L'Échine du Diable (2001) de Guillermo Del Toro

Après s'être fait remarqué avec deux films fantastiques et horrifiques, "Cronos" (1993) et "Mimic" (1997) le réalisateur-scénariste mexicain Guillermo Del Toro s'exporte et part en Espagne pour son projet. Il écrit une histoire forcément fantastique, mais ancrée dans le Guerre d'Espagne (1936-1939) en s'inspirant de plusieurs éléments, d'abord la littérature gothique avec les auteurs tels que Sheridan Le Fanu, Arthur Machen ou M.R. James, les films "Los Olvidados" (1950) de Luis Bunuel, "La Nuit du Chasseur" (1955) de Charles Laughton, "Opération Peur" (1966) de Mario Bava, "Au Revoir les Enfants" (1987) de Louis Malle, il précise aussi que le personnage de Jaime est inspiré du dessinateur de BD espagnol Carlos Gimenez, et surtout il cité la légende du fantôme Santi de la ville mexicaine Chapala, où une femme qui s'était noyée dans un lac réapparaissait pour emporter les baigneurs dans les eaux. Basant donc l'histoire en Espagne, la co-production est logiquement mexicano-espagnole, le cinéaste retrouve donc son ami, Alfonso Cuaron réalisateur mexicain remarqué la même année pour "Y tu Mama Tambien" (2001), tandis que côté hispanique c'est un certain Pedro Almodovar qui produit via sa société El Deseo entre ses propres films "Tout sur ma Mère" (1999) et "Parle avec Elle" (2002). Guillermo Del Toro écrit son scénario en solo, mais pour s'appliquer sur les caractéristiques espagnoles des années 1936-1939 il réécrit ensuite avec la collaboration d'auteurs espagnols, Antonio Trashorras qui passera derrière la caméra avec "Anabel" (2015), puis David Munoz qui signera plus tard essentiellement des documentaires comme "Crise Asiatique" (2005) ou "Fleurs du Rwanda" (2008)... 

L'Échine du Diable (2001) de Guillermo Del Toro

Alors que la guerre civile déchire l'Espagne, le jeune Carlos est placé dans un orphelinat isolé en campagne et dirigé par Mme Carmen et le docteur Casares. Si les débuts sont difficiles, Carlos s'intègre bientôt grâce notamment à un défi où il apprend le secret du fantôme de Santi. Petit à petit, l'employé de l'établissement, le beau Jacinto s'avère en vérité bien vil et qu'il est là pour autre chose que de s'occuper des soucis techniques de l''orphelinat... La responsable de l'orphelinat est incarnée par la grande Marisa Paredes, muse de Almodovar mais pas que avec aussi des films comme "Prison de Cristal" (1987) de Agusti Villaronga, "Golem" (1992) de Amos Gitaï ou "La Vie est Belle" (1997) de et avec Roberto Begnini, elle retrouve après "éGigola" (2011) de Laure Charpentier son partenaire Eduardo Noriega vu entre autre dans "Ouvre les Yeux" (1998) de Alejandro Amenabar, "La Méthode" (2005) de Marcelo Pineyro, "Sherif Jackson" (2013) de Logan Miller ou "La Belle et la Bête" (2014) de Christophe Gans. Citons ensuite Federico Luppi vu dans "Les Longs Manteaux" (1986) de Gilles Béhat ou "Mon Ami Machuca" (2004) de Andrès Wood, qui retrouve son réalisateur Guillermo Del Toro après "Cronos" (1993) et surtout qu'il retrouvera dans "Le Labyrinthe de Pan" (2006) à l'instar  du jeune Inigo Garcès et de Fernando Tielves vu aussi plus tard dans "Les Fantômes de Goya" (2005) de Milos Forman, "London Nights" (2009) de Alexis Dos Santos ou "Rabia" (2009) de Sebastian Cordero. Citons encore Irene Visedo vue ensuite dans "La Femme de l'Anarchiste" (2008) de Marie Noëlle et Peter Sehr ou "L'Emprise du Mal" (2012) de Miguel Angel Toledo et surtout connue pour la série TV "Cuéntame Como Paso" (2001-...), José Manuel Lorenzo vu notamment dans "Sans Nouvelles de Dieu" (2011) de Agustin Diaz Yanes, Francisco Maestre remarqué dans "Action Mutante" (1993) et "Le Jour de la Bête" (1995) tous deux de Alex de La Iglesia puis plus tard dans "La Mauvaise Education" (2004) de Pedro Almodovar, Junio Valverde vu ensuite dans "Shiver" (2008) de Ididro Ortiz ou "Cruzando el Llimite" (2010) de Xavi Gimenez... Un enfant abandonné qui arrive dans l'univers inconnu d'un orphelinat, se faire accepter par les autres, découvrir un secret, et finalement grandir trop vite dans contexte qui place toujours les enfants en victimes tandis que les grands font la guerre. Sous couvert d'un thriller fantastico-horrifique le réalisateur signe en vérité une fable moderne, un conte noir dont le seul espoir repose sur la solidarité et l'amitié entre les enfants.

L'Échine du Diable (2001) de Guillermo Del Toro

Il y a surtout ce contexte, historique d'abord avec cette guerre civile à la fois omniprésente et si loin, impalpable, fantastique ensuite avec ce spectre qui hante les nuits de ses camarades. Il y a aussi un obus symbole d'une guerre dont on ne connaît rien, et ce butin qui rappelle que la guerre n'empêche pas l'appât du gain. Del Toro réussit ce mix idéal entre Histoire (toute en suggestion), conte horrifique (en restant tout public, malgré une interdiction au moins de 12 ans à sa sortie en salles), polar (braquage) et forcément drame humain dont un prisme sur la quête du bonheur. Si l'histoire de fantôme et les enfants apportent l'innocence et la féérie on constate vite que le récit reste pessimiste avec des adultes qui sont prêt à toutes les violences pour atteindre leur objectif, et donc même à sacrifier les plus jeunes. La tension monte doucement et presque de façon imperceptible jusqu'à cette annonce, ce twist qui accélère le rythme soudainement. Le personnage du gardien devient l'Ogre (comme dans les contes), puis il y a l'envie de vengeance, le courage d'une femme, la justice, l'instinct de survie. Un film magnifique, esthétiquement sublime mais aussi semé d'élément plus ou moins énigmatique (l'obus comme un totem et les sons environnants surtout) qui laisse les sens en éveil. Une fable d'amertume à voir et à conseiller.

Note :                 

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17/20