dekic apparue ensuite dans "Rich Kids" (2007) de Rune Bendixen ou "Sverige er Fantastik" (2015) de Jessica Nilsson... Avec ce film, on comprend que Milo/Buric est bel et bien le fil conducteur de la trilogie, second rôle dans le premier film, voir troisième rôle dans le second film, le voilà rôle principal dans cet ultime suite pour clore de façon aussi judicieuse que légitime la trilogie. Petit baron de la drogue de Copenhague, on ne sait jamais réellement à quel point il est puissant.

Dans le premier film il est montré comme un caïd comme il pourrait en avoir plusieurs dans une capitale, dans le second film on n'en apprend pas assez, et enfin on comprend qu'il est sans doute un caïd sur lequel il faut compter mais qu'il est aussi un colosse aux pieds d'argile, d'abord parce qu'il est complètement gaga d'une fille de 25 ans aussi capricieuse que pourrie gâtée, ensuite parce qu'il n'est pas en mesure de contrer ses "associés" albanais. Nicolas Winding Refn soigne sa mise en scène d'un cohérence rarement égalée, l'image granuleuse, la caméra au plus près de son personnage, l'hyper réalisme forment une unité formelle unique entre chacun des trois films. Les clins d'oeils ou les allusions aux personnages croisés dans les précédents films (Frank, Le Duc...) participent à cette cohérence et cette authenticité constante. Alors qu'il est celui à qui on doit du pognon dans les deux précédents films, cette fois c'est Milo qui se retrouve dos au mur, et alors que dans "Pusher II" l'amour filial est particulièrement complexe ici Milo est réellement fou d'amour pour sa grande fille qui en profite allègrement. D'un côté donc il doit gérer une journée d'affaires compliquée voir funeste, et de l'autre il doit assurer l'anniversaire de sa fille pour qu'elle soit la plus heureuse possible. Pour conclure, disons que "Pusher" est le plus brutal, "Pusher II" est à la fois le plus touchant et le plus malsain, "Pusher III" le plus crépusculaire et le plus sanglant. En tous cas Nicolas Winding Refn signe l'une des plus fameuses trilogies du cinéma et peut rejoindre sans sourciller celles du "Parrain" (1972-1990) de Coppola, "Infernal Affairs" (2002-2003) du duo Lau-Mak ou encore "Outrage" (2010-2017) de Kitano.

Note :                 

Pusher l'Ange Mort (2005) Nicolas Winding RefnPusher l'Ange Mort (2005) Nicolas Winding RefnPusher l'Ange Mort (2005) Nicolas Winding RefnPusher l'Ange Mort (2005) Nicolas Winding Refn

17/20