Films de Streamers | SALTBURN – 14/20 | THE KILLER – 13/20 | LE MONDE APRÈS NOUS – 13/20 | MAESTRO – 12/20 | FINGERNAILS – 11/20 | CASSANDRO 11/20

Par Taibbo

C H R O N I Q U E S

SALTBURN (Prime Video) – 14/20
Après le perturbant Promising Young Woman, Emerald Fennell livre une nouvelle œuvre à l’esthétisme racé et au propos provocateur. La réalisatrice emprunte les codes du thriller psychologique pour raconter une amitié toxique teintée de lutte des classes entre deux étudiants d’Oxford, l’un, Oliver, modeste et mal dans sa peau et l’autre, Felix, aisé, beau et charismatique. Oliver va développer une obsession malsaine et des sentiments contradictoires pour son camarade, que la réalisatrice va explorer lorsque Felix invite Oliver dans son domaine familial pour l’été.
Apparaissent alors les jeux de séduction, de pouvoir et d’influence entre les différents membres de la famille Catton auxquels Oliver va prendre part.
C’est beau et sophistiqué, la musique vrombit et l’image séduit, quitte à flirter avec l’excès. Le scénario surjoue aussi parfois maladroitement l’ambiguïté sexuelle et l’imagerie homo-érotique pour intensifier le mystère qui s’épaissit autour d’Oliver mais offre un dénouement étrangement satisfaisant.
Saltburn est un chouille artificiel sur le fond mais très abouti sur la forme.
Il révèle surtout la puissance évocatrice et le regard perçant de Barry Keoghan et confirme l’irrésistible sex-appeal de Jacob Elordi, révélé par Euphoria. Dès qu’il apparaît à l’écran, quelque chose se produit. La définition d’une star en somme. Ça tombe bien, on peut actuellement le découvrir en Elvis dans le Priscilla de Sofia Coppola.

THE KILLER (Netflix) – 13/20
Après Mindhunter et Mank, Fincher poursuit sa collaboration avec Netflix en proposant un thriller aussi froid et méticuleux que son anti-héros. La mise en scène est évidemment d’une extrême minutie, irréprochable. Préparation, observation, la caméra adopte le point de vue du mercenaire et sa petite mécanique réglée comme du papier à musique. Jusqu’à ce qu’il y ait un raté qu’on devine être le premier et que tout déraille. Il va alors renier ses principes, l’affaire prenant un tour personnel et c’est là tout l’intérêt de The Killer.
Le rythme lancinant, appuyé par une musique à l’avenant, crée une atmosphère particulière et imprime son ton au film : à part une baston impressionnante, il est anti-spectaculaire.
Les enjeux sont par ailleurs assez modestes, ce qui fait de The Killer un Fincher mineur, mais ils sont propices à de bien belles scènes de cinoche qu’éclaire une remarquable photographie.

LE MONDE APRÈS NOUS (Netflix ) – 13/20
Thriller fantastique autant que psychologique, Le Monde après Nous joue avec nos nerfs à l’économie, sans grand effets mais avec un certain talent pour créer des moments forts et ambigus. Sans en être tout à fait un, Le Monde après Nous s’apparente dans sa vision paranoïaque et claustrophobe à un huis clos, ne dévoilant que des bribes d’information, celles que le spectateur partage avec les personnages. Le scénario reste volontairement en surface, n’en dit pas trop pour mieux étudier les personnages et leurs réactions, les petites mesquineries dont ils se rendent coupables et leurs gros défauts (racisme ordinaire, orgueil, lâcheté…). Un thriller d’ambiance donc, qui souffre cependant de sa longueur exagérée et d’un final qu’on pourrait qualifier de « tout ça pour ça ».

MAESTRO (Netflix) – 12/20
La vie de Leonard Bernstein, un des plus grands musiciens américains du 20ème siècle et compositeur de West Side Story. Maestro raconte comment il a difficilement fait cohabiter vie publique et vie privée.
Il y a de vrais éclairs virtuoses dans la mise en scène très démonstrative de Bradley Cooper, en particulier dans la première partie en noir et blanc où il met en abîme le genre de la comédie musicale. Le réalisateur est un peu moins inspiré après l’ellipse temporelle, abusant des plans larges et de longs bavardages. L’interprétation est cependant habitée, autant de la part de Bradley Cooper en homme-orchestre surdoué et égocentré que de Carey Mulligan en femme bienveillante et acceptante, jusqu’à un certain point…
Malgré toutes les qualités formelles de Maestro, on aurait aimé que son parcours artistique soit plus développé , car c’est surtout sa bisexualité et comment elle fut vécue puis subie par sa femme qui occupe le plus de place. À trop parler de sa vie privée, Cooper omet de parler de son rapport à la création et comment il a construit son œuvre. En cela, et malgré le jolie portrait de « femme de » , il ne réédite pas la réussite de A Star is Born qui capturait bien mieux l’influence de la sphère privée sur la création et parvenait à retranscrire parfaitement la notion de muse.

FINGERNAILS (AppleTV) – 11/20
Fingernails se déroule dans une société où une technologie controversée permet aux couples de tester leur amour et s’assurer qu’il est bien réel et partagé.
Anna et Ryan étaient fait l’un pour l’autre, le test l’a prouvé. Mais elle n’en est plus si sûre et décide de repasser le test. Elle est d’autant plus troublée qu’elle développe des sentiments pour son nouveau collègue. On la comprend, il est joué par Riz Ahmed. Peut-elle se fier aux résultats ?
Fingernails est une comédie romantique fantastique portée par un casting bourré de charme mais qui laisse peut de place à l’émotion, alourdie par des tics de ciné indé US et beaucoup de longueurs. Décevant.

CASSANDRO (Prime Video) – 11/20
Biopic de Saúl Armendáriz, un catcheur qui voulait donner ses lettres de noblesse aux Exoticos, une catégorie de catcheurs gays. Le parcours atypique de Cassandro n’est cependant peut-être pas suffisamment hors du commun pour tenir tout un long métrage. Il aurait fallu qu’il soit soutenu par une réalisation moins basique et un scénario moins attendu.
Assez oubliable donc, même si la performance de Gaël Garcia Bernal vaut le détour.